Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Comment les sans-papiers peuvent-ils obtenir des soins de santé ?

Émission du 22 novembre 2012

Experts invités :

Bernadette Thibaudeau, Infirmière, La maison Bleue

Anne-Marie Bellemare, Travailleuse sociale, La maison Bleue

Au printemps dernier, le gouvernement Harper a provoqué l’indignation des regroupements d’aide aux immigrants, lorsqu’il a annoncé des compressions dans le programme de santé aux réfugiés. Ce programme leur offrait auparavant une couverture temporaire en attendant qu’ils soient admissibles à l’assurance-maladie. Aujourd’hui, ces gens doivent payer pour les soins de santé qu’ils reçoivent, au grand dam des intervenants qui les côtoient.

À l’organisme communautaire La Maison Bleue, dans le quartier montréalais Côte-des-Neiges, les intervenants sont profondément choqués par la détérioration de la couverture médicale offerte aux nouveaux arrivants. Bernadette Thibaudeau, infirmière, a été témoin d’un important changement social au cours des dernières années : il est aujourd’hui beaucoup plus fréquent de rencontrer des gens sans assurance-maladie alors que c’était une situation extrêmement rare il y a 15 ans à peine. «Il y a de plus en plus d’étudiants étrangers, de plus en plus de parrainages, explique-t-elle, et avec la mondialisation, on dirait que le système ne s’est pas adapté à ça.»

Sa collègue Anne-Marie Bellemare, travailleuse sociale, précise qu’on ne parle pas ici d’immigrants illégaux sans papiers, mais de personnes qui résident au Canada en toute légalité, mais qui ne bénéficient pas de l’assurance-maladie pour diverses raisons. À ce titre, le cas des étudiants étrangers est éloquent puisque ceux-ci doivent se munir d’une couverture médicale spéciale (via une assurance privée) pour résider au Canada, mais que cette couverture ne couvre pas toutes les éventualités, notamment une grossesse.

Les immigrants en processus de parrainage doivent également traverser un long processus de 18 mois, au cours duquel ils peuvent séjourner ici sans problème, mais sans avoir droit à une couverture médicale.

Payer pour ses soins médicaux

Inévitablement, nombre de ces personnes auront éventuellement besoin de consulter un médecin pour une raison ou pour une autre, tout spécialement les femmes enceintes et les enfants. Quelles solutions s’offrent à elles? Défrayer le coût de leurs services, bien sûr, mais il est clair que ce n’est pas une solution à la portée de tous. En s’adressant à des organismes communautaires comme La Maison Bleue, elles peuvent également sauver quelques coûts en bénéficiant des services de santé qui y sont gratuitement offerts, mais ce n’est évidemment pas possible pour ces organismes de parer à toutes les éventualités.

Même si nombre des femmes enceintes sans couverture sont prêtes à payer pour leur accouchement, Anne-Marie Bellemare s’indigne tout spécialement du fait que certains professionnels de la santé profitent de cette situation pour facturer davantage à ces femmes qu’ils ne le feraient s’ils devaient simplement se faire rembourser par la RAMQ. Par exemple, certains gynécologues n’hésitent pas à facturer 2000 $ pour un accouchement sans complications alors qu’ils n’obtiendraient que 500 $ si ce même accouchement était couvert par l’État. Résultat : la facture totale de l’accouchement, qui devrait normalement se chiffrer aux alentours de 4000 ou 5000 $, peut s’élever à 8000 $.

Après l’accouchement, les mères sont souvent aussi très inquiètes que leur enfant ne puisse pas bénéficier de la carte d’assurance-maladie.

Un système pernicieux

«C’est un stress incroyable pour ces gens-là, explique Bernadette Thibaudeau. Ils ont souvent l’impression d’être abandonnés et d’avoir fait quelque chose de pas correct. Quand elles se présentent dans les cliniques, c’est comme si elles étaient coupables de quelque chose, alors que finalement, souvent c’est nous qui les avons fait venir. C’est le gouvernement du Québec qui a demandé d’avoir plus d’immigrants parce qu’on en a besoin…»

Bernadette Thibaudeau souligne qu’il s’agit également d’un système pernicieux, qui va éventuellement entraîner des coûts supplémentaires au système de santé. Sans couverture médicale, les gens tardent davantage à consulter, les problèmes s’aggravent et ça va éventuellement coûter plus cher au système de santé…

Des mesures dénoncées par la Société canadienne de pédiatrie

Les intervenants communautaires ne sont pas les seuls à dénoncer les récentes compressions du gouvernement en matière de couverture médicale des réfugiés. La Société canadienne de pédiatrie a récemment dénoncé ces compressions en affirmant qu’elles contreviennent à la convention des Nations-Unies sur les droits des enfants, une convention que le Canada a d’ailleurs signée. Cette Société recommande donc aux professionnels de la santé de ne pas refuser de soigner les enfants ou les adolescents qui n’ont pas de carte d’assurance-maladie même s’ils n’ont pas d’argent pour payer leurs soins.