Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Philippe De Granpré - un pharmacien qui se bat contre la douleur

Émission du 14 février 2013

On a beaucoup parlé ces derniers mois de l’élargissement du rôle du pharmacien. Et avant même que tout cela soit mis en pratique, Philippe De Grandpré, un jeune pharmacien de Berthierville le faisait à sa façon. Il a d’ailleurs reçu le prix Innovation de l’Ordre des pharmaciens pour la création d’un programme de prise en charge de la douleur avec ses patients.

La douleur incomprise

- «Moi, je pense qu’un pharmacien communautaire se doit d’être un pharmacien de famille. Un pharmacien est plus qu’un spécialiste du médicament – parce que le médicament est un objet –, mais aussi un spécialiste du patient.» -
Philippe De Grandpré

Philippe est un jeune pharmacien de 29 ans particulièrement dynamique et impliqué dans sa profession et sa communauté. Philippe De Grandpré, en fait, c’est le pharmacien qu’on voudrait tous avoir dans son propre quartier. Sa philosophie de travail, il l’a développée peu après sa sortie de l’université, après avoir constaté sur le terrain des lacunes dans la prise en charge de la douleur dans notre système de santé.

Philippe s’étonne encore que les médecins soient si peu préparés à gérer la douleur de leurs patients. Il y a quelques années à peine, soutient-il, les étudiants en médecine recevaient moins de formation en gestion de la douleur que les vétérinaires.

«Je me suis rendu compte que les médecins, souvent, ne traitent pas la douleur parce qu’ils voient ça compliqué et ils trouvent ça difficile d’ajuster la médication; ça prend du temps. Ce n’est pas quelque chose qui est facile et qui donne une réponse rapidement. C’est tout ça qui m’a amené vers ça. J’ai vu qu’il y avait vraiment un très grand besoin de la part de mes patients pour un plus grand soulagement.»

Un programme innovateur

Troublé par ces constatations, Philippe De Grandpré a voulu changer les choses à sa façon, en mettant sur pied un programme de prise en charge de la douleur chronique. «Le but de ce programme, c’est d’aider les gens à mieux prendre leur médication et à mieux soulager la douleur.»

«Je me suis rendu compte dans ma pratique qu’il y a beaucoup de gens qui souffraient de douleurs chroniques, sans avoir une bonne écoute ou en n’ayant pas de support adéquat par un professionnel de la santé. Moi, je me suis dit que les pharmaciens, on a un rôle important à jouer : on est là pour aider les gens à prendre les médicaments, mais à prendre les médicaments pour les problèmes qu’ils ont, pas juste de dire “J’ai de la douleur, je prends n’importe quoi.” On est là pour aider à conseiller les gens et les orienter là-dedans.»

Pour mieux aider ses patients à soulager leurs douleurs, Philippe De Grandpré leur offre la possibilité de le rencontrer dans un bureau de consultation afin de faire un bilan global de santé et de douleur. La rencontre initiale dure une heure.

«On va définir son état de santé général, ce qu’il prend comme médication, explique Philippe De Grandpré. On va prendre le portrait global du patient pour savoir à qui on parle et qui on traite. Moi quand je traite un patient, je ne traite pas la douleur, je traite un patient, donc je veux le connaître dans son ensemble, pour être sûr de ne pas traiter sa douleur tout en causant un autre problème.»

«Ensuite de ça, je fais vraiment le tour avec le patient de l’impact de la douleur sur sa vie. Il y a un concept en douleur chronique qu’on appelle la souffrance : c’est complètement différent. La douleur, ça se mesure, c’est “j’ai mal”. La souffrance, c’est “je suis mal”. Et le verbe être et le verbe avoir changent complètement le sens de la phrase. Être mal, ça a un impact sur notre vie.»

Démystifier les médicaments

«Il y a beaucoup de craintes qui sont liées aux médicaments, poursuit Philippe De Grandpré. Et notre rôle en tant que pharmacien, c’est vraiment de démystifier tout ça, d’aider les patients à comprendre ce qui arrive, ce que le médicament fait dans leur corps. Souvent, si le patient comprend ce qui arrive et ce que fait le médicament, souvent il est rassuré et il va mieux le prendre. Mais l’inobservance thérapeutique, soit en prendre trop ou pas assez, ou pas de la bonne façon, c’est très fréquent.»

Pour pouvoir réaliser ce projet, Philippe De Grandpré a pu compter sur un pharmacien-propriétaire compréhensif, qui lui offre la possibilité de le libérer 4 heures par semaine pour prendre des rendez-vous et faire des consultations. «C’est sûr que c’est un service qui est unique et ça prend un propriétaire qui est motivé, car c’est un investissement de payer un pharmacien supplémentaire pour offrir des services comme ça.»

«C’est clair que l’expertise des pharmaciens est gaspillée en ce moment, soutient le jeune pharmacien. On n’utilise pas suffisamment les services d’un pharmacien dans l’ajustement de la thérapie médicamenteuse, mais on les utilise beaucoup plus pour des services techniques et de distribution de médicaments.»

«Je pense que les pharmaciens pourraient être appelés à jouer un plus grand rôle, conclut-il, pour aller vers un travail plus intellectuel, afin de rassurer les patients, les conseiller, s’assurer qu’ils prennent leur médication de la bonne façon. C’est ce qu’on appelle “optimiser la thérapie médicamenteuse”, c’est-à-dire que le patient va recevoir un traitement qui est correct pour lui, mais est-ce que c’est le meilleur? Et je crois que le rôle du pharmacien a beaucoup d’importance là-dedans afin de favoriser l’atteinte de résultats thérapeutiques. Pas juste avec un traitement correct, mais en ayant le meilleur traitement possible pour les gens.»

Le mot de Georges

La nouvelle entente qui élargit le champ de pratique des pharmaciens poursuit son cheminement administratif. Elle devrait entrer en vigueur bientôt. Elle devrait permettre, entre autres, aux pharmaciens de prolonger des prescriptions d’anovulants moyennant un suivi médical, d’ajuster la posologie de certains médicaments et, même dans certains cas, de prescrire un médicament pour une condition déjà diagnostiquée. La mise en pratique de cette entente sera certainement la bienvenue.