Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

L'alimentation des personnes âgées

Émission du 10 janvier 2013

Experts invités :

Hélène Payette, Chercheuse, Centre de recherche sur le vieillissement, Université de Sherbrooke

Abdelouahed Khali, Chercheur, Centre de recherche sur le vieillissement, Université de Sherbrooke

La recherche en nutrition chez les personnes âgées est encore toute jeune, mais les chercheurs commencent à faire des découvertes intéressantes. On sait par exemple que les normes qui s’appliquent aux adultes ne sont pas tout à fait les mêmes chez les gens âgés. Nous avons rencontré deux chercheurs qui se sont penchés sur la question.

Une alimentation riche en antioxydants

Chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement de l’Université de Sherbrooke, Abdelouahed Khali étudie le stress oxydatif et le système antioxydant au cours du vieillissement. Son principal conseil : les personnes âgées doivent s’assurer d’avoir une alimentation variée, avec beaucoup de fruits et légumes, car ce sont des aliments riches en antioxydants qui permettent de maintenir un bon système immunitaire.

Les antioxydants sont des molécules qui permettent de contrer les effets des radicaux libres, ces molécules qui font vieillir notre organisme, un peu comme l’oxygène qui fait rouiller le métal. Parmi les antioxydants facilement accessibles dans une alimentation variée, on retrouve notamment la vitamine E, la vitamine C et le lycopène.

La règle à suivre selon M. Khali : les aînés doivent s’assurer de manger un minimum de cinq portions de fruits et légumes par jour afin de combler leurs besoins en antioxydants et ainsi maintenir un bon système immunitaire. Mais pour ceux qui peuvent en manger encore plus, aucun problème : l’efficacité de leur immunité n’en sera que renforcée.

Si plusieurs croient qu’il est nécessaire de prendre des suppléments alimentaires pour combler les besoins, M. Khali n’est pas de cet avis. Les personnes qui suivent une alimentation équilibrée n’ont pas à prendre de suppléments vitaminiques.

Manger suffisamment

Elle aussi chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement de l’Université de Sherbrooke, Hélène Payette s’est quant à elle penchée sur la question des personnes âgées d’un point de vue épidémiologique. Elle a effectué des études populationnelles directement dans les communautés pour voir comment les personnes âgées modifient leur alimentation avec les années et quels sont les effets de ces changements sur leur santé et leur qualité de vie.

Les recherches de Mme Payette ont permis de démontrer que même si les personnes âgées choisissent habituellement bien leurs aliments, plusieurs d’entre elles ne mangent pas suffisamment et que cette sous-alimentation peut nuire à leur santé. Il est donc préférable que les aînés mangent ce qu’ils ont envie de manger, quitte à déroger un peu aux règles alimentaires qui s’appliquent habituellement aux adultes.

«Habituellement les personnes qui vieillissent mangent moins, explique Hélène Payette, car elles font moins d’exercices et elles ont moins faim. Elles peuvent donc s’accorder quelques plaisirs qu’elles ne s’accordaient pas auparavant quand elles étaient plus jeunes.» Rappelant que le vieillissement entraîne généralement une perte du sens de la saveur, Mme Payette explique que les personnes âgées ont souvent moins d’intérêt à manger, ce qui les amène à ne pas manger suffisamment. Il vaut donc mieux qu’elles se laissent aller à saler un peu plus leurs aliments et ainsi à manger avec plus d’appétit qu’à se désintéresser de l’alimentation.

D’autres changements liés au vieillissement expliquent également pourquoi autant d’aînés ne mangent pas suffisamment, lorsque leur santé physique ou mentale se détériore et les empêche de cuisiner ou de faire l’épicerie par exemple.

Des standards différents pour les aînés

Alors que les messages de santé publique insistent beaucoup sur l’importance de perdre du poids, Hélène Payette soutient que les personnes âgées ne devraient pas se préoccuper d’afficher un léger surpoids et surtout, ne pas essayer d’en perdre. «Quand on maigrit, on perd beaucoup de muscles, explique-t-elle. Et une personne âgée qui maigrit beaucoup va perdre beaucoup de muscles, sinon plus que de gras. Et avec l’âge, ce n’est pas une bonne chose de perdre du muscle, car ça entraîne une perte de masse métaboliquement active ainsi que la perte des capacités de marcher, se mouvoir et faire nos activités.»

«Ce qu’on définirait comme un surpoids chez les adultes plus jeunes n’est pas vraiment nocif chez les gens âgés, précise-t-elle. Le fait d’être un peu plus gros pour les personnes âgées les protège de plusieurs façons : quand ces personnes-là sont malades, comme une grippe, et qu’elles ne mangent pas pendant plusieurs jours, elles ont des réserves pour survivre à cet épisode et ne pas continuer dans une pneumonie, aller à l’hôpital et finalement ne jamais en ressortir éventuellement.»

Changer ses habitudes alimentaires : oui c’est possible

Si plusieurs croient que les personnes âgées sont trop vieilles pour modifier leurs habitudes alimentaires, Hélène Payette croit qu’il n’en est rien et qu’il s’agit surtout là d’un mythe que sa recherche a réussi à déboulonner. Les aînés peuvent modifier leurs habitudes alimentaires : elle l’a constaté à plusieurs reprises chez des gens âgés très maigres qui ne mangeaient pas suffisamment et qui ont réussi à s’alimenter un peu plus.

Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, là encore, il faut être vigilant pour éviter que la personne suive une diète trop restrictive qui va la rendre encore plus malade.

Après quelques années de recherche sur le sujet, Hélène Payette constate qu’en dépit du fait qu’une légère ouverture d’esprit commence à se manifester, il circule encore de nombreux mythes et tabous sur l’alimentation des aînés. Dans les centres de soins de longue durée notamment, il y a, selon elle, beaucoup d’éducation à faire pour que le personnel soit sensibilisé au fait que les gens sont mieux de manger les aliments qui leur plaisent plutôt que de se laisser dépérir dans une sous-alimentation.