Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Moisissures

Émission du 13 septembre 2012

La question des moisissures a fait les manchettes de l’actualité québécoise à plusieurs reprises cette année. Logements insalubres, édifices publics contaminés, écoles évacuées… Le problème des moisissures est un enjeu de santé publique important, d’autant plus que certains groupes de personnes y sont plus vulnérables, comme les enfants.

C’est l’heure du grand déménagement pour la famille de Moussa Keita. Ils quittent leur appartement pour une toute nouvelle maison. La raison de leur départ : une lutte à finir contre les moisissures. L’enjeu : la santé de leur fils William, qui a été sérieusement affecté par l’air contaminé qui émanait de leur sous-sol.

Lors de leur emménagement dans cet appartement, il y a quatre ans, Moussa Keita et sa conjointe Isabelle avaient rapidement remarqué qu’une forte odeur d’humidité émanait de la cave. Mais étant donné que les précédents locataires avaient eux aussi des enfants et que ceux-ci ne semblaient pas avoir éprouvé de problèmes de santé, ils ne se sont pas inquiétés outre mesure de cette odeur et d’une possible contamination aux moisissures. Prudent, Moussa a tout de même installé un déshumidificateur au sous-sol pour assécher l’air ambiant. Il était bien loin de se douter que cette humidité serait pour William la source de très graves problèmes de santé, à un point tel que sa vie en serait menacée.

Moisissures 101

Microbiologiste et épidémiologiste, Marie-Alix d’Halewyn rappelle que la problématique de contamination aux moisissures n’est pas nouvelle, loin de là, mais qu’elle était moins importante auparavant, lorsque les bâtiments étaient étanches et bien ventilés.

Hygiéniste de l’environnement à la Direction de la santé publique de Montréal, Yves Frenette explique que, dans la plupart des cas, les moisissures sont causées par des infiltrations d’eau dans les murs. Elles peuvent être identifiées par la trace de dépôt minéral à la surface des briques. Elles sont également très friandes de carton humide.

Marie-Alix d’Halewyn compare la contamination aux moisissures à la croissance des plantes : «Ça commence avec des graines, qu’on appelle des spores dans le cas des moisissures, explique-t-elle. Si ça rencontre de l’eau et de la nourriture, qui favorisent la croissance, ça va germer, ça va pousser, ça faire son cycle de vie, et ça va faire de nouvelles spores. Et à ce moment-là, le cycle recommence et la moisissure peut se propager par les vents et les courants d’air.»

D’un point de vue médical, poursuit-elle, les moisissures sont dangereuses sous différents aspects. Si elles sont inhalées, elles peuvent se loger dans les poumons, ce qui peut causer de graves problèmes de santé.

Spécialiste de médecine communautaire et de médecine du travail à l’Hôpital thoracique de Montréal, le Dr Louis Jacques confirme que les problèmes de santé causés par les moisissures et les infiltrations d’eau sont très fréquents, au point où ils représentent un véritable problème de santé publique. Malheureusement, les personnes affectées ignorent bien souvent quelle est la cause véritable de leur maladie. Résultat : les personnes infectées ont recours au système de santé, souvent à plusieurs reprises, pour soigner leurs symptômes qui pourraient pourtant être facilement contrôlés si la contamination aux moisissures était éliminée.

De graves troubles respiratoires

Pour William, les problèmes de santé ont commencé à se manifester environ trois ans après l’emménagement dans l’appartement. En mai 2011, une première infection respiratoire ressemblant à un rhume ou à une grippe tarde à guérir et ses parents l’amènent consulter un médecin. Diagnostic : début de pneumonie. Après un premier traitement aux antibiotiques, le problème semble se résorber, mais les parents de William remarquent qu’il continue à tousser malgré tout. Pire encore, William a le souffle court et peine à faire du vélo dans la ruelle, comme il avait l’habitude de le faire auparavant. Inquiets, Moussa et Isabelle ramènent William à l’urgence où il est à nouveau pris en charge par l’équipe médicale. Après quelques tests, les médecins constatent que le taux d’oxygène de William est particulièrement bas et commencent à s’interroger sur la cause de ses problèmes respiratoires.

