Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Spécial 200ème émission

Émission du 25 octobre 2012

Entrevue avec le pharmacologue Jean-Louis Brazier

Pour cette édition spéciale, nous avons voulu répondre aux nombreux téléspectateurs qui nous ont écrit pour savoir pourquoi notre émission, malgré son titre, fait plus de place aux «pilules» qu’aux «granules». Dans cette entrevue avec notre animatrice Marie-Élaine Proulx, notre pharmacologue en résidence Jean-Louis Brazier explique pourquoi il a beaucoup de réticences face à l’utilisation de produits de santé naturels.

Les principaux problèmes avec les produits naturels

Les produits naturels sont effectivement «naturels», donc les molécules contenues dans une plante peuvent varier d’un spécimen à l’autre ou d’une saison à l’autre. La composition est donc très difficile à définir.

Même si on possède souvent beaucoup de connaissances pharmacologiques sur le contenu de ces plantes et leur potentiel thérapeutique, les preuves cliniques sont souvent insuffisantes, voire inexistantes. Les publicités vantant les mérites des produits naturels confondent d’ailleurs bien souvent les connaissances pharmacologiques et les résultats avérés d’études cliniques.

Il ne faut pas négliger l’impact de l’effet placebo.

Il faut faire attention à l’idée selon laquelle tout ce qui est naturel est forcément bon pour la santé.

La vente de produits naturels représente un énorme marché commercial : au Canada, ces ventes représentent plusieurs milliards de dollars par an dépensés en produits de santé naturels.

Comment s’y retrouver pour séparer le bon grain de l’ivraie : les conseils de Jean-Louis

– Ne jamais oublier notre meilleur allié : le gros bon sens.
– Ne pas se fier aux publicités.
– Privilégier les produits naturels autorisés par Santé Canada et qui présentent un NPN (numéro de produit naturel), non pas qu’il s’agit d’une réelle garantie d’efficacité, mais parce que l’étiquette indique la composition des produits, les recommandations d’usage dans des termes acceptés par Santé Canada, les contre-indications et les risques d’effets secondaires.

Reportage : la santé, il ne faut pas en faire une maladie!

Lors de la toute première émission de notre série, notre équipe avait présenté un reportage posant la question «Sommes-nous obsédés par la santé?». Neuf ans plus tard, la question se pose toujours. Faire trente minutes de sport par jour, surveillez votre indice de masse corporelle, mangez beaucoup de légumes et ne buvez pas trop de jus de fruits…: en avez-vous plein le dos des diktats de la santé?

On remarque d’ailleurs aujourd’hui un contre-discours qui commence à émerger et qui témoigne de la pression qu’on met sur l’individu, comme si, pour être en santé, il fallait nécessairement être beau, mince et heureux. En d’autres termes, le discours sur la santé commence sérieusement à ressembler à un discours sur la conformité. C’est pourquoi nous avons choisi, pour cette émission spéciale, de donner la parole à des gens qui ont envie de dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Notre journaliste Caroline Gauthier les a rencontrés.

L’obésité : une question de volonté?

Trente et un ans, 5 pieds 8 pouces, 145 livres, blonde et jolie : à première vue, Maryse Deraiche est aux antipodes du stéréotype de la personne obèse. Et pourtant, il y a à peine deux ans, elle pesait pas moins de 360 livres. Comment a-t-elle pu perdre autant de poids en une si brève période de temps? Certainement pas en suivant un régime et un programme d’exercices! C’est une opération, plus précisément appelée chirurgie bariatrique, qui a permis à Maryse de définitivement tourner le dos à l’obésité. Mais si elle se réjouit aujourd’hui de sa nouvelle apparence, elle n’a pour autant pas oublié les souffrances psychologiques qu’elle a traversées au cours de toutes ces années et, surtout, le regard extrêmement dur que les gens portent trop souvent sur les personnes obèses.

«Pourquoi est-ce qu’on pense que tous les obèses sont paresseux, questionne-t-elle? C’est un gros jugement de valeur. Sur quoi est-ce qu’on se base pour dire ça? Parce qu’on pense que ces personnes-là n’ont pas de volonté, c’est pour ça qu’elles sont obèses?»

Nutritionniste et endocrinologue, le Dr Dominique Garrel est lui aussi d’avis que la majorité des gens a trop souvent l’habitude de juger les personnes obèses comme des individus manquant de volonté, alors que souvent, c’est tout à fait le contraire : les obèses doivent se plier à des diètes et des sacrifices importants pour réduire leurs poids, des sacrifices souvent beaucoup plus élevés que ce que pourrait supporter la moyenne des personnes.

