Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L'infertilité masculine

Émission du 8 novembre 2012

L’infertilité a longtemps été perçue comme un problème féminin, même si les statistiques nous démontrent qu’il y a autant d’hommes que de femmes qui en souffrent. Il existe d’ailleurs des études sur les séquelles psychologiques causées par l’infertilité chez l’homme, mais on en parle rarement. Comme si le fait de mettre un enfant au monde faisait davantage partie de l’identité de la femme. Pourtant, les experts nous confirment que pour plusieurs hommes, recevoir un diagnostic d’infertilité est un coup très dur, parce que plusieurs l’associent à une atteinte à leur virilité.

Encaisser le choc

Fabien Laurent rêve depuis des années de devenir père. Mais le chemin pour y parvenir semble parsemé d’obstacles depuis qu’il a appris qu’il était infertile et donc incapable de concevoir un enfant.

Son parcours du combattant a commencé il y a plusieurs années déjà lorsqu’il a commencé à planifier, avec sa compagne précédente, de fonder une famille. Après plusieurs mois d’essais infructueux, le couple s’est finalement décidé à faire appel à une clinique de fertilité pour voir ce qui n’allait pas chez l’un ou l’autre. Une fois les tests réalisés, le diagnostic est tombé : Fabien est infertile, puisque son sperme ne contient pas de spermatozoïdes. « Ce n’était même pas un bouchon pris quelque part, précise-t-il, c’était tout simplement impossible pour moi de procréer. »

Sur le champ, le choc est dur à encaisser : « C’était une grande baffe. Et je me disais alors que je n’aurais jamais d’enfant. Que c’était clair que je n’aurais jamais d’enfant. » Profondément troublés par cette nouvelle, Fabien et sa conjointe tentent de la digérer, mais le mal est fait et un fossé commence à s’installer entre eux. Quelques mois plus tard, sa conjointe le quitte et Fabien sombre dans une profonde dépression.

L’histoire de Fabien est malheureusement typique de celle de bien des hommes qui font face à un problème d’infertilité. « Lorsqu’on explique à un patient qu’il a un trouble de fertilité, c’est souvent le choc pour lui et les bras lui tombent à terre, explique le Dr François Bénard, urologue à la clinique Procréa. Les patients sont souvent déboussolés d’entendre parler de ça, puisque la masculinité, le désir, le fonctionnement de l’érection et de l’éjaculation sont malgré tout très présents. »

Il n’est d’ailleurs pas rare que des patients pleurent en apprenant cette nouvelle, poursuit-il, surtout lorsque les problèmes sont sérieux et que l’équipe médicale a peu d’options thérapeutiques à offrir. « C’est le rêve d’une vie qui s’effrite, commente le Dr Bénard, et il n’est pas rare que cela cause une certaine tension dans le couple. Et malheureusement, cela augmente les chances de divorce... »

Laisser le temps faire les choses

Parmi les multiples émotions qui l’ont alors assailli, Fabien se souvient d’une profonde tristesse, mais aussi du regret de ne pas être en mesure de poursuivre sa lignée familiale. Sa détresse était alors si grande qu’il a dû cesser le travail pendant environ huit mois, ruminant ses idées noires et tentant de comprendre pourquoi cette nouvelle l’affectait autant.

Pour Danièle Tremblay, psychologue spécialisée en fertilité, il est important que les hommes se donnent du temps pour assimiler un diagnostic d’infertilité : « Quand on annonce à un homme qu’il est infertile, parce qu’il est azoospermique par exemple, ça lui prend du temps pour l’intégrer au niveau psychologique. » Les hommes infertiles doivent notamment surmonter les sentiments de honte et de culpabilité qui les assaillent, précise-t-elle : « C’est un travail sur soi à faire, car c’est une perte importante pour l’homme, c’est une atteinte à son estime de soi. Il doit donc traverser un processus de deuil pour réussir à se considérer comme un homme dans sa totalité et éventuellement devenir père avec des traitements comme l’insémination avec donneur ou l’insémination in vitro. »

Fabien s’est finalement décidé à consulter un psychologue qui l’a aidé à accepter son infertilité. Le résultat a été pour lui des plus positifs, puisque ces rencontres l’ont amené à prendre conscience qu’il était loin d’être le seul homme dans sa situation et que de nombreux autres couples avaient recours à une clinique de fertilité pour réussir à concevoir un enfant.

Ne pas avoir peur d’en parler

Marc-André Dubé est lui aussi atteint d’un problème d’infertilité. Dans son cas, la raison médicale est différente de celle de Fabien, puisque son sperme contient des spermatozoïdes, mais que ceux-ci sont non seulement peu nombreux, mais également « paresseux » – ce qui les empêche de nager efficacement pour atteindre leur but.

