Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Comment dépiste-t-on la maladie d'Alzheimer ?

Émission du 8 novembre 2012

Experts invités :

Dr Serge Gauthier, psychiatre, Centre McGill d’études sur le vieillissement

Dr Fadi Massoud, gériatre, Hôpital Notre-Dame

Les chiffres sur l’Alzheimer donnent la chair de poule et on parle d’une maladie aux allures épidémiques. Actuellement, 500 000 Canadiens en sont atteints, et ce nombre devrait plus que doubler d’ici 20 ans. Depuis plusieurs années, la recherche s’intensifie et on entend parler de médicaments qui ralentiraient la maladie ou encore de technologies qui permettraient de la diagnostiquer plus tôt. Nous sommes allés rencontrer des experts afin de faire le point sur l’état de la situation.

Une maladie qui inquiète

La maladie d’Alzheimer est une maladie qui fait peur à de nombreuses personnes, surtout celles qui ont été témoin de la progression de la maladie chez un proche. Et il faut dire que les statistiques sont particulièrement inquiétantes. À partir de 65 ans, une personne sur 20 sera touchée par la maladie, et au-delà de 85 ans, c’est une personne sur trois. Pour les centenaires, une personne sur deux. La maladie peut aussi se manifester chez de personnes plus jeunes, mais ces cas surviennent généralement dans des familles dont le bagage génétique favorise la manifestation précoce de la maladie.

Des oublis de tous les jours

Malgré l’importance et la gravité de la maladie, il ne faut surtout pas s’inquiéter outre mesure, précise le psychiatre Serge Gauthier : « La grande majorité des gens qui ont des oublis dans leur vie de tous les jours n’ont pas la maladie d’Alzheimer. Il faut que les oublis dérangent de façon significative la vie de tous les jours. Par exemple, si vous oubliez où vous avez stationné l’auto, ça peut arriver à tout le monde. Mais si vous oubliez plus d’une fois d’aller chercher vos petits-enfants à la garderie, c’est significatif, ou si une grand-mère oublie des anniversaires, c’est très significatif. »

De nouvelles cliniques-mémoires

Pour améliorer le dépistage de la maladie d’Alzheimer, un nouveau réseau de cliniques-mémoires est actuellement en train de s’établir à travers la province, afin d’aider les gens à consulter rapidement et vérifier si les premiers oublis dont ils sont victimes sont reliés à la maladie d’Alzheimer. Le scénario actuellement envisagé serait que les gens consultent tout d’abord un site web, avant de rencontrer une infirmière ou un médecin de famille et, au besoin, être référés à une clinique spécialisée.

L’imagerie médicale : pas vraiment une panacée…

Depuis peu, aux États-Unis, l’imagerie médicale est également mise à contribution dans le dépistage de la maladie d’Alzheimer. Comme l’explique le Dr Serge Gauthier, la tomographie par émission à positons (PET scan) permet de voir les dépôts de la protéine amyloïde qui s’accumule avec l’âge dans le cerveau.

Cette technologie n’est toutefois pas utilisée chez nous pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer. Selon le Dr Fadi Massoud, gériatre, ces technologies ne sont d’ailleurs pas nécessaires pour réaliser un bon diagnostic de la maladie. Elles sont plutôt utilisées en complément, pour vérifier si un problème de circulation dans le cerveau n’est pas impliqué ou pour vérifier un autre diagnostic, différent de la maladie d’Alzheimer.

Le Dr Gauthier ne doute pas que les tests d’imagerie médicale permettant de dépister la présence de plaques amyloïdes seront prochainement disponibles au Canada. Mais il n’est pas certain qu’ils seront très utiles, tout d’abord parce qu’ils ne permettent pas de prédire avec exactitude si la présence précoce de ces plaques se traduira par l’apparition de la maladie d’Alzheimer plus tard – d’autant plus que les scientifiques ne sont pas encore certains que ces plaques sont bel et bien la cause de la maladie.

« Ce serait un peu comme une prise de sang qui vous dit que vous avez un taux de cholestérol élevé, et que vous êtes plus à risque d’avoir une crise cardiaque », précise le Dr Gauthier. À preuve, une personne sur 3 de plus de 65 ans présente des accumulations de cette protéine amyloïde sans nécessairement avoir des symptômes de la maladie d’Alzheimer dans les 10 années suivantes. « L’inquiétude qu’on a, nous au Canada, c’est que ça devienne disponible trop rapidement par rapport aux thérapies de prévention, poursuit Serge Gauthier. L’approbation américaine de la Food and Drugs Administration, pour ce scan amyloïde, est toute récente. Et on espère que l’accès sera limité aux centres de recherche ou à des médecins spécialistes qui pourront expliquer clairement aux gens, avant et après le test, ce que ça représente. »

Traiter la maladie

Au-delà du dépistage de la maladie, qu’en est-il de son traitement? Pour le moment, il s’agit encore d’une maladie incurable, mais comme le souligne le Dr Massoud, il existe aujourd’hui des médicaments très efficaces pour retarder l’évolution de la maladie, ou même l’arrêter, surtout lorsque le diagnostic est fait assez tôt.

« Malheureusement, je ne crois pas qu’on pourra guérir de la maladie d’Alzheimer, répond Serge Gauthier. Mais on pourrait retarder le début des symptômes, lorsqu’ils sont identifiés assez tôt, et peut-être même la prévenir chez les gens à risque élevé qui n’ont pas encore de symptômes. Et si on retarde de 10 ans le début des symptômes, c’est quasiment une guérison, car on diminue de moitié le nombre de personnes atteintes. »