Il faudra plusieurs mois avant que le problème de contamination aux moisissures ne soit identifié. Après que les médecins aient éliminé d’autres causes possibles, comme la coqueluche ou la fibrose kystique, l’humidité de la cave sera finalement identifiée comme la source du problème. Mais entretemps, Moussa et Isabelle auront passé par toute une gamme d’émotions : «On a eu peur de le perdre, raconte Moussa. Puisque les médecins cherchaient sans vraiment trop savoir quoi trouver et que son état ne s’améliorait pas, on pensait qu’il allait mourir là…»

Des problèmes de santé très variés

L’un des principaux défis que les moisissures présentent aux professionnels de la santé, c’est qu’ils peuvent entraîner toute une gamme de symptômes, bien différents d’un patient à l’autre et qu’en plus, tous les gens n’y sont pas sensibles de la même manière. Si certaines personnes ressentent des inconforts ou des symptômes très légers, comme des yeux qui piquent ou des sécrétions nasales, d’autres vont développer des problèmes beaucoup plus sérieux, comme un asthme sévère ou une grave maladie pulmonaire. Et encore, les symptômes ne se situent pas toujours au niveau respiratoire, puisque les moisissures peuvent également causer des troubles cognitifs, comme des troubles de mémoire, ou des maladies inflammatoires, telles que l’asthme.

«Tout le monde peut être affecté par les moisissures, résume le Dr Louis Jacques, mais on observe fréquemment que dans une même habitation, ou un même lieu de travail, certaines personnes sont plus affectées que d’autres.» Parmi les plus vulnérables, on retrouve notamment les personnes qui souffrent déjà de problèmes allergiques ou respiratoires (allergies multiples, asthme, bronchite chronique, emphysème) ainsi que les très jeunes bébés, puisque leur système respiratoire n’est pas encore parfaitement développé.

Décontaminer ou quitter la maison

Lorsqu’un problème de moisissure est identifié comme la source d’un problème de santé, le Dr Jacques soutient qu’il est important d’agir à deux niveaux : traiter l’infection ou le problème de santé comme on le ferait normalement et, surtout, éliminer l’exposition aux moisissures.

Dans le cas de la famille Keita, il est devenu impératif de quitter l’appartement et d’aller vivre ailleurs, puisque la santé de William était de plus en plus compromise. «Oui, la cave était en mauvais état, reconnaît Moussa, mais des caves en mauvais état, il y en a un peu partout et ce n’est pas tout le monde qui a des troubles respiratoires. Mais je pense qu’on a compris, après avoir consulté les médecins, qu’il y a des gens qui sont beaucoup plus sensibles que d’autres, et là c’était le cas de notre garçon finalement.»

Marquée pour la vie

Très souvent exposée aux champignons et aux moisissures lorsqu’elle travaillait comme enseignante dans des écoles contaminées aux moisissures, Micheline Rondeau a développé une hypersensibilité à ces pathogènes. Dans une école en particulier, les infiltrations d’eau étaient évidentes puisque les bureaux de professeurs situés au sous-sol recevaient régulièrement des fuites d’eau provenant de douches situées à l’étage au-dessus : «Quand les enseignants de gym prenaient des douches, l’eau coulait dans les murs, raconte Micheline. Ça nous coulait même sur la tête, et on voyait ça passer au travers du plancher. C’est sûr qu’il devait y avoir de la moisissure dans les murs, ça, c’est certain.» Aujourd’hui, Micheline Rondeau est aux prises avec une maladie chronique, l’aspergillose broncho-pulmonaire allergique, une condition qui l’a forcée à prendre une retraite anticipée.

De quoi s’agit-il exactement? Comme nous l’explique le Dr Louis Jacques, il s’agit d’une complication qui survient généralement chez les personnes qui sont déjà asthmatiques. «Ce qui arrive, précise-t-il, c’est qu’il y a une réaction, ou disons une hypersensibilité à certains types de moisissures, qui va favoriser le développement d’un bouchon muqueux au niveau des bronches et qui va se manifester par une douleur au niveau du thorax.» Le problème, poursuit-il, c’est que cette condition de santé peut être facilement confondue avec une pneumonie et qu’elle n’est donc pas facile à diagnostiquer.

C’est ce qui s’est passé pour Micheline Rondeau. Lorsque la maladie a commencé à se manifester, les médecins lui ont diagnostiqué deux pneumonies en une seule année, puis ensuite trois l’année suivante. Les pneumonies devenant de plus en plus fréquentes, elle a commencé à en développer une tous les trois mois.

«Très fréquemment, les gens vont faire des infections à répétition, explique le Dr Jacques, que ce soit une sinusite, une pharyngite ou une bronchite, et ils vont être traités aux antibiotiques. Mais ils reviennent un mois après et disent : “docteur, vous m’avez mal traité…” Non, le problème est réapparu à nouveau parce que la cause au départ n’a pas été enlevée.»

Traiter le problème à la source

Pour Micheline Rondeau, le problème était directement lié à son environnement de travail. À preuve, elle était systématiquement plus malade quand elle travaillait à l’école, avec davantage de maux de tête et de toux.

