Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Fernand Patry, intervenant en soins spirituels au CHUM

Émission du 20 septembre 2012

Si vous croyez encore que les prêtres dans les hôpitaux ne sont là que pour donner l’extrême-onction, détrompez-vous : leur rôle est aujourd’hui beaucoup plus large qu’il ne l’était autrefois, comme en témoigne le travail du père Fernand Patry. Intervenant en soins spirituels à l’Hôtel-Dieu du CHUM depuis une dizaine d’années. Il œuvre au service d’une mission fondamentale : accompagner les personnes hospitalisées en vue d’un bien-être spirituel. Rencontre avec un homme qui soigne les âmes.

Fernand Patry est un prêtre qu’on ne peut ranger dans aucune catégorie. «Moi, je ne suis pas un traditionnel, reconnaît-il d’entrée de jeu. Si quelqu’un cherche un collet romain et quelqu’un qui a vraiment le look du curé, il se trompe avec moi. Je peux être un bon prêtre pour eux, mais ce n’est pas mon but, ni mon rôle.»

Au quotidien, à l’Hôtel-Dieu du CHUM, Fernand Patry accompagne les patients hospitalisés, notamment les grands brûlés, des gens atteints de fibrose kystique, des personnes en urgence cardiaque et des patients en soins palliatifs. Mais contrairement aux autres soignants qui œuvrent à l’hôpital, il n’offre ni médicament, ni traitement, ni diagnostic. «Je suis là pour m’asseoir avec la personne et être une présence, soutient-il. Je suis l’intermédiaire entre ce qui se passe dans le tourment de leur vie et le corps médical.»

Au-travers de ses échanges avec les patients, le père Patry les amène à réfléchir sur leur relation avec eux-mêmes, mais aussi avec la transcendance et avec Dieu. Mais il se garde bien de restreindre son approche à une seule religion, puisqu’au contraire, elle est ouverte à toutes les religions. Il définit également son approche comme «holistique» : «C’est l’ensemble de la personne, y compris avec soi, avec les autres, et dans une relation interpersonnelle avec plus grand que soi, qu’on n’arrive pas toujours à nommer mais qui est le divin, qui est une présence affectueuse, qu’on découvre dans la nature comme on peut aussi le découvrir à travers ce qu’on traverse.»

Certains jours, ses interventions sont très concrètes : il peut, par exemple, aider un patient à préparer la table, afin d’accueillir le médecin et mieux l’écouter, lorsqu’un diagnostic important est attendu. Fernand Patry aide également les proches des patients à demeurer en relation avec eux et à adopter une attitude normale, malgré la souffrance et la maladie.

En dépit des apparences, il se défend toutefois de proposer une approche de psychologue : «On n’est pas là pour l’équilibre psychologique de la personne; c’est pour ça qu’il est important de travailler en collaboration avec le ou la psychologue car eux sont là pour soigner de manière psychologique, quand la personne aura nommé ses faiblesses, ses carences ou les choses qui ne sont pas réglées dans sa vie.»

Un parcours particulier

Prêtre dominicain, le père Fernand Patry a suivi un parcours pour le moins inusité avant d’entamer cette nouvelle mission en milieu hospitalier. À 20 ans, il s’oppose vigoureusement à toute religion, quelle qu’elle soit, et démontre fièrement dans un travail de philosophie que Dieu n’existe pas.

Quelques années plus tard, il devient journaliste culturel, puis décide un jour de changer de vie et d’aller enseigner le français au Zaïre. Le contrat était offert par les frères de l’Instruction chrétienne de Dolbeau qui étaient à la recherche d’un professeur pour leur collège de brousse. Toujours vigoureusement athé, Fernand Patry juge bon de les aviser de ses convictions mais les frères décident de l’embaucher malgré tout. Quelques temps plus tard, toujours au Zaïre, il est appelé à remplacer un professeur et à enseigner l’histoire de l’Église. Malgré ses positions toujours aussi tranchées, il accepte ce nouveau mandat avec enthousiasme et se plonge dans la lecture des Évangiles. C’est pour lui une véritable révélation! «En redécouvrant l’Évangile, je me suis aperçu qu’il y avait deux choses : l’Institution et l’Évangile. Et je reste encore comme ça, l’Évangile me parle énormément, mais l’Institution, j’ai beaucoup de questions à lui poser et elle ne me donnera pas de réponses…»

L’Éternité dans le moment présent

«Pour moi, la spiritualité, c’est ce qui fait que je ne mourrai jamais. Il y a quelque chose en moi qui m’habite et qui m’amène à aller vivre plus tard, un jour, quelque chose que je ne connais pas. Ce sera une autre vie peut-être, ce sera une autre dimension – on appelle ça le ciel, on appelle ça la vie après la vie, je n’en ai aucune idée – mais ce que je sens, c’est que ça se vit maintenant. Donc, je mourrai un jour, mais maintenant, je suis habité par l’Éternité.»