Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Comment les hôpitaux gèrent-ils la pénurie de médicaments ?

Émission du 27 septembre 2012

Expert invité :

Denis Bois, Chef du département de pharmacie, CHUM

Depuis quelques années, la pénurie de médicaments s’est accentuée à un point tel que les professionnels doivent maintenant presque quotidiennement faire face à des ruptures de stock. Au printemps 2012, le problème est devenu si criant que certains hôpitaux ont dû retarder des interventions chirurgicales en raison de l’insuffisance des réserves de morphine. Comment les hôpitaux s’adaptent-ils à cette réalité? Comment réussissent-ils à offrir une continuité de soins et d’interventions avec des stocks d’inventaires en constante fluctuation? Notre équipe est allée visiter la grande pharmacie du CHUM où 70 pharmaciens gèrent chaque jour plus de 4000 prescriptions de médicaments.

Pour Denis Bois, chef du Département de pharmacie du CHUM, il est clair que la pénurie de médicaments est un problème relativement nouveau qui s’accentue avec le temps. Mais puisque cela semble être devenu une réalité presque quotidienne, son équipe a mis en place un système de décompte quotidien des stocks d’inventaires, afin de s’assurer que le problème ne se rende jamais jusqu’au personnel et les patients.

Tous les matins, le comité de coordination se rencontre. Première étape : consulter les résultats d’inventaire. Le matin de la visite de notre équipe, c’est pas moins de 350 médicaments qui étaient en difficulté d’approvisionnement, sans être pour autant en rupture de stock. Trois codes sont utilisés :
– vert : 21 jours et plus en stock
– jaune : 14 à 21 jours en stock
– rouge : 7 jours et moins en stock

À titre de comparaison, Denis Bois se souvient qu’il y a une trentaine d’années, la situation était tout autre puisque les pharmaciens pouvaient régulièrement compter sur des inventaires allant jusqu’à 4 mois. Aujourd’hui, ils ne peuvent espérer tenir un inventaire pour plus d’une semaine.

La crise Sandoz

Plusieurs facteurs peuvent expliquer pourquoi certains produits sont en rupture de stock. Une compagnie pharmaceutique peut, par exemple, décider d’arrêter la production d’un médicament qu’elle juge non rentable. Autre cause possible : une pénurie de matière première en raison d’une instabilité politique dans la région où cette matière première est produite. Dans d’autres cas, il peut s’agir d’un événement ponctuel, comme l’incendie de l’usine de production de médicaments Sandoz au printemps 2012. Pour l’équipe de Denis Bois, cet incendie avait causé une véritable onde de choc puisqu’il a causé une pénurie de nombreux médicaments injectables, des produits essentiels au bon fonctionnement des hôpitaux, comme notamment la morphine et le Dilaudid. Pour une pharmacie d’hôpital, c’est une catastrophe équivalente à un tsunami, soutient M. Bois.

«On maintient à peu près sept jours d’inventaire, explique Denis Bois, ce qui a fait qu’à l’arrivée de la crise Sandoz, on est arrivés rapidement à une situation où on n’avait pas beaucoup de stock devant nous et on n’avait pas beaucoup d’autonomie.»

Parmi les nombreux produits qui se sont subitement retrouvés en pénurie, on retrouvait la protamine, un médicament utilisé lors des chirurgies cardiaques. «On était à une ou deux journées d’inventaire de protamine, raconte M. Bois. C’est donc sûr que cette journée-là, on s’est retrouvés dans l’obligation d’en aviser la direction et à la rigueur, nous aurions pu avoir à annuler certaines chirurgies électives.»

Maintenir le service malgré tout

Dans la grande pharmacie du CHUM, les ordonnances de médicaments sont suivies de près : d’abord saisies par une équipe d’assistants techniques, elles sont ensuite validées par l’équipe de pharmaciens. Un robot est également en charge de la préparation de plus de 500 médicaments préemballés.

«Ce qu’on a mis en place, c’est une structure où, premièrement, notre objectif était de nous assurer que les patients et les unités de soins soient approvisionnés à 100 % et que nous, on gérait la crise à l’intérieur de la pharmacie, explique M. Bois. Il y a beaucoup de travail qui a été fait pour éviter que les unités de soins s’aperçoivent qu’il y avait une problématique.»

Lorsqu’un «acheteur» réalise que le produit qu’il souhaite commander est en rupture de stock, c’est d’abord à lui de voir s’il n’y a pas un produit équivalent offert par une autre compagnie, disponible sur le marché. Mais lorsque le produit est en réelle rupture pour une durée indéterminée, l’information doit être transmise à l’unité d’évaluation.

Des solutions

Aussi exigeant soit-il pour les gestionnaires, le système semble toutefois bien fonctionner puisque, selon M. Bois, les patients ne se sont jusqu’ici pas trop rendu compte de l’ampleur de la pénurie.

Mais il est clair que cette situation doit être corrigée. Parmi les solutions proposées dans le milieu de la santé, certains proposent de resserrer la réglementation sur la mise en marché des médicaments. Récemment, un comité de l’Ordre des pharmaciens du Québec recommandait que Santé Canada oblige les compagnies pharmaceutiques à donner un préavis d’un an avant de cesser la production d’un médicament (comme c’est le cas en France et aux États-Unis), qu’elles s’assurent d’avoir plusieurs sources de matières premières (pour éviter d’avoir des ruptures d’approvisionnement) et de répartir la production d’un médicament sur plusieurs sites avant d’assurer sa mise en marché.