Un avis que partage également Marie-Claude Lortie, chroniqueuse au journal La Presse. «Avoir un surpoids, ça ne veut pas nécessairement dire qu’on a de mauvaises habitudes de vie, soutient-elle. Il y a beaucoup de gens qui sont en surpoids et qui font beaucoup plus d’efforts pour avoir de saines habitudes de vie que des gens qui sont minces naturellement et qui n’ont pas à s’en préoccuper. On peut être mince en mangeant du McDo tous les jours!»

Pour le Dr Paul Lespérance, chef du département de psychiatrie au CHUM, il est faux de croire que l’obésité peut se combattre simplement sur le terrain des mauvaises habitudes de vie : «Changer un comportement individuellement par sa propre volonté, c’est extrêmement difficile. Les gens qui ont essayé d’arrêter de fumer en savent quelque chose : on finit par réussir dans une certaine proportion, mais c’est extrêmement difficile parce que notre cerveau est conçu pour aller vers le plaisir et le moindre effort. On recherche la récompense.» Prenant en exemple le cas de la malbouffe, le Dr Lespérance explique qu’il s’agit d’un type de nourriture goûteuse, facile d’accès et qui stimule efficacement les régions neurologiques du plaisir. «Donc, toute notre biologie travaille contre nous, poursuit-il, et travailler seul sans facteur extérieur qui nous aide dans ce comportement-là devient une tâche colossale.»

Les messages santé

Martelés de toutes parts par de multiples messages santé, les citoyens y sont-ils vraiment sensibles? «Moi personnellement, je crois que le message de santé publique concernant le poids passe complètement à côté du problème, analyse Marie-Claude Lortie. Ça ne marche pas, ça fait des années que ça dure et qu’on répète le même message, qu’on martèle ça dans la tête des gens et le poids général moyen continue d’augmenter.»

À l’inverse, soutient-elle, ces messages santé auraient maintenant des effets pervers puisqu’ils peuvent, au contraire, culpabiliser les gens qui ne réussissent pas à atteindre un poids santé et les inciter pernicieusement à se maintenir dans des habitudes de vie qui ne sont pas saines du tout.

La santé mentale au travail

En parallèle de l’épidémie d’obésité, la santé mentale au travail est un autre sujet d’inquiétude en santé publique. «Depuis le milieu des années 1980, il y a une augmentation fulgurante d’épuisement professionnel dans nos sociétés industrielles, confirme le Dr Paul Lespérance. Je crois qu’il y a un changement fondamental dans nos sociétés post-modernes, puisque la majorité des gens travaillent maintenant non plus avec leurs bras, mais avec leur cerveau. Mais quand on travaille avec notre cerveau, on a besoin d’une bonne concentration et d’une certaine stabilité émotionnelle. Les gens doivent être libres de soucis pour être capables de produire des choses, car ça interpelle leur cognition et leur capacité d’interagir avec les autres.»

Paul Lespérance croit également que la triade métro-boulot-dodo prend globalement trop de place dans la vie des gens, ce qui leur donne peu de temps de faire de la place pour autre chose que le travail et les obligations familiales. «Il ne faut pas espérer toujours être heureux au travail, soutient-il, mais repositionner le travail par rapport aux autres valeurs qui sont sans doute importantes pour nous.»

Journaliste et auteure, Geneviève St-Germain a traversé une crise professionnelle et une dépression qui lui ont profondément miné l’existence pendant deux années. Avec le recul, elle comprend aujourd’hui que le milieu de travail est souvent très toxique pour la santé mentale : «Dans les milieux de travail, bien souvent, le problème c’est qu’on met ensemble un paquet de gens qui n’ont pas réglé leurs affaires personnelles et leurs affaires de front, qui n’ont pas fait de thérapie et qui ont toutes sortes de problèmes à régler. Et ça, c’est un facteur de fatigue mentale et psychique. Et je vais vous dire quelque chose d’outrageux, mais, pour moi, c’est plutôt un psychologue par personne que ça prendrait plutôt qu’un médecin de famille par personne. Je pense qu’on réglerait bien des affaires.»

Des idéaux à revoir

Santé mentale au travail et lutte contre l’obésité, même combat? Les idéaux de perfection des messages de santé publique sont-ils contre-productifs?

«Je crois surtout qu’il ne faut pas essayer d’être parfait, conclut Marie-Claude Lortie. Il ne faut pas essayer de suivre de recette magique. Les recettes magiques, ça n’existe tout simplement pas. Il faut donc reculer et arrêter de culpabiliser tout le monde, notamment sur la question du poids et, sur le terrain, se questionner sur les raisons pour lesquelles les gens n’adoptent pas ces fameuses habitudes de vie parfaite.»

