Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La belle histoire de l'implant cochléaire

Émission du 20 septembre 2012

L’implant cochléaire est un dispositif électronique qu’on insère dans l’oreille interne et qui permet aux personnes souffrant de surdité sévère et profonde de retrouver un certain niveau d’audition. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, l’implant cochléaire n’est pas réservé qu’aux enfants. Dans les faits, ce sont surtout des adultes qui subissent l’opération, et aussi des personnes âgées. Et dans tous les cas, c’est un processus qui est rempli de craintes, mais aussi de joie : celle de pouvoir enfin entendre à nouveau.

C’est un grand jour aujourd’hui pour Farouk Cheikha : c’est aujourd’hui qu’il va rencontrer son audiologiste qui va activer l’implant cochléaire qui lui a été posé il y a quelques semaines et qui devrait lui permettre de retrouver l’audition. Assis aux côtés de son épouse, dans la salle d’attente du Centre d’expertise en implant cochléaire de l’Hôtel-Dieu de Québec, il attend cette rencontre avec impatience et émotion.

Jadis habitué à entendre parfaitement, M. Cheikha avait pratiquement perdu toute son ouïe. Techniquement parlant, la valeur de celle-ci avait baissé d’environ 10/10 à près de 0/10. Aujourd’hui, il s’attend à bientôt entendre à une valeur de 7/10, ce qui est pour lui l’équivalent d’un véritable miracle.

L’histoire de notre collègue Roselyne

Roselyne Landry, recherchiste à l’émission Une pilule une petite granule, a eu elle aussi la chance de retrouver l’audition grâce à un implant cochléaire. Souffrant de problèmes auditifs depuis l’âge de 25 ans, Roselyne avait réussi à composer avec son handicap, mais elle reconnaît aujourd’hui que la surdité lui minait considérablement la vie.

«Un handicap comme la surdité a un impact sur la vie sociale, soutient-elle. C’est évident, parce que ça touche directement la communication.» Dans son cas personnel, Roselyne raconte qu’avec les années, elle était devenue de plus en plus réservée, et moins encline à parler aux gens qu’elle ne connaissait pas.

Pour se débrouiller et continuer à fonctionner normalement, elle est devenue une championne de la lecture labiale. Elle a également fait l’acquisition de prothèses auditives qui lui ont permis d’améliorer sa condition et de continuer à travailler.

Mais au cours des dernières années, sa surdité était devenue intenable et minait considérablement sa qualité de vie. Son travail de recherchiste lui demandant de communiquer beaucoup par téléphone, elle avait dû développer des stratégies pour contourner son handicap, en utilisant davantage le courrier électronique et en favorisant les entrevues en personne.

Consciente que son cas s’aggravait, Roselyne est allée rencontrer une audiologiste qui a évalué sa condition. Diagnostic : surdité profonde à l’oreille gauche, et surdité sévère à profonde à l’oreille droite. «Elle m’a dit que c’était une surdité très importante et qu’elle était étonnée que je sois toujours au travail, se souvient Roselyne. C’est là que j’ai réalisé que j’étais plus handicapée que je pensais. Et elle m’a dit que j’étais une candidate à l’implant cochléaire.»

La surdité chez les adultes

Généralement associé au traitement de la surdité chez les enfants, l’implant cochléaire est pourtant plus souvent utilisé chez les adultes qui, comme Roselyne et Farouk, souffrent de surdité progressive – qu’on appelle également «surdité acquise». L’implant cochléaire est aussi utilisé dans le traitement des surdités de naissance.

Chirurgien et directeur du Centre d’expertise en implant cochléaire à l’Hôtel-Dieu de Québec, le Dr Richard Bussières prévoit d’ailleurs que la demande pour cet implant risque fort d’aller en augmentant, en raison du vieillissement de la population. Pour le moment, ce centre est le seul endroit à pratiquer ces interventions. C’est pourquoi le Dr Bussières rencontre quotidiennement des patients qui lui sont référés par des audiologistes ou des ORL des quatre coins de la province.

Implant cochléaire 101

Il s’agit d’une intervention chirurgicale qui requiert une très grande minutie : après avoir pratiqué une petite incision derrière l’oreille, les chirurgiens percent un trou dans l’os pour rejoindre l’oreille moyenne, puis un minuscule trou de 1 mm dans la fenêtre ronde de la cochlée, afin d’y insérer un porte-électrode. «L’implant va littéralement stimuler les fibres auditives à l’intérieur de la cochlée, explique le Dr Bussières, ce qui va donner un signal électrique qui va être transmis jusqu’au cerveau par le nerf auditif.»

Malgré toutes les promesses qu’il fait miroiter, il n’en demeure pas moins que l’implant cochléaire est une opération qui représente certains risques d’infection ou d’hémorragie, comme n’importe quelle intervention chirurgicale. À ces risques généraux s’ajoutent quelques risques plus spécifiques, comme le risque de paralysie du visage, puisque le nerf facial passe tout près de l’endroit où se fait l’intervention pour l’implant cochléaire. Il s’agit toutefois d’un risque extrêmement faible, soutient le Dr Bussières.

