Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les changements climatiques peuvent-ils rendre l'eau impropre à la consommation ?

Émission du 7 février 2013

Expert invité :

Dr Pierre Gosselin, Spécialiste en santé et environnement, Institut national de santé publique du Québec

On mesure depuis un certain temps déjà les répercussions importantes que les changements climatiques pourraient avoir sur la planète. Et on commence à se préoccuper davantage de l’impact que ces changements pourraient avoir sur la santé. Notre invité, le Dr Pierre Gosselin, fait partie d’un groupe de travail qui a été formé pour étudier la question. Il nous explique aujourd’hui comment l’eau potable pourrait devenir le plus grand transporteur de microbes.

L’eau des puits privés menacée

Comment l’eau potable pourrait-elle être touchée par les changements climatiques et devenir un vecteur de maladies? À cette question, le Dr Gosselin répond que ce sont surtout les propriétaires de puits privés qui risquent d’être les plus affectés par ce problème, car il s’agit d’une eau qui n’est habituellement pas désinfectée. Loin d’être négligeable, cet éventuel problème pourrait toucher jusqu’à 20 % de la population québécoise, surtout dans les petits réseaux ruraux.

Pourquoi? Avec les changements climatiques, il y aura plus de sécheresses l’été et les puits seront à sec plus tôt dans l’année. En contrepartie, on aura davantage de pluies torrentielles au printemps et à l’automne, et ces pluies vont lessiver le sol, entraînant du même coup fumier et bactéries dans les puits.

«On le voit déjà au Québec, précise le Dr Gosselin. Après quelques semaines suivant une pluie torrentielle, après le début d’une sécheresse, il y a plus de maladies et c’est ce qu’on prévoit de voir augmenter dans les prochaines années.»

La sécheresse

Du côté des grandes villes équipées de réseaux de désinfection de l’eau potable, d’autres problèmes pointent à l’horizon. «Pour les plus grosses villes, c’est surtout la sécheresse qui va entraîner des problèmes, poursuit le Dr Gosselin. Il va manquer d’eau, il va y avoir de nouveaux contaminants, comme les algues, ou des conditions favorables comme de l’eau plus chaude où il y a plus de bactéries, donc plus difficiles à traiter.» Avec les températures plus chaudes, les algues vont également proliférer et boucher les filtres de traitement des eaux.

Des maladies reliées à l’eau

Une eau mal traitée pourrait éventuellement transporter diverses maladies, notamment des gastro-entérites, mais aussi des virus. Les virus présents dans l’eau se contractent habituellement lors de la baignade et causent des problèmes respiratoires, des otites et des infections cutanées.

Des hivers plus doux

Avec les changements climatiques, les hivers sont de plus en plus courts et plus doux, un phénomène qui peut aussi avoir des conséquences sur la santé. «Un bénéfice qu’on pourrait perdre avec les hivers qui s’adoucissent, c’est le pouvoir désinfectant de l’hiver, explique le Dr Gosselin. Jusqu’ici, on a profité du pouvoir de l’hiver d’éliminer beaucoup de moustiques qui peuvent transporter des maladies, mais on voit présentement ces maladies-là progresser vers le Nord.»

Des changements rapides

Et pour ceux qui pensent qu’ils n’en seront pas témoins de leur vivant, détrompez-vous. Ceux-ci ont déjà commencé à se manifester de manière très concrète.

«La vitesse des changements climatiques surprend tout le monde», reconnaît le Dr Gosselin. Il se souvient qu’il y a à peine une douzaine d’années, quand il a commencé à travailler sur les conséquences des changements climatiques, la communauté scientifique ne pensait pas du tout que ces conséquences risquaient de se faire sentir avant quelques décennies. «Mais on se rend compte que c’est en train d’arriver d’une façon vraiment accélérée».

Que faire?

Devant ces inéluctables changements, un mot d’ordre est de mise : protéger l’eau. «Ce n’est pas vrai qu’on peut continuer à gaspiller l’eau comme on le fait, soutient le Dr Gosselin. Je pense entre autres aux piscines et aux arrosages de pelouse comme on le fait à l’heure actuelle.»

Et bien sûr, on ne le dira jamais assez : réduire les gaz à effet de serre. «Toutes les solutions pour diminuer les gaz à effet de serre existent déjà et ont été inventées depuis au moins deux siècles. Ça s’appelle train, tramway, bicyclette… Comme société, on doit bouger très vite et s’adapter rapidement, sinon, on va faire face à de gros problèmes.»

Pour en savoir plus

Le site Internet «Mon climat, ma santé» de l’Institut national de santé publique