Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Comment la fatigue affecte-t-elle notre cerveau quand on conduit ?

Émission du 14 février 2013

Experts invités :

Roger Godbout, Psychologue, Centre de recherche Fernand-Seguin

Jacques Bergeron, Professeur de psychologie, Université de Montréal

Depuis déjà quelques mois, une campagne de publicité gouvernementale met les conducteurs en garde contre les dangers de la fatigue au volant. Celle-ci est d’ailleurs la troisième cause de décès sur les routes, après l’alcool et la vitesse. Mais comment la fatigue affecte-t-elle les compétences de conduite automobile? Notre équipe est allée rencontrer deux experts qui ont répondu à cette question.

Fatigue et somnolence 101

Chercheur au Laboratoire de recherche sur le sommeil du Centre de recherche Fernand-Seguin, Roger Godbout est d’avis que la question de la fatigue au volant, ainsi que la fatigue en général, sont des questions qui interpellent toute la société. Pourquoi? Parce qu’un nombre croissant de personnes vivent en privation de sommeil : «Chaque personne au Canada, en moyenne, coupe d’une heure sa nuit de sommeil, et ce, pour toutes sortes de raisons – sociales, travail, transport, loisirs… Cette heure de sommeil, c’est une dette qui s’accumule pendant toute la semaine. Et on ne rembourse pas le sommeil perdu, ni le lendemain ni le samedi, ce qui fait en sorte qu’on peut être plus somnolent.»

Parmi les différents facteurs qui peuvent expliquer cette épidémie de déficit de sommeil, Roger Godbout cite l’augmentation des quarts de travail de soir et de nuit.

Il est d’ailleurs important, souligne le chercheur, de distinguer la fatigue de la somnolence : «La fatigue, c’est l’incapacité de fournir un effort supplémentaire. On peut être fatigué après avoir couru trois kilomètres, après s’être concentré longtemps sur un travail, mais on n’est pas nécessairement plus somnolent. Par contre, la fatigue mène éventuellement à la somnolence, soit l’envie de dormir, d’avoir les paupières lourdes, de manquer de concentration, d’errer un peu dans nos décisions. Mais tout ça, ce sont des facteurs qui sont augmentés par le manque de sommeil qui représente un problème social important.»

Mesurer la fatigue au volant

À l’Université de Montréal, l’équipe de recherche du professeur Jacques Bergeron a entrepris de mesurer scientifiquement l’impact de la fatigue sur la conduite automobile. Des expériences sont réalisées au Laboratoire de simulation de conduite automobile pour tester les réflexes des conducteurs qui ont un déficit de sommeil.

Jacques Bergeron nous explique que certains signes démontrent clairement un état de fatigue au volant : cogner des clous, bâiller et se frotter les yeux, mais aussi d’autres signes comme la position du volant. «Quand on conduit, on fait constamment des micromouvements du volant, mais dès qu’on commence à être moins vigilant, là, les mouvements deviennent plus amples et plus lents. Ce sont des signes de somnolence qui ne trompent pas.»

Le fait de conduire sur une route monotone a aussi un impact important, explique le chercheur : «Plus on est fatigué, plus on conduit sur une route monotone, ça va de soi, plus il y a de chances qu’il y ait une diminution de vigilance, que la somnolence s’installe et éventuellement un endormissement.»

C’est lors d’endormissements que surviennent les accidents, lorsque les gens quittent la route parce qu’ils ne suivent pas une courbe et poursuivent tout droit, ou pire encore, traversent de l’autre côté de l’autoroute.

Fatigue au volant et alcool au volant : même combat?

Roger Godbout et Jacques Bergeron sont tous les deux d’avis que la fatigue au volant peut se comparer à l’alcool au volant, puisque la fatigue affaiblit les facultés des conducteurs, tout comme le fait l’alcool. «Les symptômes sont un peu semblables, explique Jacques Bergeron, en ce sens qu’il y a une difficulté de concentration, ainsi qu’une difficulté de jugement. Le jugement est altéré et on va réagir beaucoup moins rapidement, et de façon moins efficace, lorsque va survenir un événement inattendu.»

«Les recherches montrent qu’une nuit sans sommeil est aussi grave pour la capacité de conduire et d’avoir les réflexes appropriés que d’avoir 0,8 mg d’alcool dans le sang, ajoute Roger Godbout. C’est une condition difficile et dangereuse qui peut avoir des impacts importants.»

Des statistiques révèlent d’ailleurs qu’entre 30 à 50 % des gens qui ont des accidents de voiture en somnolence avaient dormi deux heures de moins que leur temps de sommeil habituel, ou qu’ils avaient été réveillés plus de 17 heures pendant la journée.

Certains États américains comme le New Jersey ont légiféré afin que les conducteurs qui s’endorment au volant soient traités de la même façon que ceux qui conduisent avec les facultés affaiblies. Ces gens sont donc accusés d’infraction au Code criminel.

Il n’y a malheureusement pas de remède miracle contre la fatigue au volant, l’idéal étant bien sûr de dormir une bonne nuit avant de prendre la route. Mais dans les cas extrêmes,
il est recommandé de s’arrêter 15 minutes toutes les deux heures.