Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les miracles de la réimplantation

Émission du 31 janvier 2013

Quoi de plus traumatisant que de perdre un doigt ou une main dans un accident de travail ou en bricolant à la maison? Aussi surprenant que cela puisse sembler, il est maintenant possible de réimplanter certains morceaux amputés et de leur redonner une certaine fonctionnalité.

Comme dans bien des accidents, il n’a fallu que quelques secondes d’inattention pour faire basculer la vie de Nicolas. Ingénieur de combat et démineur de métier, ce n’est pourtant pas en zone de guerre qu’il s’est blessé, mais chez lui en coupant une planche avec un banc de scie.

Quand il voit deux de ses doigts rouler au sol, Nicolas n’en croit tout simplement pas ses yeux. Heureusement, il sait conserver son calme et sa vigilance et surtout, pense à ramasser les deux doigts amputés avant de se ruer vers l’hôpital le plus près de chez lui. Sous le choc, il peste contre lui-même de s’être laissé prendre à un accident aussi bête et angoisse à l’idée de perdre l’usage de sa main, mais il ne sait pas encore qu’il sera très bientôt dirigé vers le Centre d’expertise en réimplantation du CHUM où il sera pris en charge par une exceptionnelle équipe de chirurgie plastique et de réadaptation.

Le Dr Patrick Harris sera le premier à l’accueillir. Chirurgien plastique et fondateur du Centre d’expertise en réimplantation, il est une sommité dans le domaine. Diagnostic : fractures ouvertes au niveau du pouce, fracture et dévascularisation de l’index, amputation des 3e et 4e doigts. Malgré l’horreur de l’accident, il y a de l’espoir pour Nicolas, grâce à la microchirurgie vasculaire qui permet de réimplanter de petits morceaux amputés et de les rattacher à la circulation sanguine. Ce type d’opération n’est toutefois possible que dans certaines conditions, notamment lorsque l’amputation n’a pas causé trop de traumatismes (brûlures, déchirures, etc.) et lorsque le morceau amputé a été conservé dans des conditions adéquates (voir conseils plus bas).

Un centre d’expertise pour tout le Québec

Auparavant, les réimplantations avaient lieu dans les hôpitaux un peu partout à travers le Québec, mais depuis 2004, toutes ces interventions se font à Montréal : le nouveau programme du CHUM permet de faire les chirurgies plus rapidement et de standardiser les programmes de soins. Treize chirurgiens y travaillent et assurent une garde 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, afin que les nouveaux patients aient systématiquement accès à un médecin spécialiste dans les plus brefs délais. Il s’agit du seul centre d’expertise du genre au Canada.

Quatre-vingt-cinq pour cent des patients proviennent de l’extérieur de la métropole, et plusieurs doivent être transportés par avion – car, dans plusieurs cas, on dispose d’un délai de seulement 6 heures pour pouvoir réimplanter un membre.

Le Dr Harris explique que le temps est effectivement compté après une amputation, surtout lorsqu’il s’agit d’un morceau ou d’un organe qui contient des muscles, car les tissus musculaires supportent moins bien l’interruption de circulation sanguine (l’ischémie tissulaire) que les morceaux qui ne contiennent pas de muscles (un doigt, par exemple) «Plus on attend et plus il va y avoir des dommages dans le muscle qui vont être irréversibles», précise le Dr Harris.

La réimplantation se déroule habituellement en plus d’une opération : une première pour remettre le morceau amputé en place, puis des chirurgies secondaires, déterminées par la façon dont chaque doigt peut guérir, ce qui va varier d’une personne à l’autre et selon le type d’accident initial.

Dans le cas de Nicolas, la première chirurgie – d’une durée de 12 heures! – sera suivie de quatre autres opérations. Au cours de l’une d’entre elles, l’équipe du Dr Harris a opté pour une étonnante stratégie : remplacer l’un des doigts amputés par un orteil de Nicolas. «Ce qui ressemble le plus à un doigt, c’est un orteil, explique le Dr Harris, car ça peut redonner une sensibilité et une mobilité. Alors on a littéralement volé un de ses orteils et on est venu le rattacher sur sa main.» Le résultat est à tout le moins fonctionnel : même s’il se retrouve avec un majeur difforme, Nicolas croit que la majorité des gens ne réalisent pas qu’il s’agit en fait d’un orteil. Et l’important pour lui, c’est qu’il peut désormais utiliser sa main presque aussi normalement qu’il le faisait auparavant.

