Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dr François Raymond : prendre soin des enfants à l'école

Émission du 18 octobre 2012

Le Dr François Raymond est le premier pédiatre à pratiquer en milieu scolaire. Après avoir longtemps travaillé dans les départements de néonatalogie à soigner les bébés prématurés, il se consacre aujourd’hui à suivre les enfants qui présentent des problèmes d’intégration scolaire. Et plusieurs de ces enfants sont, justement, d’anciens prématurés, maintenant en âge d’aller à l’école.

Une clinique nouveau genre

La clinique de pédiatrie scolaire La libellule est née d’un projet pilote entre la Commission scolaire Marie-Victorin et le CSSS Pierre-Boucher. Dans ce quartier très défavorisé de Longueuil, de nombreuses familles n’ont pas la chance d’avoir un médecin de famille. Résultat : les enfants ne reçoivent pas les soins nécessaires au traitement de leurs problèmes médicaux et ces problèmes deviennent chroniques. C’est pour venir en aide à ces familles que le pédiatre François Raymond, également directeur du programme Famille-Enfance-Jeunesse du CSSS Pierre-Boucher, a eu l’idée originale d’ouvrir une clinique de pédiatrie à l’intérieur même d’une école.

Santé et réussite scolaire

À la clinique Libellule, l’accent est mis sur le dépistage et le traitement des problèmes d’intégration scolaire : déficit d’attention, troubles de comportement, absentéisme en raison d’un trouble médical… Plusieurs problèmes de santé peuvent avoir des répercussions à l’école, explique le Dr Raymond. Même des problèmes cutanés peuvent interférer avec la réussite scolaire, puisque certains enfants qui en sont affectés peuvent être gênés de se présenter à l’école ou même, pire encore, être victimes d’intimidation.

Quand un professeur soupçonne la présence d’un de ces problèmes chez un enfant, il partage ses intuitions avec les parents afin de leur offrir la possibilité de rencontrer le Dr Raymond. Et comme la clinique est située dans l’école, c’est souvent plus facile pour ces derniers de se présenter au rendez-vous avec leur enfant.

«C’est très facile pour les parents d’aller à l’école, soutient le Dr Raymond. C’est un milieu où ils se sentent confortables et à l’aise, contrairement aux cliniques ou aux CLSC – ou encore les hôpitaux – où c’est un peu plus difficile d’accès.»

Un travail d’équipe

Le Dr Raymond travaillait depuis plusieurs années déjà avec les enfants aux prises avec ce type de problèmes. Mais avant l’ouverture de la clinique Libellule, il avait toujours expérimenté beaucoup de difficulté à entrer en contact avec le personnel scolaire. «Parler avec la directrice, ou avec l’enseignante ou la psychologue, c’est toujours compliqué, soutient-il, alors que c’est tellement important». À l’école Bourgeoys-Champagnat, c’est une tout autre expérience : le Dr Raymond a maintenant la chance de travailler de concert avec le personnel de l’école, ce qui permet de regrouper les efforts de tous afin de venir en aide aux enfants en difficulté.

L’expertise d’un pédiatre est particulièrement utile pour le diagnostic des troubles de déficit d’attention. Car certains enfants, explique le Dr Raymond, agissent exactement comme s’ils étaient affectés par ce type de trouble mental, alors que dans les faits, ils sont plutôt atteints d’un problème auditif qui nuit à leur fonctionnement dans la classe.

Intégrer les parents

Lorsqu’il a débuté sa carrière en pédiatrie, le Dr Raymond a longtemps travaillé en néonatalogie, à une époque où les médecins commençaient à insister pour que les parents s’intègrent davantage dans les soins à donner à leurs bébés prématurés. Il considère que cette intégration des parents est tout aussi importante en pédiatrie scolaire.

«Si on n’implique pas les parents par rapport aux problèmes de santé des enfants, on perd notre temps, soutient-il. On ne peut pas voir les enfants sans que les parents soient là. Et il y a plusieurs familles pour qui c’est une découverte. Et notre travail à la clinique, ce n’est pas seulement de les traiter, mais qu’ils aient du plaisir à venir à l’école.»

«En pédiatrie, on n’a pas le choix, poursuit-il. Si on veut vraiment faire de la pédiatrie efficace, il faut s’assurer qu’on regarde tout l’ensemble : la famille, les parents, les autres enfants autour, le milieu dans lequel ils sont.»

Des bébés prématurés qui grandissent

Le Dr Raymond est d’avis que 30 à 40 % de sa clientèle en pédiatrie scolaire est justement constituée d’enfants nés prématurément. Lorsqu’ils grandissent, ces enfants souffrent bien souvent de déficit d’attention, de retard de langage et de troubles de comportement. «C’est ce qui fait que je me suis probablement intéressé au déficit d’attention davantage que la moyenne des gens, explique-t-il, parce qu’on avait cette clientèle-là qui était plus à risque que les autres.»

Le début d’un nouveau type de pédiatrie?

Mis à part l’école Bourgeoys-Champagnat, à peine deux autres écoles québécoises ont la chance de pouvoir bénéficier des services d’un pédiatre. Mais il est fort possible que d’autres communautés suivent cet exemple si les résultats de ce projet pilote s’avèrent fructueux. Mais ce sera forcément dans des quartiers défavorisés, et non pas dans les quartiers bien nantis, puisque c’est là que les plus grands besoins se font sentir.

«On ne pourrait pas partir une clinique comme celle-ci par exemple dans Westmount, soutient le Dr Raymond. Dans les quartiers riches, les parents ont des médecins traitants, et les problèmes ont habituellement été identifiés très tôt. Les enfants ne sont pas encore à la maternelle que ça a déjà été identifié. Bref, ce ne serait pas utile. L’utilité, c’est vraiment dans un milieu où il y a beaucoup de familles qui n’ont pas de médecin traitant.»