Entrevue avec le Dr Phaneuf : être malade et incompris

Les gens qui, pour la première fois, se retrouvent pris dans les méandres du système de santé se sentent souvent incompris. Mais la situation peut être particulièrement difficile pour ceux qui souffrent d’une maladie méconnue ou rare. Dans les dernières années, nous avons traité de plusieurs de ces maladies dans nos différents reportages : la maladie de Lyme, la fibromyalgie ou le syndrome de fatigue chronique en sont quelques exemples.

Notre journaliste Carl Thériault a rencontré le docteur Denis Phaneuf, spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôtel-Dieu du CHUM, qui est devenu au fil du temps un spécialiste de ces maladies rares ou méconnues. Le Dr Phaneuf a un message important pour les médecins : le traitement de ces maladies complexes nécessite de la patience non seulement de la part des malades, mais des médecins eux-mêmes.

Les particularités des maladies rares ou inconnues, du point de vue des patients

– Il s’agit de maladies difficiles à comprendre pour l’entourage des personnes qui en sont atteintes.
– Les médecins sautent souvent aux conclusions et attribuent les symptômes des patients à des troubles psychiatriques, alors qu’il n’en est rien.

Les défis que posent ces maladies pour les médecins

– Le diagnostic de ces maladies est souvent plus difficile à poser. Il demande du temps, pour dialoguer avec le patient et tenter de comprendre ses symptômes. De nos jours, les médecins souhaitent trop souvent pouvoir vérifier quelques détails sur leur téléphone intelligent ou sur Internet, pour poser un diagnostic rapide et proposer un traitement. Mais quand il s’agit de maladies complexes, le diagnostic est beaucoup plus long à poser. Le Dr Phaneuf cite l’exemple de la fatigue chronique : il a habituellement besoin d’une année pour poser un véritable diagnostic, environ quatre ans pour établir un plan d’action et douze ans pour «cadrer parfaitement» la maladie. C’est ce qui explique qu’il suit ses patients depuis en moyenne 18 ans. Conclusion : les médecins n’ont pas seulement besoin de connaissances, mais aussi de beaucoup de patience.

– Les médecins ont aussi bien souvent tendance à se fier aux résultats des tests. Or, certaines de ces maladies ne se diagnostiquent pas toujours avec des tests.

L’espoir

– Malgré ces difficultés, les patients aux prises avec des maladies rares ou méconnues ne doivent pas désespérer. Car avec le temps et l’avancement des connaissances, les médecins finissent éventuellement par être mieux informés sur ces maladies. Selon l’avis du Dr Phaneuf, il faut habituellement entre 5 et 10 ans après les premières manifestations d’une maladie dans une région avant que les médecins la connaissent adéquatement pour bien venir en aide à leurs patients.

– À court terme, pour un patient aux prises avec une maladie complexe et qui se sent incompris, le Dr Phaneuf y va d’une importante recommandation : n’hésitez pas à consulter un autre spécialiste pour obtenir une deuxième opinion. Tout en reconnaissant que la demande pour une deuxième opinion ne fait pas partie de la culture médicale au Québec, le Dr Phaneuf considère toutefois qu’il s’agit d’une avenue intéressante pour ces patients.

S'ouvrir à la différence

Après toutes ces années, notre équipe a été marquée par le courage et la force des personnes qui souffrent d’un handicap. Les batailles qu’elles mènent sont nombreuses, que ce soit sur les bancs d’école, en milieu de travail ou encore dans le regard des autres. Bien sûr, tout n’est pas rose évidemment, mais les portes s’ouvrent, doucement.

Voici quelques extraits de témoignages qui nous ont particulièrement marqués :

Valérie Tourangeau
(personne de petite taille)

«Je me vois comme une personne tout à fait normale. Pour moi, je suis un être humain et je ne me pose pas de questions. Je n’aime pas me sentir handicapée et que les gens me perçoivent comme une handicapée. Dans un métro, par exemple, si on m’offre une place pour m’asseoir, je refuse.»

Ève Morissette
(paralysie cérébrale)

«Je me définis, en toute humilité, comme un apport pour la société. Pas un apport plus important, mais un apport, un actif. Quand tu as un handicap de naissance, avec la paralysie cérébrale, le gouvernement ne te paye pratiquement plus rien. Donc, mes fauteuils roulants maintenant, je me les paie. Toutes mes choses, je me les paie. Et je paie mes taxes, je travaille et je paie mon hypothèque sur ma maison. Donc, suis-je un fardeau pour la société? Non.»

Natalie Cinman
(maladie des os de verre)

«Pour moi, l’indépendance, c’est très important. J’essaie de ne pas demander de l’aide quand je n’en ai pas besoin.»

