Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Lucie Vaillancourt : survivre au suicide de son enfant

Émission du 21 février 2013

Lucie Vaillancourt a choisi la médecine pour aider les autres. Et même si elle côtoie tous les jours des gens malades, elle n’a rien vu venir. Elle n’a pas su déceler les signes précurseurs chez son fils de 22 ans qui s’est enlevé la vie en janvier 2009. Aujourd’hui, elle arrive à en parler, avec la conviction que le suicide peut être prévenu.

Un tsunami

Le choc est immense et la douleur, insoutenable. Cette épreuve, Lucie Vaillancourt la compare à un tsunami. S’il lui a été au départ difficile de croire qu’il ne s’agissait pas du pire cauchemar de sa vie, elle a dû peu à peu accepter la réalité : «Je me demande comment je faisais pour respirer et continuer, raconte-t-elle, mais on gobe ça petite bouchée par petite bouchée, morceau par morceau. La réalité nous rattrape. Des fois on peut essayer de la fuir, mais elle nous rattrape.»

Une guérison progressive

Malgré toute cette souffrance, le message de Lucie Vaillancourt est empreint d’espoir et elle tient à témoigner que oui, il est possible de survivre au suicide d’un enfant et même d’éventuellement recommencer à mener une vie normale.

«Cette souffrance est très présente la première année, témoigne-t-elle avec émotion, mais je pense que le corps humain est bien fait, car vivre une souffrance comme celle-là 24 heures sur 24, c’est invivable. Alors je pense qu’on a des mécanismes de défense qui font que la douleur s’estompe, au début pendant quelques heures, et ensuite, plus ça va et plus ces périodes s’allongent…»

C’est dans une conférence d’un père endeuillé que Lucie Vaillancourt a senti l’étincelle qui lui redonnerait la force de vivre. Le conférencier comparait le suicide d’un enfant à un voyage au naufrage d’un paquebot. «Tu es sur le paquebot et le bateau coule, explique Lucie Vaillancourt. Tu es sur un radeau. Ou bien tu t’accroches au radeau et tu te laisses dériver ou bien tu t’assois sur le radeau et tu rames pour avancer vers la destination qui était la tienne au départ.» Cette métaphore a été très significative pour elle, et elle a senti qu’elle était assise sur le radeau et non pas en dérive totale. «Par moment, il y avait des fois où j’étais débarquée du radeau et je dérivais et je me disais “Non, il faut que je rembarque sur le radeau et que j’avance.”»

Pour poursuivre sa guérison, Lucie Vaillancourt a également choisi de vivre dans l’action, un état d’esprit qui a eu un effet salvateur pour elle. Lectures, rencontres avec des intervenants, échanges avec d’autres parents endeuillés : elle a choisi de s’informer sur le suicide pour mieux en comprendre les causes et les mécanismes. Et si elle accepte aujourd’hui de parler publiquement de son expérience personnelle, c’est pour contribuer à mieux prévenir le suicide, car elle est convaincue que c’est possible. Et pour y parvenir, elle pense qu’il faut que les gens prennent conscience que personne n’est à l’abri de tels drames et, surtout, ne jamais sous-estimer la détresse qu’on peut percevoir chez nos proches.

Reprendre goût à la vie

«C’est évident que je ne suis plus la même personne. À partir du moment où ça arrive, tu n’es plus la même personne. Et il faut aussi s’habituer à vivre avec ton nouveau toi, ta nouvelle personne, ta nouvelle façon de voir les choses.»

Cette démarche lui a permis de reprendre peu à peu goût la vie, à savourer les petits moments de bonheur que la vie a recommencé à lui apporter : «Il faut se permettre d’avoir le droit de continuer d’être heureux, d’avoir le droit d’avoir des moments de bonheur et de faire des choix qui vont t’amener ça.»

«Est-ce qu’on peut parler de deuil résolu quand on perd un enfant? … Je pense qu’on reste toujours une personne endeuillée, mais doublement endeuillée quand c’est dans un contexte de suicide. On porte ça le restant de notre vie, mais on peut apprendre à vivre avec ça, et à bien vivre malgré cette réalité-là.»

«Il faut aussi accepter de vivre avec cette réalité, de vivre avec la réalité que j’ai perdu mon fils, tout en me disant que j’ai eu pendant 22 ans la chance de l’aimer.»

Le mot de Georges

Merci Dre Vaillancourt pour ce témoignage courageux et combien nécessaire, quand on sait que malgré une tendance à la baisse dans les taux de suicide, le Québec vient toujours en tête de toutes les provinces canadiennes avec environ 1000 cas par année.
Nous nous joignons à elle pour souligner l’importance du travail des différents centres de prévention du suicide présents dans toutes les régions.