Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Pourquoi les sports extrêmes sont-ils si populaires ?

Émission du 29 novembre 2012

Expert invité :

Linda Paquette, Professeure en psychologie, Université du Québec à Chicoutimi

En discutant avec une chercheuse qui s’intéresse aux sports extrêmes, nous avons découvert que le fait de prendre des risques a des effets positifs sur la santé. Est-ce la raison de leur popularité? C’est bien possible.

Oui, les sports extrêmes sont à la mode, et c’est certainement une des raisons de leur grande popularité, mais la science sait aujourd’hui que ces sports procurent au cerveau tout un cocktail biochimique extrêmement bénéfique. Ces découvertes pourraient expliquer l’engouement croissant pour les sports extrêmes.

Mais qu’est-ce qu’un sport extrême exactement? «On pourrait dire que c’est la pratique d’une activité sportive qui comporte des dangers immédiats de blessures graves ou de mort», explique la psychologue Linda Paquette. Pour cette professeure de l’Université du Québec à Chicoutimi, il importe également de vérifier comment une personne pratique son activité, car tous les adeptes de ce sport ne recherchent pas le danger aussi intensément.

Mordu d’adrénaline

On accole souvent aux adeptes des sports extrêmes l’étiquette «mordu d’adrénaline». Mais dans les faits, toutes les sessions de sport ne se traduisent pas nécessairement par une décharge d’adrénaline. Mais quand celle-ci se produit, elle procure un sentiment extrêmement positif.

«Quand on est exposé à un danger, on se met à sécréter de l’adrénaline et ça nous fait ressentir la peur, explique Linda Paquette. Mais ça va aussi préparer notre corps à réagir rapidement. Le système digestif va ralentir et le sang va se retirer des zones digestives pour se rendre dans les muscles des bras et des jambes. On va ressentir des papillons dans l’estomac, car le sang s’en va très rapidement pour aller dans les muscles pour réagir au stress.»

En plus de décharger ces doses d’adrénaline, le cerveau va également sécréter de la dopamine, poursuit Linda Paquette, une substance qui est associée avec un sentiment de récompense. «Et ça, la dopamine, c’est associé à l’addiction parce que ça entraîne un sentiment de récompense : les gens vont vouloir répéter l’expérience pour avoir cette décharge de dopamine dans leur cerveau.»

Un sentiment d’accomplissement

En plus de ressentir les effets bénéfiques des décharges d’adrénaline et de dopamine, les adeptes de sports extrêmes y trouvent aussi une façon de s’accomplir par l’exécution de prouesses et de cascades. «Quand les gens vont chercher une excitation dans une activité, ça peut aussi permettre d’éviter de ressentir d’autres sensations négatives, ajoute Linda Paquette. Les gens y trouvent aussi une façon de contrôler la peur, car effectivement il y a un danger dans ces pratiques-là. C’est une occasion de gagner le contrôle sur des émotions qui sont inquiétantes et anxiogènes.»

Une explication anthropologique

Si les neurologues et les psychologues expliquent l’intérêt pour les sports extrêmes avec leurs outils, des théoriciens avancent plutôt la thèse anthropologique : l’animal humain, autrefois chasseur-cueilleur habitué à se faire poursuivre par des prédateurs avait l’habitude de réagir à des stress très physiques. Or, aujourd’hui, l’humain moderne n’a plus la possibilité d’évacuer ce stress aussi rapidement. Il est donc possible, avance Linda Paquette, que la pratique des sports extrêmes soit «une forme de reliquat qui permet de rejouer ce mécanisme de danger, prendre le contrôle dessus, ce qui pourrait aider à gérer le stress d’une façon un peu plus saine.» Des études ont d’ailleurs révélé que les personnes qui pratiquent des sports extrêmes sont généralement moins anxieuses que la moyenne.

Est-ce parce qu’ils sont moins anxieux qu’ils pratiquent cette activité-là? Ou est-ce que le fait de prendre des risques et de gagner un contrôle dessus fait diminuer le niveau d’anxiété ressenti? Il y a toute une question autour de ça, conclut Linda Paquette, et on pourrait dire que ça peut devenir une symbolique de la vie. Il faut prendre des risques et dans d’autres domaines de vie, on peut penser que ça va aussi se répéter.»

Saviez-vous que...

– En termes de santé publique, au Québec, on voit beaucoup plus de blessures causées par les sports conventionnels, comme le football, le hockey et le soccer, que les sports extrêmes. Par contre, les sports extrêmes causent des blessures beaucoup plus graves. La prévention est donc essentielle.

– Parmi les sports extrêmes, c’est la planche à roulettes qui cause le plus de blessures. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le parachutisme est une activité plutôt sécuritaire.