Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Portrait de Linda Morneault, ‘super’ infirmière

Émission du 26 octobre 2006

Depuis 2005, des ‘super’ infirmières sont apparues dans les hôpitaux du Québec : on les appelle les infirmières praticiennes, parce qu’elles peuvent prescrire des médicaments et des examens diagnostiques. On en trouve en cardiologie, en néonatalogie et en néphrologie, cette spécialité qui s’occupe des maladies des reins. Ces infirmières praticiennes, qui détiennent un diplôme de maîtrise, sont encore très peu nombreuses, mais leur présence est déjà grandement appréciée, entre autres pour leur rôle comme lien entre le personnel soignant et les familles.

Linda Morneault est infirmière praticienne à l’unité de néonatologie de Hôpital de Montréal pour enfants. Elle est une pionnière parmi les praticiennes et a fait partie du premier projet pilote en 1994 au Québec, qui accordait le statut d’infirmières praticiennes. Aujourd’hui, elle se bat pour faire reconnaître leurs compétences et leur pertinence dans le système de santé québécois, au bénéfice, en tout premier lieu, de ses petits protégés, qu’elle soigne depuis 25 ans.

Voici un extrait des propos recueillis lors de l’entretien que Linda Morneault nous a accordé :

Qu’est-ce que la néonatalogie?
En néonatalogie, il y a deux différents types d’unités. À l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à l’Hôpital général juif, à l’Hôpital Royal-Victoria, ils ont des unités où la moitié des bébés sont des prématurés. Tandis que nous (à l’Hôpital de Montréal), on a une clientèle qui est très différente. La majorité sont des bébés qui sont à terme et des patients qui sont plus gros. Étant donné qu’il s’agit d’un centre hospitalier pour enfants, nous avons toutes les spécialités : neurologie, neurochirurgie, gastro-entérologie. Alors la clientèle varie beaucoup, ce qui demande un plus grand champ d’expertise. Nous, c’est un champ grand ouvert de la tête au pied pour le patient, mais qui est en miniature.

On sent à l’urgence une tension, le bébé qui entre, la famille qui arrive. Vous, vous devez vivre cette situation tous les matins?

Pas nécessairement. Ça dépend de ce qui m’attend. Dépendamment de l’enfant, comment l’enfant est malade, comment il est instable. Mais c’est sûr qu’avec chaque admission, on ne sait jamais ce qui va nous arriver. Il y a des journées, c’est fou, on a l’impression de juste éteindre des feux, on ne s’occupe que des urgences, et pendant ce temps-là, on a l’impression d’avoir mis de côté toutes les familles pour répondre au plus urgent. Le lendemain j’essaie de faire deux fois plus pour essayer de passer du temps avec les familles, pour compenser pour la journée, mais elles comprennent ce qui se passe parce qu’elles le voient. Que ce soit leur enfant ou que ce soit l’enfant d’à côté, les familles se parlent entre elles, puis elles se soutiennent entre elles.

Ça doit parfois être difficile sur le plan émotif?
Il y a des journées, oui, c’est très difficile, beaucoup plus que d’autres. Ces journées-là, je m’en vais au gymnase et je fais ce que j’ai besoin de faire. Ma famille est habituée, quand j’arrive à la maison et que j’ai besoin de me défouler, ils le savent. Heureusement, on forme un bon groupe, on se soutient et on est capable d’en parler beaucoup, ce qui aide beaucoup à décompresser.

C’est quoi, pour vous, une journée typique?

Habituellement, je commence ma journée vers 7 h 30 - une bonne journée, je termine vers 5 h 30, 6 h; si c’est une mauvaise journée, je suis ici jusqu’à 8 h 30, 9 h le soir. En moyenne, la journée passe bien rapidement. Souvent, on oublie bien des choses, de manger… parce que c’est trop occupé. On commence la journée par recueillir de l’information : les dossiers, les test de laboratoire, les communications avec le personnel infirmier et les résidents. Puis, vient la tournée où on présente le patient, les problèmes et notre plan d’action. Ensuite, après la tournée, c’est le temps d’exécuter le plan d’action : consultations, demandes pour des examens spéciaux, etc. Une fois terminé, il faut mettre les notes au dossier et communiquer avec les médecins, les consultants, et avec les parents qui souvent habitent loin. 

Donc, c’est vous qui tenez les comptes finalement?
À peu près, oui, je suis responsable à la fin de la journée. C’est sûr que le médecin patron est responsable pour tous les patients sur l’unité, mais je suis aussi professionnellement responsable pour les actes que je porte, les décisions que je prends, les prescriptions que j’écris. Alors, je suis aussi autant responsable, c’est à moi de bien faire mon travail.

Il faut être un peu fou ou passionné pour faire votre métier?
Un peu des deux. Je pense que ça prend les deux. Je dirais plus la passion, parce que l’autre… il y a des hauts et des bas, comme on peut avoir une journée très tranquille et une journée très folle. Ça arrive.

Qu’est-ce qui vous inspire?
Qu’est-ce qui m’inspire? Wow! C’est le fait que j’aime ce que je fais et la satisfaction de voir les bébés s’en aller à la maison, qui sont arrivés si malades. Qu’on a travaillé si fort, comme équipe et qu’on les voit partir. Juste là, je pense que c’est la meilleure satisfaction. Et beaucoup d’eux reviennent nous voir. J’en ai un qui est venu me revoir qui a vingt-trois ans maintenant. Il est venu me dire bonjour parce sa mère lui a dit : tu vas aller voir ton infirmière qui s’est occupée de toi. Alors, il est venu me voir, un grand 6 pieds 3, qui pesait 540 grammes à la naissance. Ça donne une bonne satisfaction. Je pense que quand on aime ce qu’on fait et quand on voit le positif… c’est sûr qu’il y en a qui décèdent, qu’il y en a qui ont des séquelles, mais ça fait partie de la médecine de tous les jours et ça fait partie de la réalité.

Des parents d’enfants malades nous ont confirmé à quel point, pour eux, les infirmières praticiennes avaient amélioré la qualité des soins que leurs enfants recevaient. La pratique est d’ailleurs en expansion. On prévoit la formation d’une dizaine d’infirmières praticiennes par année, pour les trois prochaines années. Et bientôt, ce seront aussi les soins de première ligne, comme dans les CLSC, les cliniques privées ou à l’urgence, qui profiteront de leur présence. Elles pourront alors soutenir les médecins de famille ou dispenser des soins pour les problèmes plus courants (otites, grippes, points de suture, hypertension). Un règlement à cet effet est prévu pour le printemps 2007.