Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Scoliose

Émission du 10 janvier 2013

La scoliose est une déformation de la colonne vertébrale qui touche 2 à 3 % de la population, en très grande majorité des jeunes et particulièrement les filles, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Mais quand une jeune fille de 12 ans apprend qu’elle devra porter un corset jusqu’à 22 heures par jour, c’est un peu son univers qui s’écroule. À un moment de la vie où l’image est tellement importante.

Un corset pour redresser la colonne

À 13 ans, Myna Brès Godron fait preuve d’un courage et d’une lucidité exemplaires malgré l’épreuve qu’elle doit traverser depuis l’an dernier : porter un corset 22 heures par jour pour corriger la scoliose qui avait commencé à se développer dans sa colonne vertébrale.

C’est à la suggestion d’une tante qui avait elle-même été traitée pour une scoliose plus jeune que Myna et ses parents sont allés consulter un orthopédiste. Autrement, ils n’y auraient pas pensé tout de suite, puisque Myna ne souffrait que de légers maux de dos, qu’elle attribuait plutôt à son sac à dos trop lourd. Le diagnostic – une courbe de 21 degrés – leur a causé toute une surprise et surtout, placés devant un choix difficile : Myna devait commencer à porter un corset dès maintenant ou revenir consulter dans six mois. Selon le pronostic du médecin, si Myna choisissait la seconde option, elle avait 50 % de chances de devoir subir une chirurgie. Elle a opté pour le corset, sans trop comprendre au départ tout ce que cela impliquait pour elle dans son quotidien.

Des causes mystérieuses

Chirurgien orthopédiste au CHU Ste-Justine, le Dr Stefan Parent nous explique que la scoliose se définit par une déformation tridimensionnelle de la colonne vertébrale. «Ça change non seulement la forme des vertèbres localement, mais aussi leur position dans l’espace», précise-t-il.

La majorité de ses patients sont des adolescents âgés entre 10 et 16 ans, surtout des jeunes filles. Pourquoi? Les spécialistes l’ignorent encore pour le moment, car les causes de la scoliose ne sont pas encore bien comprises. Il semble que la poussée de croissance y joue un certain rôle, et que celle-ci pourrait dans certains cas créer des déséquilibres mécaniques, mais ça demeure mystérieux. Il est également possible que le développement de la scoliose soit influencé par un défaut dans les récepteurs de la mélatonine, ou dans les récepteurs des œstrogènes, mais tout cela demeure encore à confirmer. Ce qui est certain, toutefois, c’est que contrairement à certaines croyances populaires, la scoliose ne se développe pas quand les jeunes se tiennent le dos rond ou quand ils pratiquent certains sports, comme le tennis ou la natation.

Exceptionnellement, la scoliose est détectée chez de plus jeunes enfants, mais c’est plutôt rare, et les spécialistes parlent alors de scoliose infantile. Dans ces cas, les traitements seront différents de ceux utilisés pour les adolescents.

Porter un corset 22 heures par jour

Dans le cas de Myna, la scoliose n’était pas encore très développée et il n’était pas trop tard pour intervenir avec un corset, plutôt que de recourir à la chirurgie. Le corset permettra de redresser sa colonne peu à peu, jusqu’à ce qu’elle finisse de grandir. D’ici là, Myna doit faire preuve d’une grande patience et de beaucoup de détermination, car à son âge, le port du corset entraîne son lot de désagréments.

Myna se souvient qu’au départ, elle ne réalisait pas vraiment ce que ça représenterait pour elle de porter un corset pendant tout ce temps. De retour chez elle, ce fut pour elle un choc, notamment de réaliser qu’elle devrait dormir avec son corset toutes les nuits. Et pourtant, contre toutes attentes, elle a rapidement réalisé qu’elle appréciait dormir avec son corset. Après deux ou trois nuits passées à chercher la bonne position, elle a finalement trouvé comment se placer pour dormir très confortablement.

Au quotidien, par contre, elle continue de trouver son corset contraignant, surtout pour des raisons esthétiques. Le corset la limite aussi dans certains mouvements, l’empêchant notamment de se pencher au sol. Elle n’aime pas non plus que son corset la limite dans son choix de vêtements. Mais elle traverse l’épreuve avec philosophie et réussit tout de même à continuer à mener une vie normale.

Coordonnatrice à la clinique de scoliose du CHU Ste-Justine, Julie Joncas nous confirme que le port du corset est une épreuve éprouvante pour les jeunes filles qui doivent s’y soumettre. L’installation du corset est particulièrement pénible et plusieurs repartent chez elles en pleurant. Après qu’elles se soient physiquement habituées au corset, elles doivent ensuite se résigner à être physiquement différentes des autres, ce qui est souvent très difficile au cours de cette période de la vie.

Des percées technologiques importantes

Le CHU Ste-Justine est un leader mondial dans le domaine de la recherche sur la scoliose. En plus des traitements qu’ils offrent à leurs jeunes patients, les orthopédistes travaillent de concert avec une équipe d’ingénieurs de l’école Polytechnique au développement d’outils thérapeutiques novateurs.

Le professeur-chercheur Carl-Éric Aubin est à la tête de cette équipe d’ingénieurs. Il s’intéresse tout particulièrement à la modélisation de la colonne vertébrale de patients avec scoliose dans le but de simuler sur ordinateur l’effet des traitements orthopédiques.