L’activation et la programmation

Une fois l’intervention chirurgicale terminée, il faut toutefois patienter quelques semaines avant de retrouver véritablement l’ouïe. Car l’implant cochléaire doit encore être activé et programmé avant que le patient puisse entendre à nouveau. C’est pourquoi aujourd’hui, après sa rencontre avec le Dr Bussières, Farouk Cheikha est maintenant prêt à passer dans le bureau de Mireille Rouette, audiologiste en programmation. Avant d’activer l’appareil, celle-ci explique à M. Cheikha qu’elle va graduellement augmenter le courant nécessaire afin de lui permettre d’entendre correctement, à un volume adéquat. C’est avec une grande émotion qu’il entend les premiers signaux sonores. Mais en entendant la voix de son épouse, il doit toutefois reconnaître qu’il entend un écho assez dérangeant. Certains sons lui semblent également étranges.

Aussi surprenant soit-il pour les patients qui l’expérimentent, il s’agit toutefois d’un processus normal, explique le Dr Richard Bussières : «Quand on met l’implant en marche pour la première fois, il y a toutes sortes de choses qui peuvent arriver. Le patient peut entendre des bips bips, ou une voix qui sonne comme Mickey Mouse, ou encore qui sonne plus mécanique. Par contre, certains patients entendent d’emblée une voix normale. C’est très différent d’un patient à l’autre. Mais c’est certain qu’avec le temps et la réadaptation, ça va se modifier.»

Si les premiers résultats diffèrent autant d’une personne à l’autre, il en va de même pour les réactions émotives : certains rient, d’autres pleurent, chacun réagit à sa manière.

S’adapter à une nouvelle audition

Après s’être fait rassurer par Mireille Rouette, Farouk Cheikha et son épouse quittent l’hôpital très encouragés, car ils savent que l’audition de Farouk ne peut maintenant aller qu’en s’améliorant. Il ne leur reste plus qu’à se préparer à la période de réadaptation, qui dure habituellement de 6 à 12 semaines – le temps nécessaire pour Farouk de s’adapter à sa nouvelle oreille électronique.

Roselyne se souvient très bien de cette période d’adaptation au cours de laquelle son cerveau a appris à décoder les nouveaux sons captés par son implant cochléaire. Car ceux-ci semblent bel et bien différents des sons qu’elle entendait auparavant, ce qui peut parfois générer une certaine confusion, comme de penser qu’un avion passe dans le ciel alors qu’il ne s’agit que de la tondeuse du voisin.

Résiliente et optimiste, Roselyne ne se décourage pas pour autant : «Je finis par m’habituer, soutient-elle. J’enregistre au fur et à mesure les nouveaux sons.» Ce qui lui est plus difficile à supporter, par contre, ce sont les sons plus forts qu’elle assimile souvent à un véritable vacarme. Les voix artificielles, comme celles du téléphone, lui sont également plus difficiles à reconnaître ou à décoder.

Pour l’assister dans cette période de transition, Roselyne a pu compter sur l’aide d’Émily Tremblay, audiologiste à l’Institut Raymond-Dewar. À raison de séances d’une heure, trois fois par semaine, celle-ci s’est révélée une aide inestimable dans la nécessaire transition vers l’oreille électronique. Émily a notamment aidé Roselyne à adapter les appareils téléphoniques qu’elle utilise au bureau et à la maison afin de mieux entendre et décoder la voix de ses interlocuteurs.

Les séances de réadaptation s’étalent en moyenne sur une période de 10 semaines, mais cette durée varie selon les patients, précise Émily Tremblay. Si certains n’ont pas besoin de plus de 6 semaines, d’autres vont au contraire avoir besoin de deux fois plus de temps, jusqu’à 12 semaines. Le résultat final varie également : certains réussissent à entendre parfaitement ce que dit une autre personne sans voir son visage, tandis que d’autres seront plus déçus et auront tout de même besoin d’utiliser la lecture labiale pour comprendre la parole.

Pour sa part, Roselyne est très satisfaite du résultat : ses conversations téléphoniques se déroulent parfaitement, mais elle peut également écouter un bulletin de nouvelles radio en voiture, du début à la fin, ce qu’elle était incapable de faire auparavant. Elle n’est, par contre, pas certaine qu’elle pourra à nouveau apprécier la musique. Témoin privilégié de cette transition, son conjoint soutient pour sa part que l’implant cochléaire lui a permis de retrouver la Roselyne qu’il a connue au tout début de leur relation, puisqu’elle peut maintenant participer beaucoup plus activement à leurs rencontres familiales et sociales.

«Je dirais que la chose la plus importante de ma vie, en ce moment, c’est ce petit appareil, conclut-elle. Après avoir passé au travers de tout le processus et avoir été si bien accompagnée, je me dis que j’aurais vraiment dû le faire avant!»

Informations supplémentaires

– Le centre hospitalier universitaire de Québec est le seul endroit de la province où on offre des implants cochléaires. Les patients doivent d’abord être évalués par une équipe médicale et répondre à certains critères, comme le degré de surdité, mais aussi leur condition médicale générale.

– Après l’opération, il faut prévoir quelques semaines de convalescence et environ 3 mois de réadaptation.

– L’implant cochléaire peut rendre l’ouïe à des gens qui souffrent de surdité acquise – qui sont devenus sourds avec le temps –, mais aussi à des gens qui sont sourds depuis la naissance.

– La pause d’un implant cochléaire coûte environ 40 000 $, mais elle est entièrement couverte par la Régie de l’assurance-maladie.