Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les césariennes : pourquoi y en a-t-il tant?

Émission du 9 novembre 2006

Ce n’est pas d’hier qu’on entend dire que le taux de césarienne est élevé dans les hôpitaux. Il vient pourtant d’atteindre un record encore inégalé au Canada. Presque un bébé sur quatre voit le jour par césarienne. Au Québec, on parle d’une naissance sur 5. Il y a à peine 35 ans, 5 pour cent seulement des bébés naissaient par césarienne au Québec. L’Organisation mondiale de la santé évalue qu’un taux de césariennes de plus de 15 % est le symptôme que quelque chose ne fonctionne pas bien dans notre système de santé.

C’est un phénomène répandu en Occident. On sait que dans certains pays comme le Brésil, le taux de naissances par césariennes atteint le nombre record de 80 %. Certains accusent les médecins d’y recourir trop facilement, d’autres croient que la césarienne est banalisée. On a vu des vedettes d’Hollywood et d’autres célébrités comme Claudia Schiffer, Elisabeth Hurley et l’ex-Spice Girl Victoria Bechkam, pour ne nommer que celles-là, exiger la césarienne pour éviter de prendre trop de poids et être marquées de vergetures dans les dernières semaines de la grossesse.

Les spécialistes de la question se penchent sur cette augmentation inquiétante. Que s’est-il passé pour qu’on atteigne de tels niveaux? Quels risques cela pose-t-il? Une césarienne n’est pas ce que souhaitent la plupart des femmes comme en témoigne le cas de deux nouvelles mamans qui ont accepté de nous parler de leur expérience.

Marie-France Côté :

«Je m’imaginais accoucher de mon bébé et qu’il me sorte d’entre les deux jambes, puis de le prendre, puis de le mettre sur la bedaine. C’était ça que j’imaginais, c’était ça que j’avais hâte de vivre.» 

Mais son accouchement s’est passé autrement. On lui aurait dit : «Ton bassin est trop petit. On essaie des ventouses. Ça ne marche pas; il va falloir le sortir autrement». Et puis, hop! la césarienne…

Marie-France éclate en sanglots. On la transfère en salle d’opération. Commence alors une longue attente, car son bébé ne présente pas de signes de détresse.  Elle passera finalement après les cas urgents.

Marie-France reste avec le sentiment que, finalement, cette césarienne a été pratiquée pour des motifs d’ordre pratique et non par nécessité : «Ma déception, c’est qu’on ne m’ait pas proposé : pousse debout, pousse couchée, à quatre pattes comme Émilie Bordeleau dans le fond du champ!» 

Son expérience l’a poussée à se questionner, à s’informer. Aujourd’hui, elle croit qu’elle a fait preuve de naïveté. Qu’elle s’en est trop remis aux autres : «Le prochain enfant, je vais le vivre différemment. Peut-être que ça va finir en césarienne, mais je vais toujours bien essayer autrement avant que ça arrive de cette façon-là.»

Thaïs Briand-Zbihley :

Un accouchement ‘100% naturel’ – c’est ce que souhaitait aussi Thaïs Briand-Zbhiley. Mais une semaine et demie avant l’accouchement, elle apprend que son bébé se présente par le siège. Elle a tout essayé : consultations, postures de yoga pour tenter de retourner le bébé. Rien n’y fait. À quarante semaines, elle est à l’hôpital pour une césarienne : «…Je me sens sereine, j’ai hâte. On va être parents dans quelques heures! C’est la journée la plus importante de notre vie, puis ça, c’est quelque chose…Bon, il y a une semaine et demie, c’était moins drôle. Ça été un choc. Ça été un deuil. On en a parlé beaucoup. On passe à autre chose. Le bébé est en santé. Y’a un beau petit cœur.»

La césarienne s’est bien déroulée. Lorsque nous retrouvons les parents un peu plus tard : maman et bébé se portent bien. «C’est vraiment un cadeau de la vie. C’est une aventure qui commence – on est prêts…».

Mais pourquoi fait-on tant de césariennes?

Le Dr Alain Demers est médecin de famille à Sherbrooke. Il fait partie des 3 à 4 % qui pratiquent l’obstétrique. C’est un aspect de sa pratique qui est exigeante, certes, mais pour lui, il est question de travail et de gratification. Et pour lui, cette gratification vient du processus d’accouchement vaginal. «C’est un moment magique… il m’arrive encore d’avoir les yeux plein d’eau, ça fait 23 ans que je suis là. De voir des parents tout émotifs et tout ça…pour moi, c’est ma paye! Dans une césarienne, j’ai moins l’impression qu’on accouche. J’ai plus l’impression qu’on donne un bébé…»

La tendance à la hausse des césariennes l’inquiète. De son point de vue, 90 % des accouchements devraient être tout à fait naturels. Mais il observe que certaines techniques qu’on enseignait jadis aux médecins de famille et aux résidents en obstétrique se sont un peu perdues.

