Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Souffrir d'un trouble panique

Émission du 28 février 2013

Une personne sur quatre rapporte avoir déjà fait une attaque de panique. Il s’agit de crises qui durent en moyenne 10 ou 15 minutes, mais ces minutes peuvent sembler interminables aux personnes qui en sont victimes. Certains croient d’ailleurs qu’ils sont en train de mourir tellement leurs symptômes sont intenses. Ces attaques ne sont pourtant pas du tout dangereuses. Elles peuvent toutefois devenir très invalidantes pour les gens qui en font à répétition et qui développent ce qu’on appelle un trouble panique.

Une maladie autrefois méconnue

Voilà maintenant plus de 20 ans que Liette Lemay a vécu ses premières crises de panique. Mais elle s’en souvient encore comme si c’était hier. Elle était alors à son travail, dans un contexte où rien n’aurait dû la stresser outre mesure et pourtant, tout à coup, elle a commencé à ressentir toute une gamme de symptômes qui l’ont terrorisée : palpitations cardiaques, tremblements des mains, faiblesse dans les jambes, confusion mentale, difficultés à respirer, sensation de paralysie…

« J’ai essayé de me calmer et j’ai réussi, se souvient-elle, mais c’était si intense que j’en ai eu des répercussions toute la journée… » Les jours suivants, les symptômes sont réapparus, toujours sans raison apparente. Après un mois, n’en pouvant plus, Liette a finalement consulté un médecin qui a au départ attribué ses symptômes au stress et lui a prescrit des médicaments pour la calmer, des Ativan.

Dix jours plus tard, toujours aux prises avec ses symptômes de panique, Liette est retournée consulter le même médecin qui lui a alors prescrit un autre médicament pour diminuer son stress et son anxiété, le Lectopam. Si ce médicament s’est avéré efficace, il a toutefois entraîné Liette dans une dépendance qui aura duré 20 ans.

Médecin-psychiatre à la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, le Dr Jacques Bradwejn nous explique que le trouble panique était autrefois une maladie très méconnue et que, comme l’a vécu Liette, de nombreux patients n’étaient pas correctement diagnostiqués et ne recevaient pas la bonne médication. « Quand j’ai commencé ma carrière et ma recherche, raconte-t-il, les études démontraient que le premier diagnostic de trouble panique chez une personne qui en souffrait de façon évidente et qui allait souvent à l’urgence pouvait prendre au moins 10 ans. »

Pas une réaction extrême au stress

Contrairement à ce que pensaient alors plusieurs médecins, l’attaque de panique n’est pas une réaction anormale au stress, mais davantage, comme l’explique le Dr Bradwejn, « une sensation émotionnelle extrêmement douloureuse avec une peur extrême et des symptômes physiques très prononcés : difficultés de respirer, palpitations, sueurs, tremblements, nausées… »

Comme Liette, la plupart des patients se souviennent très bien de leur premier épisode de panique, et dans la majorité des cas, cette crise est survenue sans aucune raison apparente. Certains d’entre eux peuvent d’ailleurs témoigner que dans des situations très stressantes, comme un accident de voiture par exemple, ils peuvent réagir très adéquatement et que ce type de stress est fort différent d’une attaque de panique.

Peur d’avoir peur

Liette Lemay se souvient que lorsque ses crises de panique ont commencé à se répéter, elle a développé certaines appréhensions à toutes sortes de contextes pourtant banals, car la simple idée d’avoir une crise de panique la terrorisait. Même jouer aux cartes avec sa famille, une activité qu’elle aimait autrefois beaucoup, lui faisait craindre une nouvelle crise de panique. Idem pour son travail, auquel elle était pourtant habituée puisqu’elle effectuait le même travail depuis 10 ans, avec les mêmes collègues. « Entre ça et se faire torturer, je pense que la torture est plus facile », soutient Liette.

Alisson Poirier-Arbour, psychologue à l’hôpital Louis-H. Lafontaine, nous explique qu’il est effectivement fréquent que les personnes souffrant de trouble panique développent certaines appréhensions, par peur d’avoir de nouvelles attaques. « Vous allez dans le bois, vous rencontrez un ours, vous avez une réaction d’alarme très intense. Une étape de panique, c’est avoir le même type de réaction physiologique intense, sauf qu’il n’y a pas d’ours. On en vient à avoir peur d’avoir peur. »

Des solutions inadéquates

Pour pouvoir continuer à mener une vie somme toute normale, Liette a donc continué à prendre du Lectopam pendant 20 ans, même si elle avait parfois besoin d’en prendre plus de dix comprimés dans une journée (alors que le médecin ne lui en avait prescrit au départ qu’une dose quotidienne de deux comprimés). Avec le recul, elle ne regrette toutefois pas son choix d’avoir pris ces médicaments, car ils l’ont selon elle aidée à traverser des épreuves importantes telles qu’une perte d’emploi et une séparation, tout en continuant à demeurer présente dans l’éducation de sa fille qui était encore toute jeune à l’époque. « Oui, c’est une dépendance, mais j’avais besoin de fonctionner, explique-t-elle. Moi, si je ne fonctionne plus, il n’y a plus rien qui fonctionne ici… »

Le cas de Liette n’est toutefois pas exceptionnel, puisque de nombreuses personnes se font prescrire des médicaments inappropriés, comme du Lectopam ou de l’Ativan (les fameuses pilules pour les nerfs). Ces médicaments sont des benzodiazépines, une classe de médicaments qui créent une dépendance. D’autres médicaments sont beaucoup plus efficaces pour soigner ce genre de problème, tout comme certains traitements de psychothérapie tels que la thérapie cognitivo-comportementale.

