Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dr Marco Sirois : réussir un exploit médical avec le Novalung®

Émission du 4 octobre 2012

En 2010, les Drs Marco Sirois et Yannick Poulin ont réussi une véritable percée médicale en utilisant un poumon artificiel temporaire, le Novalung®, pour sauver la vie d’un patient atteint d’une pneumonie foudroyante. Forts de cette première expérience, ils ont récidivé leur exploit l’an dernier, en évitant une mort certaine à Olivier Jean, un patient de 31 ans atteint de fibrose kystique et de graves complications pulmonaires. Retour sur un exploit médical hors du commun.

Un cas de force majeure

Chirurgien thoracique au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, le Dr Marco Sirois se souvient très bien du lamentable état dans lequel Olivier Jean se trouvait lorsqu’il l’a rencontré la première fois, en juin 2011. Combattant avec peine une pneumonie sévère, Olivier était aux prises avec de graves difficultés respiratoires.

Le cas d’Olivier était particulièrement délicat. Atteint de fibrose kystique, il faisait face à d’importants problèmes pulmonaires depuis environ un an. Son état était si critique qu’il risquait maintenant d’y laisser sa peau. Un seul espoir se présentait alors à lui : une greffe pulmonaire. Mais étant donné les délais liés à la greffe d’organes, il était plus que probable qu’il décède avant que des poumons ne soient disponibles pour lui.

«Olivier était vraiment dans un état critique, raconte le Dr Sirois, mais il était le premier sur la liste d’attente pour une greffe. Il fallait donc lui permettre de se rendre jusque-là.»

Selon le protocole habituel, Olivier aurait dû être intubé afin d’être branché sur un système de ventilation mécanique. Mais, dans son cas, ce scénario était impensable en raison des risques importants de complications, liées notamment à l’accumulation de sécrétions dans les bronches. L’utilisation d’un poumon artificiel conventionnel – une très grosse machine branchée à un moteur et plusieurs pompes – n’était pas souhaitable non plus, puisqu’il n’aurait plus été possible de déplacer Olivier dans un autre hôpital pour une greffe éventuelle.

Le Novalung®

De concert avec le Dr Yannick Poulin, pneumologue intensiviste, ainsi que l’équipe médicale du Service de chirurgie thoracique du CHUS, le Dr Sirois a préféré opter pour le Novalung®, un petit poumon artificiel qui n’est pas encore disponible au Québec et que l’équipe a dû faire venir d’Europe, après une collecte de fonds. Cet appareil s'installe dans les veines de la cuisse et son rôle consiste à éliminer le dioxyde de carbone dans les tissus, ce qui permet de remplacer les poumons temporairement. Le Novalung® n’utilise ni batterie ni électricité : la simple pression artérielle du patient est suffisante pour faire circuler le sang dans l’appareil. Pour le Dr Sirois, il est clair qu’il s’agit d’une véritable révolution.

Une intervention risquée

Avant que les Drs Sirois et Poulin ne réussissent leur premier exploit en 2010, l’utilisation du Novalung® avait été expérimentée à l’hôpital Sacré-Cœur, mais l’intervention s’était malheureusement soldée par la mort du patient. Il faut dire qu’il s’agit d’une intervention fort délicate qui comporte de nombreux risques de complications, notamment d’infection ou d’hémorragie.

Malgré ces risques bien établis, le Dr Sirois était convaincu que le jeu en valait la chandelle : «Quand le patient va mourir et qu’il n’y a plus rien à faire, je suis prêt à prendre n’importe quel risque, soutient-il, car il n’y a pas d’autres options. Moi, je n’ai aucun problème à tenter une nouvelle technologie qui peut, peut-être, lui donner une chance.»

Fort conscients qu’ils risquaient de faire face à une pluie de critiques en cas d’échec, les deux médecins étaient tout de même prêts à tenter le jeu. Quelques jours plus tard après l’installation du Novalung®, leur ténacité fut récompensée : Olivier a reçu un appel d’un hôpital montréalais, l’avisant qu’un poumon était disponible pour lui. Grâce à la légèreté du Novalung®, Olivier a pu être déplacé jusqu’à Montréal pour recevoir la greffe qui lui redonnerait une seconde chance.

Une vie nouvelle

Un an plus tard, fort de ses nouveaux poumons, Olivier est complètement remis sur pied et savoure la vie à pleines dents. Il est de retour au travail, joue au hockey et attend avec impatience d’emménager dans la nouvelle maison que sa conjointe et lui ont entrepris de faire bâtir.

«Avec la fibrose kystique, on se fait peu à peu à l’idée qu’on va mourir de problèmes pulmonaires, témoigne-t-il. Mais c’est une nouvelle vie pour moi aujourd’hui alors qu’il y a un an, je ne savais même pas si j’allais continuer à vivre.»