Pour sa part, Marc-André reconnaît que la situation est difficile et lui procure une certaine gêne et une culpabilité, mais il a tout de même choisi d’en parler avec ses proches. Il a également entrepris de s’informer sur le sujet, ce qui lui a permis de comprendre que de nombreux hommes vivaient une situation semblable.

Pour la psychologue Danielle Tremblay, c’est une excellente nouvelle de constater que les hommes sont aujourd’hui plus nombreux à parler ouvertement de leur infertilité, puisqu’il s’agit d’une question qui est demeurée longtemps taboue. « Avant, on ne voyait pas ça du tout. C’était vraiment une blessure intime et personnelle. Et souvent, les femmes cachaient le problème et disaient que c’étaient elles qui avaient le problème de fertilité, pour que ça reste dans le couple. Ni la famille ni les amis n’étaient au courant. »

Un problème en pleine croissance

Des études scientifiques ont démontré que l’infertilité touche tout autant les hommes que les femmes, mais qu’elle est également en pleine croissance. Il s’agit d’un phénomène observé en Europe et en Amérique du Nord qui fait l’objet de plusieurs recherches.

Du côté masculin, spécifiquement, il semble que les hommes d’aujourd’hui sont moins fertiles qu’ils ne l’étaient il y a une cinquantaine d’années, car ils produisent moins de spermatozoïdes. Pourquoi? Il est difficile de le dire avec certitude pour le moment, mais plusieurs facteurs sont pointés du doigt. Parmi ceux-ci, on retrouve notamment des facteurs environnementaux comme les pesticides, les organochlorés, les métaux lourds ainsi que les produits chimiques qui miment les hormones femelles.

Une équipe internationale de chercheurs a également découvert qu’environ 20 % des hommes à travers le monde seraient porteurs d’une mutation qui fragilise les spermatozoïdes et les empêche de franchir le col de l’utérus.

Lorsque les hommes consultent pour des problèmes d’infertilité, les causes demeurent encore difficiles à départager. Dans certains cas, la cause est hormonale. Deux hormones peuvent être en cause : la testostérone, la plus connue, mais aussi la FSH, une hormone non moins importante puisqu’elle sert à stimuler les testicules pour produire des spermatozoïdes. Dans d’autres cas, la cause du problème sera plutôt mécanique, lorsque le transport des spermatozoïdes dans la tuyauterie ou les testicules ne se fait pas correctement. Le traitement proposé sera donc adapté au type de problème diagnostiqué. Mais là où le bât blesse, c’est que dans plus du tiers des cas, les médecins ne réussissent pas à déterminer la cause exacte du problème, ce qui limite les interventions possibles.

Cultiver l’espoir malgré tout

Pour leur part, Marc-André et sa conjointe, Anne-Marie, ont choisi d’opter pour la procréation in vitro, afin que leur futur bébé soit vraiment le fruit de leurs deux patrimoines génétiques. « Notre projet, c’est vraiment de fonder une famille et d’avoir un enfant ensemble. On veut à tout prix l’avoir ensemble. »

Après deux tentatives jusqu’ici infructueuses, Marc-André et Anne-Marie se préparent à leur troisième essai financé par le gouvernement québécois. Mais ils sont bien déterminés à poursuivre plus loin au besoin, si les pronostics sont bons. Anne-Marie reconnaît par contre que c’est physiquement très difficile pour elle de traverser tout le processus médical qui lui génère beaucoup de douleurs et d’angoisses. Les injections quotidiennes qu’elle doit se faire dans le ventre sont particulièrement difficiles à la longue, mais elle peut heureusement compter sur l’indéfectible soutien de Marc-André pour l’aider à garder courage.

Aujourd’hui engagé avec une nouvelle conjointe, Alexandra, avec qui il partage sa vie depuis maintenant six ans, Fabien a lui aussi recommencé à rêver de fonder une famille. Dans leur cas, cela implique toutefois de passer par un don de sperme. Après quatre cycles de fertilisation, tous infructueux, le couple ne perd pas espoir malgré tout. Tout en reconnaissant que l’aventure est difficile, avec son lot de déceptions qui reviennent chaque mois, Alexandra demeure toutefois convaincue que c’est avec Fabien qu’elle veut faire sa vie, même si elle a dû faire le deuil de concevoir un enfant qui porterait le bagage génétique de son conjoint. « J’ai l’impression que c’est un projet qui nous rapproche encore plus, conclut Alexandra avec philosophie. Et pour l’instant, on a encore espoir, Je me vois avec un gros bedon, une bonne bedaine, pas loin d’accoucher! »