Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Comment adapter les villes pour que les gens soient plus en santé ?

Émission du 31 janvier 2013

Expert invité :

Ugo Lachapelle, Professeur en aménagement, Université du Québec à Montréal

Depuis plusieurs décennies, les grandes villes du monde rivalisent entre elles afin de créer des environnements plus conviviaux qui contribuent à la santé publique. Au Canada, c’est Vancouver qui a remporté la palme de la ville la mieux aménagée pour la santé de ses citoyens. Et qu’on se le tienne pour dit : Montréal veut être dans la course.

Des villes en transition

Autres temps, autres mœurs : au cours des premières phases d’industrialisation, les quartiers étaient aménagés de manière à ce que les ouvriers vivent près de leur lieu de travail. Les travailleurs – qui n’avaient à l’époque pas de voiture – pouvaient donc se rendre facilement à l’usine, mais ils devaient par contre subir toute la pollution atmosphérique qui émanait de ces lieux de production.

Après la Deuxième Guerre mondiale, un nouveau courant d’urbanisme se met en place, afin de développer des banlieues résidentielles pour loger les familles. Aussi séduisante qu’elle puisse sembler, cette idée entraîne une conséquence considérable : tous les banlieusards souhaitent désormais se doter d’une voiture pour faciliter leurs déplacements vers la ville. Résultat : la circulation automobile s’intensifie, les artères routières se congestionnent, la pollution atmosphérique augmente et la qualité de vie diminue.

Aujourd’hui, un nouveau retour du balancier s’est amorcé. Moins polluées par l’activité industrielle qu’autrefois, puisque les activités qui s’y concentrent relèvent davantage du secteur des services, les villes tentent de convaincre les citoyens de revenir s’y installer. Et pour y parvenir, les autorités misent sur la qualité de vie et la santé publique.

S’il s’agit d’un mouvement amorcé depuis les années 1960, Ugo Lachapelle croit que cette tendance est beaucoup plus marquée depuis le début des années 2000. «Depuis 2005, c’est clair qu’il n’y a plus un document d’aménagement ou de transport qui ne fait pas mention de la santé humaine. C’est vraiment quelque chose qui est entré dans les pratiques et on essaie de s’en préoccuper.»

Marcher pour se déplacer

En termes de santé publique, les municipalités font face à quatre enjeux principaux : la pratique de l’activité physique, les saines habitudes d’alimentation, l’exposition à un air de qualité et la réduction des risques dus aux accidents de la route.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs stratégies sont possibles, mais le nerf de la guerre, c’est véritablement d’encourager la marche à pied. «Les gens se promènent pendant des heures par jour sans jamais marcher pour leurs activités quotidiennes, explique Ugo Lachapelle. Si on ne fait pas d’autres activités physiques, marcher pour ses activités quotidiennes est vraiment la seule source d’activité physique potentielle, et il faut donc capitaliser là-dessus.»

Le cas de Montréal

Depuis quelques années, la ville de Montréal tente de suivre cette tendance. Citant en exemple le Plan de transport, la Charte du piéton et d’autres mesures mises en place par la Ville de Montréal au cours des dernières années, Ugo Lachapelle se dit d’avis que Montréal est clairement sur la bonne voie.

Dans son Plan métropolitain d’aménagement et de développement, la Ville de Montréal encourage également la création d’aires résidentielles TOD (pour transit oriented development). Il s’agit de quartiers développés autour de stations de transport en commun (dans un rayon de 500 ou 700 mètres), où les résidents peuvent utiliser la marche à pied pour accéder facilement à divers services ou commerces.

Le cas du quartier Angus illustre bien ce nouveau modèle de développement, explique Ugo Lachapelle. Laissé à l’abandon pendant plusieurs années, ce terrain autrefois consacré à la fabrication de wagons de trains pour le Canadien Pacific a été développé en quartier résidentiel où il fait bon de vivre. Les résidents peuvent facilement se rendre à pied à certains commerces, comme l’épicerie, ou accéder à une piste cyclable ou au réseau de transport en commun.

Le Plan métropolitain d’aménagement et de développement vise également à redonner un meilleur accès aux espaces verts et bleus, soit les parcs et les rives, ainsi qu’aux espaces publics. Ces derniers peuvent servir à l’organisation de plusieurs événements publics, notamment à accueillir des marchés de producteurs maraîchers.

Les efforts commencent à porter leurs fruits. On a récemment noté une augmentation de l’utilisation du transport en commun par les Montréalais, ainsi que des déplacements à pied ou à vélo. «Et on essaie de continuer sur cette foulée-là, conclut Ugo Lachapelle. Lorsque c’est faisable et possible, on veut que les gens considèrent le transport en commun comme une alternative viable et pour ce faire, il faut s’assurer que le service soit compétitif avec l’automobile en termes de temps, de qualité, de confort et de coût.»