«Mon mari, il m’aime comme je suis. Il ne voit pas comment je suis petite, mais il voit toute ma grandiosité.»

Henri Desbiolles
(aphasie et paralysie partielle)

«Toute violence quelle qu’elle soit, physique, verbale, psychologique, est inadmissible. Et moi, je ne veux pas faire pitié. Il y a 50 ans, les gens faisaient pitié pour obtenir des choses. Pas moi. Je ne ferai jamais pitié. Je pense que les gens se sentent tout à fait à l’aise de dire “Oui, j’ai le droit de vivre comme tout un chacun, malgré mon handicap.” Car la différence entre vous et moi, c’est mon fauteuil.»

Entrevue avec le Dr Fernand Turcotte : voir la santé autrement

Fernand Turcotte est un collaborateur régulier à notre émission. Nous aimons ses idées, même si elles ne font pas toujours l’unanimité. Spécialisé en médecine sociale et préventive, le Dr Turcotte est également l’un des chefs de file dans la lutte antitabac. Il s’intéresse beaucoup à toutes les pratiques généralisées qui visent à prévenir les maladies et il nous amène souvent à remettre en question des approches qu’on croyait immuables.

Pour tout vous dire, Fernand Turcotte est un peu le mentor de notre animateur George Lévesque. Nous assistons donc aujourd’hui à une rencontre entre le maître et l’élève.

Les dérives du dépistage

Médecin spécialisé en médecine préventive, le Dr Turcotte a fait carrière comme professeur à l’Université Laval tout en travaillant en santé publique. À la retraite depuis une dizaine d’années, il demeure tout de même fort actif. À preuve, il a traduit bénévolement six livres écrits par deux auteurs américains qu’il tenait à faire connaître aux lecteurs québécois, les Drs Gilbert Welch et Nortin Hadler, deux spécialistes de santé publique.

Sa première traduction, publiée en 2005, a suscité toute une controverse. Dans ce livre publié en français sous le titre Dois-je me faire tester pour le cancer?, le Dr Welch remettait en question les tests de dépistage de plusieurs cancers, en portant un intérêt particulier au cancer de la prostate. Si les idées du Dr Welch en ont choqué plus d’un, il semble qu’elles ont toutefois fait leur chemin depuis le temps, puisque les plus récentes recommandations de grandes associations médicales lui donnent désormais raison. En 2009, deux importantes études expérimentales ont d’ailleurs démontré que le test de dépistage du cancer de la prostate est inefficace.

«Welch a été le premier à introduire la notion de pseudo-maladie et les notions complémentaires de surdiagnostic et de surtraitement», explique le Dr Turcotte. Il est d’ailleurs d’avis que même des tests de dépistage aussi bien établis et validés que les mammographies de dépistage du cancer du sein seront éventuellement remises en question. «Les avantages du dépistage sont beaucoup plus petits que ce qu’on avait déterminé dans les travaux de recherche et les inconvénients sont beaucoup plus gros. Et c’est la même chose pour le cancer colorectal : les tests de dépistage n’ont aucun impact sur le risque absolu.»

Traitement du cholestérol

Autre sujet de préoccupation pour le Dr Fernand Turcotte; le traitement du cholestérol. «C’est une horreur. La lipitorisation de la population, puisque c’est de ça dont il s’agit, est une véritable horreur. La preuve est faite que l’utilisation des statines en prévention primaire n’a aucun impact sur les risques et l’espérance de vie. Ça coûte une fortune et ça a des effets très désagréables. Et dans les faits, on rend les bien-portants malades, à la poursuite d’un objectif qui est une chimère. Et on n’a pas le droit de faire ça.»

«On est là pour protéger l’humanité contre toutes les sources évitables de souffrance, poursuit le Dr Turcotte. On n’a pas le droit d’ajouter de la souffrance, au nom de la prévention, surtout quand ça n’existe pas.»

«La santé, c’est l’ingrédient fondamental du bien-être, conclut le Dr Turcotte. Avoir cette conviction qu’on est capable de faire face au prochain épisode de souffrance ou d’affliction, ou de mal-être qui font partie de la vie. Et la plupart du temps, on dispose des compétences qu’il faut pour le surmonter, à condition bien sûr de dédramatiser ou de neutraliser ce réflexe de toujours penser au pire.»

Les traductions du Dr Fernand Turcotte

WELCH, Gilbert

- Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas, et voici pourquoi.
- Le surdiagnostic : rendre les gens malades à la poursuite de la santé.

HADLER, Nortin M.

- Malades d’inquiétude. Diagnostic : la surmédicalisation!
- Poignardé dans le dos : affronter le mal de dos dans une société surmédicalisée.
- Le dernier des bien portants. Comment mettre son bien-être à l’abri des services de santé?