Selon la Dre Diane Francoeur, directrice du Département de gynécologie-obstétrique au CHU Sainte-Justine, le Canada subit les contrecoups du contexte médico-légal américain où on cherche à limiter le plus possible les risques de poursuites en justice de la part de patientes. Selon elle, il est clair que l'accouchement par voie vaginale demeure le type d'accouchement le plus sécuritaire, tant pour les bébés que pour les mères qui poursuivent une grossesse normale. Plusieurs femmes «banalisent» à outrance la césarienne et n'hésitent pas à réclamer ce type d'accouchement à leur médecin. «Il faut résister à cela. Il est urgent de renverser cette tendance», dit-elle.

Une césarienne est une opération majeure qui n’est pas sans risques, comme toute chirurgie, d’ailleurs. Parmi ces risques : infection, possibilité d’hémorragie, car les saignements sont beaucoup plus importants que lors d’un accouchement vaginal. L’anesthésie générale, qui est parfois nécessaire dans le cas d’une césarienne, comporte aussi des risques – d’autant plus que l’augmentation de l’obésité chez les femmes augmente à son tour les risques associés à une anesthésie. 

Hélène Vadeboncoeur est chercheuse en périnatalité. Selon elle, l’augmentation des césariennes est liée au fait que l’accouchement est de plus en plus médicalisé. Mais les femmes sont-elles bien renseignés sur ces soins médicaux? Sur leurs effets? Pas suffisamment, croit-elle. Car bien des soins prodigués lors de l’accouchement peuvent en eux-mêmes entraver le travail : par exemple, une épidurale qui n’est pas donnée au moment optimal peut ralentir le travail. Elle observe aussi en lien avec ce manque d’informations, un certain manque de confiance de la part des femmes dans leur capacité d’accoucher naturellement. La peur de l’accouchement et des risques qui y sont associés font aussi partie de la réalité de certaines femmes.

D’ailleurs, la césarienne sur demande est un phénomène récent mais qui pourrait prendre de l’ampleur. Pour le Dr Demers, obstétricien, il faut avant tout chercher à comprendre ce qui la motive – démystifier l’accouchement, les craintes.

Nos experts s’entendent : la préparation demeure le meilleur atout de la femme face à l’accouchement - cours prénataux, recours à des accompagnantes afin de pouvoir faire des choix éclairés le moment venu.

Pour ou contre la césarienne – l’heure est au débat…

Le Québec semble prêt à un débat de société sur la question de la hausse des césariennes. D'un côté, il y a la science et la médecine, avec sa conception biomédicale de l'accouchement. De l'autre, il y a ceux qui plaident pour une naissance plus naturelle et moins médicalisée. Et enfin, il y a les parents qui ne veulent courir aucun risque de mettre au monde un enfant avec un handicap, s’il y a moyen de l’éviter avec la césarienne.

En plus de priver les parents d’un moment précieux, la césarienne est une intervention chirurgicale qui coûte cher, plus de 60 % plus cher qu’un accouchement vaginal et elle présente aussi plus de risques. C’est certain qu’il y a des conditions qui font en sorte que, dans certains cas, on ne peut éviter la césarienne. Mais beaucoup de spécialistes de la question s’entendent pour dire qu’on pourrait faire beaucoup plus pour les limiter; ne serait-ce que de former les jeunes médecins à pratiquer des accouchements vaginaux après une première césarienne ou pour un bébé se présentant par le siège, une pratique qui n’existe pratiquement plus ici. L’accès à un soutien, à un accompagnement pour les femmes a aussi un impact favorable dans le déroulement de l’accouchement.

On pourrait très bien imaginer que les frais encourus par les césariennes pourraient être investis dans l’accompagnement et l’information des futurs parents pour mieux les préparer à vivre l’accouchement comme une expérience positive et non comme une épreuve physique traumatisante.

Ressources :

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC)
www.sogc.org/index_f.asp 

L'Ordre des sages-femmes du québec
www.osfq.org 

Une autre césarienne, non merci ! Editions Québec/Amérique
Auteure: Hélène Vadeboncoeur, Ph D, chercheuse en périnatalité