La piste génétique

Heureusement, le trouble panique est aujourd’hui beaucoup mieux connu des scientifiques. Grâce aux récentes découvertes, on sait désormais que des facteurs génétiques sont en partie responsables de la maladie. Le Dr Jacques Bradwejn a été parmi les premiers à se pencher sur cette piste génétique qui permet aujourd’hui de mieux soigner les personnes malades.

Les recherches du Dr Bradwejn ont permis de dévoiler, chez les personnes souffrant de trouble panique, une mutation dans l’ADN qui code pour le récepteur de la CCK (la cholécystokinine), une protéine qui excite les neurones du cerveau, qui pourrait être la cause de ces attaques de panique. Cette anomalie du système CCK entraîne un déréglement qui pourrait dans certains cas déclencher des attaques même en l’absence de situation stressante.

Des études épidémiologiques ont également permis de constater que la prévalence du trouble panique est beaucoup plus importante dans certaines familles que dans la population en général. C’est d’ailleurs le cas de Liette Lemay, puisque plusieurs personnes de sa famille souffrent comme elle de trouble panique, ou de problèmes d’anxiété. Des études réalisées sur des jumeaux identiques et non identiques permettent également de confirmer cette piste génétique que le Dr Bradwejn avait déjà défrichée.

Pour le Dr Bradwejn, la piste génétique n’explique pas tout, mais elle a au moins le mérite de rassurer les personnes malades qui se culpabilisaient pour un problème dont elles ne sont pas responsables. « Ça veut dire aussi qu’on va peut-être pouvoir développer des traitements qui sont beaucoup plus ciblés », précise-t-il.

La thérapie cognitivo-comportementale

En parallèle de la piste génétique et de ses éventuelles applications pharmacologiques, les personnes atteintes de trouble panique peuvent également avoir recours à la thérapie cognitivo-comportementale pour les aider à surmonter les multiples appréhensions qu’ils ont construites au fil des ans. C’est ce qu’a choisi de faire Liette Lemay, après avoir pris la décision de consulter un psychiatre à l’hôpital Louis-H. Lafontaine. Diagnostic : attaque de panique avec agoraphobie. C’est là qu’elle a commencé ses traitements avec Alisson Poirier-Arbour, une démarche qui s’est avérée fort efficace : « Ce que j’ai eu en 20 ans, je l’ai soigné en 10 mois. », témoigne-t-elle.

Pour le Dr Bradwejn, il s’agit d’une approche fort utile pour traiter le trouble panique : « Quand on souffre d’attaque de panique, et surtout d’attaque de panique à répétition, on finit par penser différemment, par avoir même une peur d’anticipation de la prochaine attaque. Le traitement est donc de régler non seulement la biologie, mais aussi de corriger toutes ces mauvaises adaptations de la pensée à l’attaque de panique. »

« Les recherches démontrent qu’un traitement efficace et médicamenteux comparé à un traitement efficace avec psychothérapie amène des changements dans des régions différentes du cerveau, poursuit le Dr Bradwejn. Ce qui veut dire que ça peut être mesuré et que la combinaison des deux est une bonne solution, car ils agissent de façon différente dans des endroits différents du cerveau. »

Alisson Poirier-Arbour nous explique quant à elle que ce type de thérapie permet au patient de mieux comprendre le trouble qui l’affecte, mais aussi de savoir comment il se développe et comment il se maintient dans sa vie personnelle : « On va lui enseigner que ce n’est pas dangereux, des attaques de panique. Par exemple, pour une personne qui a peur de ses palpitations cardiaques et qui a peur de faire une crise cardiaque, on va lui apprendre que le cœur est un muscle très fort, et qu’il est capable d’en prendre pas mal plus qu’on le croit. »

« C’est un travail qui se fait sur quelques semaines, précise-t-elle, car ce n’est pas évident, car la personne croit vraiment à ces interprétations catastrophiques. Dans un deuxième temps, on va travailler à exposer la personne aux sensations de panique.
Il y a eu un pairage qui s’est fait entre la sensation panique et la peur. Et ce qu’on va faire, c’est qu’on va emmener la personne à prendre conscience que ce n’est pas dangereux d’être étourdi, d’être nauséeux et que les interprétations catastrophiques ne surviendront pas finalement. » Le taux d’efficacité de cette thérapie est selon elle d’environ 80 %.

Aujourd’hui, Liette est bien soulagée d’être sur la voie de la guérison. Mais avec le recul, elle regrette que le médecin l’ait médicamentée aussi rapidement lorsque ses symptômes ont commencé, car quelques semaines de thérapie auraient peut-être suffi pour régler son problème. Et même si elle avoue ne pas savoir si elle fera d’autres crises de panique dans le futur, elle se sent maintenant mieux outillée pour y faire éventuellement face : « Je sais maintenant comment affronter ça. Je ne suis plus dans le néant… »

Informations supplémentaires

L’Université d’Ottawa mène actuellement une étude sur les enfants de 6 à 12 ans dont les parents ont souffert de troubles paniques. La piste génétique continue donc d’être étudiée, et les chercheurs essaient de comprendre s’il serait possible de prévenir l’apparition de la maladie, ce qui aurait évidemment un impact considérable sur la qualité de vie de toutes ces personnes.