Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Trop de radiographies peut-il causer le cancer ?

Émission du 4 octobre 2012

Experts invités :

Martin Lepage, Chercheur, Chaire de recherche du Canada en imagerie par résonance magnétique

Dr Éric Turcotte, Spécialiste en médecine nucléaire. Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke

Dr Patrick St-Antoine, Dentiste

Le fait que la radioactivité cause le cancer est connu et documenté depuis longtemps. Elle est impliquée dans différents types de cancer, comme celui du sang, du cerveau et de la thyroïde. Et puisque les tests d’imagerie médicale reposent sur l’utilisation de différents types de radiations, les risques qu’ils représentent pour la santé humaine refont périodiquement surface dans l’actualité. Ce fut notamment le cas au printemps 2012 à la suite d’une étude démontrant un lien entre les examens dentaires et les cancers du cerveau.

Les tests d’imagerie peuvent-ils vraiment causer le cancer? Notre équipe est allée creuser la question.

Pour Martin Lepage, chercheur à la Chaire de recherche du Canada en imagerie par résonance magnétique, il importe tout d’abord de rappeler qu’il existe plusieurs sortes d’imagerie médicale. Si certaines utilisent des radiations ionisantes et peuvent effectivement causer des dommages à la santé à long terme, d’autres font plutôt appel à des radiations non ionisantes qui ne représentent quant à elles aucun risque. C’est pourquoi lorsque la situation le permet, les professionnels de la santé vont privilégier des tests d’imagerie avec des radiations non ionisantes, comme l’imagerie par résonance magnétique ou les ultrasons.

Mais en dépit des potentiels dommages qu’ils peuvent causer à long terme, Martin Lepage souligne que les tests d’imagerie médicale sont indispensables à de nombreux diagnostics, car ils permettent de détecter des choses qui seraient indétectables à l’œil nu ou par de simples prises de sang. Pour aller voir à l’intérieur même des tissus, si on ne prend pas un scalpel pour aller voir directement, il n’y a généralement pas d’autre option que d’utiliser un test d’imagerie.

Des risques, oui, mais aussi des bénéfices

Spécialiste en médecine nucléaire au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, le Dr Éric Turcotte reconnaît lui aussi que les tests d’imagerie peuvent représenter un risque pour la santé, et c’est pourquoi ils doivent être pratiqués dans un contexte bien précis : «Il y a toujours un risque occasionné par la radiation de l’examen, mais il y a toujours un bénéfice pour la personne. Si on fait un test d’imagerie, c’est parce qu’on a une question bien particulière et, surtout, quand c’est quelque chose qui va changer la conduite thérapeutique du patient. C’est certain qu’on ne va pas demander un test d’imagerie pour rien, surtout si on ne sait pas quoi faire avec les résultats qu’on risque d’avoir sur les tests d’imagerie.»

L’utilisation de l’imagerie médicale doit donc se faire avec la plus grande parcimonie. Si chaque test de médecine nucléaire implique nécessairement l’absorption de certaines doses de radiation, certains appareils émettent des doses beaucoup plus grandes. À titre d’exemple, un TEP Scan équivaut à environ 200 radiographies. Par contre, comme le souligne le Dr Éric Turcotte, il faut savoir que ces TEP Scans sont souvent utilisés pour le diagnostic de certains cancers et qu’ils sont très utiles pour choisir la thérapie qui sera utilisée. Pour un patient atteint de cancer et qui souhaite la guérison, il vaut donc nettement mieux prendre le risque d’absorber ces radiations que de demeurer dans l’inconnu face au cancer qui le gruge et sur la marche à suivre pour le guérir.

Les radiations n’ont pas non plus un impact à court terme sur la santé. Elles doivent plutôt être considérées d’un point de vue cumulatif, avec l’addition des différentes doses liées à tous les tests qu’un patient va passer dans sa vie. «Plus on reçoit de radiations au long d’une vie, et plus on a un risque de développer à long terme un cancer, précise Éric Turcotte. Ça, c’est quelque que l’on approuve dans la culture médicale, mais savoir quelle dose on ne doit pas dépasser pour avoir un cancer, ça, c’est quelque chose qui est différent d’une personne à l’autre.»

Et au-delà de la somme totale des radiations reçues, Éric Turcotte souligne que de nombreux autres facteurs, comme le sexe, l’âge ou les prédispositions génétiques, vont aussi influer sur le risque d’une personne de développer ou non un cancer. Certains organes, comme le sein chez la femme ou les testicules pour l’homme, sont également plus fragiles à l’absorption des radiations.

Chez le dentiste

Mais il n’y a pas que pour les blessures ou les cancers que l’on utilise les tests d’imagerie. Les examens radiologiques sont également utilisés très couramment dans les cabinets de dentistes, et certains s’inquiètent de l’impact de ces tests sur le risque de développer certains types de cancer.

Pour le dentiste Patrick St-Antoine, il est clair qu’il est très important que les dentistes s’assurent de protéger leurs patients au maximum lorsqu’ils leur font passer des tests d’imagerie. Parmi les diverses précautions à prendre, il cite notamment l’importance de déterminer le meilleur test possible, avec le minimum de doses de radiations. Pour les radiographies intrabuccales, lorsque le patient tient le film radiographique dans sa bouche, le patient doit porter un tablier de plomb comprenant un collier qui permet de protéger la glande thyroïde, une glande qui absorbe facilement ce type de rayons.

Par contre, la grande radiographie panoramique (celle qui fait le tour de la tête) se fait sans tablier et sans collier. Le Dr St-Antoine explique qu’il s’agit d’une procédure recommandée par les fabricants, car ceux-ci soutiennent que le tablier et le collier vont déformer ou abîmer les radiographies. Par contre, les radiations sont maintenues au-dessus de la glande thyroïde.

Des tests en pleine expansion

Il est clair que les examens radiologiques sont nécessaires et utiles pour documenter une maladie et suivre son évolution. Là où le bât blesse toutefois, c’est que le nombre de scans effectués est en croissance exponentielle, puisqu’on en fait aujourd’hui 20 fois plus qu’en 1980. À un point tel que des scientifiques crédibles estiment qu’entre 1 et 2 % des cancers éventuellement détectés dans les années à venir seront reliés à l’imagerie médicale. Quand on pense que nombre de ces tests sont inutiles, comme les scans de dépistage, ou encore qu’on scanne de plus en plus les enfants chez qui la dose de radiations sera cumulative au cours de toute leur vie, il y a certainement matière à réflexion.