Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Comment vaincre la peur des dentistes ?

Émission du 15 novembre 2012

Experts invités :

Geneviève Belleville, Psychologue et professeure de psychologie, Université Laval

Dr Albert Kakon, Dentiste, BA.D.M.D

Difficile d’imaginer une peur plus répandue : 80 % de la population a peur du dentiste. Et pour 2 à 6 % des gens, cette peur se traduit par une véritable phobie. Psychologue et professeure de psychologie à l’Université de Montréal, Geneviève Belleville explique le problème de la manière suivante : « Aller chez le dentiste, c’est réalistement douloureux. On a donc raison de ne pas vouloir y aller et d’avoir un peu peur de la douleur, parce que c’est effectivement possible de ressentir un inconfort. Mais ça devient un problème quand cet obstacle-là, l’idée de ressentir un peu de douleur sur la chaise du dentiste, nous empêche d’aller chercher les soins qui seraient nécessaires pour avoir une bonne santé buccale. »

Pensées catastrophiques, peur de ressentir des douleurs insupportables, crainte ancestrale de l’arracheur de dents : Geneviève Belleville explique que ce type d’images contribue souvent à alimenter la peur.

Changement de mentalité

Il faut dire que les choses ont bien changé dans le milieu de la dentisterie dans les dernières décennies. Le dentiste Albert Kakon se souvient très bien qu’au début de sa carrière, il s’est associé avec un dentiste qui pratiquait depuis déjà fort longtemps et qu’une fois par semaine, celui-ci faisait venir un anesthésiste pour endormir ses patients à qui il enlevait toutes les dents. « Il y avait une mentalité selon laquelle les dents étaient quelque chose en trop, comme un appendice, raconte-t-il, que c’était quelque chose d’inutile et une source de problème. Alors on les enlevait… »

Milieu des années 1970 : coup de théâtre dans le milieu de la dentisterie. Avec la nouvelle couverture de l’assurance-maladie qui défrayait les coûts dentaires pour les enfants de 0 à 16 ans, de nouvelles habitudes de prévention ont peu à peu commencé à se mettre en place. « La mentalité a changé d’une façon spectaculaire, explique le Dr Kakon. C’était une révolution. Pas une évolution. Une révolution. L’état des dents des gens était horrible – d’où le traumatisme du dentiste, puisqu’on y allait seulement quand ça faisait très mal. C’était donc normal qu’on ait encore mal chez le dentiste. »

Surmonter la peur

Pour les gens qui ont peur du dentiste, sans pour autant souffrir d’une véritable phobie, Geneviève Belleville suggère de faire appel à quelques trucs somme toute assez simples pour passer un meilleur moment sur la chaise du dentiste. Elle suggère entre autres de faire appel à des stratégies de distraction, en essayant de penser à autre chose pendant qu’on subit l’intervention, en écoutant de la musique ou la radio par exemple. On peut aussi s’occuper l’esprit par une activité mentale qui demande beaucoup de concentration, en comptant de 1000 à 0 en soustrayant 7 chaque fois, par exemple.

Pour ceux qui souffrent d’une phobie en tant que telle, le problème est plus sérieux, mais il n’est pas insurmontable pour autant. Des traitements psychologiques comme la thérapie cognitivo-comportementale peuvent être très efficaces pour lutter contre ce genre de phobies. La thérapie permet notamment d’exposer la personne à différentes images reliées au métier de dentiste et aux interventions buccales, puis d’assister la personne dans ses démarches vers la prise de rendez-vous et l’éventuel retour sur la chaise de dentiste. « On encourage la personne à avertir le personnel de la clinique de dentiste, pour que ceux-ci puissent respecter son rythme, poursuit Geneviève Belleville. Parce que quelqu’un qui a peur et qui a parfois évité le dentiste pendant une vingtaine d’années, on ne va pas lui demander d’aller se faire faire une réparation de huit caries en un avant-midi. On va y aller plus graduellement. »

Il n’est pas non plus souhaitable, poursuit-elle, que les dentistes expédient rapidement leurs interventions pour aider leurs patients anxieux à passer au travers plus vite. Tout comme il n’est pas approprié que le dentiste discute avec l’hygiéniste au-dessus de la tête des patients, comme si ce dernier n’était pas là. Enfin, rien de tel que des rendez-vous réguliers pour prévenir l’aggravation des problèmes et aider les patients à apprivoiser leur peur du dentiste.

Un lien de confiance

Pour le Dr Kakon, il est très important qu’un solide lien de confiance soit établi entre le dentiste et son patient. Et pour sa part, il n’hésite pas à doser ses interventions d’un brin d’humour pour détendre l’atmosphère. « Je dis à mes patients “Je n’ai pas tué trop de patients dernièrement, alors les chances que tu survives sont assez bonnes ! “ »

« Ce qu’il faudrait, c’est avoir un lien, une espèce de symbiose avec le dentiste, conclut le Dr Kakon. Se sentir bien avec lui. Savoir qu’on peut lui faire confiance, qu’il ne va pas nous trahir, qu’il va nous accompagner et nous écouter. Être là et être patient. Et si un dentiste ne fait pas votre affaire, ne vous gênez pas, dites-lui qu’il y a une incompatibilité de personnalité et vous allez chercher quelqu’un d’autre et vous allez finir par trouver. Donc ça vaut la peine de faire deux, trois, quatre dentistes, et vous allez trouver. »