Pas seulement la main

Si la philosophie du centre d’expertise a au départ été développée pour venir en aide aux travailleurs manuels, il n’en demeure pas moins que l’équipe utilise la microchirurgie vasculaire pour réimplanter d’autres organes, par exemple des fragments d’oreille, de nez ou de scalp. «Mais c’est ponctuel, précise le Dr Michel Alain Danino, directeur médical du programme de réimplantation et expert en reconstruction des visages. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent de nos patients sont des patients des membres supérieurs : bras, avant-bras, mains au complet, un ou plusieurs doigts.»

La réadaptation : retrouver le maximum de ses capacités

Une fois la chirurgie terminée débute une étape cruciale et exigeante, celle de la réadaptation. C’est alors qu’entre en jeu le travail des ergothérapeutes, des rééducateurs de la main, des psychologues et de tous les autres spécialistes qui assisteront pendant des mois les patients dans leurs efforts de réadaptation. Plusieurs de ces services sont offerts par vidéoconférences, pour les patients qui vivent en région et qui ont été envoyés au CHUM pour la chirurgie. Après quelques jours de réadaptation d’urgence, ils sont prêts à retourner chez eux, mais ils ne sont pas abandonnés : l’équipe du CHUM continue de leur offrir des services à distance. «C’est important d’assurer un continuum de soins qui sont donnés au patient», explique Josée Arsenault, ergothérapeute.

«La réadaptation dure environ un an, poursuit Josée Arsenault, mais très rapidement, dans les premières semaines et les premiers mois, on constate des acquis : le patient peut recommencer à bouger et à utiliser sa main. Il a une amplitude articulaire, il a une force de préhension : on encourage le patient, et ce, dès le premier jour, à utiliser sa main. Et tranquillement, le patient se rend compte de ses réalisations. Il va avoir des déficits et rencontrer des plateaux, mais on va pallier et on va ajuster en cours de route jusqu’à notre but ultime : la réintégration sociale et le retour au travail. C’est un bon indicateur.»

Le programme patient-ressource

Deux années après son accident, Nicolas croit qu’il sera bientôt en mesure de réintégrer son travail. D’ici là, il s’implique dans le programme «patient-ressource» qui lui permet de partager son expérience et soutenir un patient qui vient tout juste de vivre une réimplantation similaire à la sienne.

«C’est un nouveau projet au Centre d’expertise en réimplantation du CHUM, explique Josée Arsenault. On s’est rendu compte à quel point c’est important pour un patient de pouvoir partager son vécu avec quelqu’un qui a exactement vécu la même chose que lui, parce que c’est le seul qui peut témoigner de son parcours et de son combat.»

En attendant de reprendre le travail, Nicolas savoure un autre plaisir qui témoigne de sa guérison : pouvoir utiliser ses deux mains pour prendre soin de son nouveau-né et le serrer dans ses bras.

Bricoleurs, attention!

À l’époque de son ouverture, le Centre de réimplantation accueillait une majorité de patients qui avaient été victimes d’un accident de travail. Si ce type d’accidents a diminué grâce aux mesures de prévention, les accidents «domestiques» sont toutefois à la hausse. Fendeuse à bois, banc de scie, souffleuse à neige : ces type d’appareils sont aujourd’hui la cause de la majorité des cas d’amputation.

Quoi faire en cas d’amputation?

– Contrairement à la croyance populaire, il ne faut pas placer le membre amputé sur la glace avant de l’apporter à l’hôpital.
– Il faut plutôt prendre le morceau amputé, le placer dans une compresse propre, si possible imbibée de salin physiologique (ou alors de rien du tout), mettre le tout dans un sac de plastique étanche, puis placer ce sac dans un mélange d’eau et de glace.
– Il est important de ne pas placer le membre sur la glace, car le gel peut abîmer les cellules et il faut donc l’éviter.