Sans la modélisation, les orthopédistes ne peuvent pas savoir avec exactitude quel sera l’effet d’un traitement sur un patient. Mais grâce aux calculs numériques des ordinateurs de l’équipe de Carl-Éric Aubin, il est maintenant possible de visualiser à l’avance quel sera l’impact d’un corset X sur la patiente Y, et d’ainsi optimiser le corset avant son installation. Les recherches de Carl-Éric Aubin ont également permis de développer des corsets en matériaux mous, comme celui que porte Myna.

Retirer le corset

Bien heureusement, Myna ne portera pas ce corset toute sa vie. Lorsqu’elle aura terminé de grandir, il sera alors temps de lui enlever, mais il faudra que ce retrait se fasse très graduellement sur une période de quelques mois, ce que le Dr Parent appelle un «sevrage progressif» : «À la fin de ces deux ou trois mois de sevrage, la courbe va avoir tendance à retomber lentement où elle était avant le port du corset», explique-t-il. Les orthopédistes évaluent ensuite la progression de la scoliose après le retrait du corset pour mesurer le succès de l’intervention. L’objectif recherché : une non-progression de moins de 10 degrés. Ainsi, si une patiente avait une scoliose de 30 degrés avant le port du corset, il est vraisemblable qu’en le retirant sa scoliose ne soit que de 10 ou 15 degrés, mais qu’elle retombe à 30 degrés après quelques mois. Le «succès» sera atteint si la scoliose ne progresse pas à plus de 40 degrés.

Tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un traitement qui présente ses limites, le Dr Parent souligne que c’est malheureusement le seul traitement médical contre la scoliose qui a été validé scientifiquement. : «Ce n’est pas le meilleur traitement qui existe, mais c’est le seul qui est reconnu. Des gens ont essayé de faire des exercices en physiothérapie, ou des traitements par électrochocs, mais le seul qui a un peu d’évidences scientifiques, ce sont les corsets.»

Une opération délicate

Malheureusement, pour certains jeunes, l’option du corset n’est pas envisageable si la scoliose est trop avancée. Dans ces cas, il est impossible d’éviter la chirurgie. C’est ce qui est arrivé à Samuel Augustin, 15 ans.

Après un match de football, Samuel s’est plaint d’un mal de dos et ses parents ont découvert une bosse. À l’hôpital, les médecins ont diagnostiqué une scoliose, mais malheureusement trop avancée pour qu’il soit possible de la corriger avec un corset. Les orthopédistes ont donc opté pour une opération qui vise à corriger la courbure en essayant de préserver la mobilité des vertèbres. Il s’agit d’une opération importante, qui comporte des risques sérieux, à laquelle notre équipe a assisté. Le chirurgien-orthopédiste Stefan Parent nous a expliqué toutes les étapes de l’opération.
L’opération est très impressionnante : l’équipe chirurgicale utilise une panoplie d’outils semblables à des outils de mécanique pour insérer une tige de métal ainsi qu’une série de vis et de crochets tout au long de la colonne afin de redresser celle-ci et la fixer en place. Ils procèdent également à une greffe de moelle osseuse afin de stimuler la régénérescence des os de la colonne de vertébrale afin que les nouveaux os fusionnent avec les pièces de métal insérées. Le résultat final sera semblable à un fémur placé dans le dos, tout aussi solide. La colonne sera toutefois beaucoup moins mobile qu’elle ne le serait de manière naturelle.

À chacune des étapes, l’équipe médicale doit faire preuve de la plus grande prudence, puisque le moindre faux pas peut causer des saignements ou des infections et surtout, des lésions neurologiques sévères – ce qu’on veut éviter à tout prix.

Une intervention de dernier recours

Une chirurgie comme celle-ci ne pourrait certainement pas être effectuée sur tous les patients atteints de scoliose, car, comme l’explique le Dr Stefan Parent, c’est un peu «contre-nature» : «On va fusionner la colonne. On va donc enlever du mouvement à la personne, alors que ce serait mieux si on pouvait avoir une colonne seulement un peu croche, mais qui bouge normalement qu’une colonne toute droite, mais qui est fusionnée sur 60-80 % de la longueur…»

C’est pourquoi ces interventions sont réservées aux cas plus importants, à partir d’une déviation de 50 degrés. L’objectif est de prévenir la progression de la scoliose afin d’éviter des conséquences plus importantes. À partir de 80 degrés, la scoliose peut entraîner des problèmes respiratoires ou causer un déplacement des organes. À partir de 100 degrés, la capacité pulmonaire est de plus en plus restreinte. Et dans certains cas extrêmes, une scoliose non traitée peut mener au décès.

Heureusement pour Samuel, sa chirurgie s’est remarquablement bien passée et il a pu quitter l’hôpital après sept jours de convalescence, une semaine plus tôt que prévu. De retour à l’école, il ne ressent plus de douleurs et il a pu reprendre toutes ses activités, à l’exception du sport. Mais il compte bien reprendre le football dans un an, ce qui sera le signe que sa convalescence est bel et bien terminée. D’ici là, il peut toujours se réjouir d’un effet secondaire étonnant de la chirurgie : il a grandi de cinq centimètres!