Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Laurence Parent, se déplacer à Montréal quand on est une personne handicapée

Émission du 29 novembre 2012

Dans une grande ville comme Montréal, on devrait avoir réussi avec les années à mieux adapter les transports en commun pour les personnes handicapées. Or, il semble que c’est loin d’être le cas, comme en témoigne Laurence Parent, une étudiante en sciences politiques qui a bourlingué dans plusieurs villes du monde en fauteuil roulant.

Notre équipe l’a suivie sur le terrain et en est revenue avec un constat accablant : Montréal a une autre raison d’avoir honte.

Une grande déception

Quand Laurence Parent a quitté son village natal pour venir étudier à Montréal, elle était profondément convaincue que ce serait pour elle une ville idéale pour s’épanouir et vivre de manière autonome malgré son handicap, une forme de nanisme, qui l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant. Surprise et immense déception : ce n’est pas du tout le cas et au contraire, c’est pour elle la croix et la bannière chaque jour de se déplacer d’un point A à un point B.

Se déplacer : un acte fondamental

«Se déplacer, je pense que c’est vraiment fondamental, soutient Laurence. Si tu ne te déplaces pas, tu restes en place, tu restes chez toi. Et c’est aussi une question de survie : les choses ne viennent pas à toi. C’est toi qui dois aller à l’épicerie, à la pharmacie, à l’école, au travail ou aux autres activités. Tout se passe vraiment à l’extérieur de chez soi!»

Malgré son grand désir d’autonomie, Laurence reconnaît qu’elle doit souvent se résigner à passer des soirées chez elle, avec des amies, car c’est tout simplement trop compliqué de sortir.

Sur le terrain

Étudiante à l’Université Concordia, Laurence prend le bus tous les jours pour se rendre à ses cours. En théorie, ce déplacement devrait se faire facilement, puisque les autobus de la STM sont supposés être accessibles aux passagers en fauteuil roulant, mais c’est en pratique toute une expédition, puisque la mécanique de plusieurs autobus est déficiente.

Et quand elle réussit à entrer dans un autobus, elle doit fréquemment demander aux gens de se déplacer pour lui céder la place, puisque les gens ne le font pas spontanément ou ignorent tout simplement qu’ils sont assis sur une banquette qui peut se relever pour accueillir un fauteuil roulant. Et ce qui rend Laurence particulièrement mal à l’aise, c’est quand elle se retrouve dans l’obligation de demander à des personnes âgées de se lever pour lui céder la place…

Devenir militante

Après une période de grande déception, Laurence s’est résignée à accepter son sort, croyant qu’il en était ainsi dans toutes les grandes villes du monde. Or, après un premier voyage à Vancouver, elle a découvert que oui, il est possible pour une ville de rendre son réseau de transport en commun accessible aux personnes en fauteuil roulant. Plus tard, lors de voyages en Europe et aux États-Unis, ainsi qu’une année d’études à Toronto, elle a expérimenté à plusieurs reprises la liberté de voyager avec aisance dans des réseaux de transports publics.

Forte de toutes ses expériences, Laurence est maintenant convaincue que Montréal traîne vraiment la patte dans le dossier et elle milite activement pour faire changer les choses. Elle est maintenant vice-présidente du groupe RAPLIQ (Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec) et poursuit des études doctorales sur l’histoire des personnes handicapées. Les membres du RAPLIQ ont notamment sillonné plusieurs lignes d’autobus de Montréal pour constater qu’à peine un tiers d’entre eux fonctionnaient convenablement. Ils ont ensuite présenté les résultats de leur enquête au Conseil de ville de Montréal.

«Et parfois, on peut entrer dans l’autobus et ne plus être capable d’en ressortir, poursuit Laurence. Ça arrive quand même assez fréquemment pour qu’on s’y attarde et la STM n’a jamais trouvé de solution alors que la seule solution, c’est de se doter de rampes amovibles : j’ai vu ça dans d’autres villes.»

Le transport adapté

Malgré toutes les critiques qu’elle adresse à la Ville de Montréal, Laurence reconnaît que la situation est encore pire dans les autres villes du Québec. Et à ceux qui lui demandent pourquoi elle n’utilise pas davantage le transport adapté, elle répond que ce n’est pas là une solution, puisque le système de transport adapté demande non seulement une grande planification – il faut toujours planifier les déplacements à l’avance –, mais aussi une grande patience – pour attendre le transport adapté qui se donne une demi-heure de délai dans l’horaire. «Si j’ai demandé l’autobus à 8 h 00 et qu’ils arrivent à 8 h 29, ils ne sont pas en retard, explique Laurence, mais moi ça fait 29 minutes que j’attends avec mon manteau d’hiver sur le dos et que je suis stressée.» Et c’est sans compter tous les déplacements du transport adapté pour aller chercher les autres passagers un peu partout dans la ville. Impraticable pour une jeune femme active comme Laurence.