Le problème, soutient le Dr Jacques, c’est que les médecins ne s’attardent souvent pas suffisamment aux facteurs liés à l’environnement : «Les médecins n’ont pas le temps de poser mille et une questions sur l’environnement de la personne. Mais dès qu’on commence à suspecter que le problème pourrait être lié à l’environnement, le premier facteur qu’on devrait soupçonner, c’est un problème d’infiltration d’eau et de contamination par les moisissures, parce que c’est un problème tellement fréquent.» Dans certains quartiers, le problème est endémique : 30 à 50 % des bâtiments sont affectés à divers degrés. «Si un médecin connaît un peu son quartier et sa clientèle, poursuit-il, il devrait penser que l’habitation ou le lieu de travail pourrait être suspect.»

Que faire?

Malgré toutes les bonnes intentions du monde, on ne pourra jamais complètement venir à bout des moisissures, comme nous l’explique Marie-Alix d’Halewyn : «On ne peut pas se débarrasser de toutes les moisissures, elles sont dans l’environnement. Ce qu’il faut, c’est empêcher que ces moisissures se multiplient sur les matériaux de construction. Et la seule solution à ça, c’est d’empêcher les intrusions d’eau. Et la seule façon de faire ça, c’est de faire de l’entretien régulier, préventif, des bâtiments, de faire l’hygiène du milieu intérieur, et dans ce temps-là, on n’a pas de problème de moisissure.»

Un problème banalisé?

Pour le Dr Louis Jacques, il est clair que la question des moisissures est un problème banalisé, qui nécessite beaucoup plus de considérations qu’il n’en reçoit actuellement. Pointant du doigt le laxisme des propriétaires et des gestionnaires de bâtiments, il déplore que bon nombre d’édifices, publics ou privés, n’aient pas été traités adéquatement. En laissant l’eau infiltrer les toits et les murs, pendant parfois des dizaines d’années, les propriétaires et gestionnaires d’édifices ont laissé la situation se détériorer, à un point tel que les dommages aux structures menacent souvent l’intégrité même des bâtiments.

Et le problème semble sans fin, puisque les personnes malades en viennent souvent à quitter les bâtiments, mais ils sont plus souvent qu’autrement remplacés par d’autres personnes, qui deviendront probablement malades à leur tour.

Pour sa part, Micheline Rondeau déplore que les gestionnaires des commissions scolaires n’entretiennent pas les écoles de manière préventive. «La prévention, c’est la clé, soutient-elle. Mais dans les écoles, ils n’en font pas. Les bouches d’aération, ce n’est pas visité, mais ce serait une bonne chose qu’on le fasse. Même si ça coûte de l’argent, ça sauve des médicaments, donc ça sauve d’un autre côté.»

La guérison, oui, mais pas pour tous

Micheline Rondeau fait malheureusement partie des personnes qui conservent des problèmes de santé, même si elles ne sont pas plus exposées aux moisissures et elle doit encore consommer beaucoup de médicaments pour contrôler ses problèmes respiratoires. Par contre, comme le précise le Dr Louis Jacques, ce n’est pas le cas de tous, et la majorité des gens vont retrouver la santé lorsqu’elles auront quitté leur lieu de résidence ou de travail contaminé.

Pour la famille Keita, la page est tournée. Depuis qu’ils ont quitté leur appartement de Verdun, la santé de William s’est transformée et le jeune garçon est aujourd’hui vibrant de bonne santé. Il court et joue comme un enfant normal de son âge, et il a même pu faire ses débuts dans l’équipe locale de soccer. Autres bonnes nouvelles : ses parents ont pu diminuer considérablement sa dose quotidienne de médicaments et le soir, sa respiration est toujours stable.

Pour le Dr Jacques, il est clair que la question des moisissures ne peut être réglée qu’en s’attaquant au problème à la source : «Si on peinture par-dessus des moisissures, si on tente de les nettoyer en surface, ça ne règle pas le problème et les gens vont continuer à être malades. Et ça, malheureusement, c’est encore très fréquent.»

Informations supplémentaires

En règle générale, lorsqu’on met fin à l’exposition, les symptômes disparaissent sans laisser de séquelles. Il est donc primordial de procéder à une décontamination lorsqu’elle s’impose. Par contre, les problèmes de moisissure sont parfois difficiles à circonscrire et il n’est pas toujours simple d’y apporter des solutions adéquates, d’autant plus qu’il y a énormément d’informations contradictoires qui circulent sur le sujet.

Pour vous y retrouver, voici quelques liens utiles :

http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/126_RisquesMoisissuresMilieuInterieur.pdf

http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/santepub/environnement/index.php?moisissures

http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/127_RisquesMoisissuresMilieuInterieurResume.pdf

http://www.agencesss04.qc.ca/sante-publique/environnement/qai-moisissures.html