Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

L'art-thérapie est-elle efficace ?

Émission du 21 mars 2013

Experts invités :

Josée Leclerc
Professeure agrégée et art-thérapeute, Université Concordia

Pierre Plante
Psychologue et art-thérapeute

L’union de la psychologie et des arts visuels

Encore méconnue du grand public, l’art-thérapie est une pratique qui repose autant sur les fondements de la psychologie que des arts visuels, comme nous l’explique Josée Leclerc, professeure et art-thérapeute à l’Université Concordia : « L’art-thérapie c’est une méthode thérapeutique qui utilise la création artistique comme un outil pour faciliter l’expression et la résolution des conflits psychologiques ou émotionnels qu’une personne présente. »

Mais attention, ne devient pas art-thérapeute qui le veut. Pour être en mesure de pratiquer cette approche thérapeutique, il faut maîtriser des connaissances dans les deux domaines. À l’heure actuelle, seulement deux universités offrent ce programme de formation, au niveau de la maîtrise : l’Université Concordia et l’Université du Québec en Abitibi Témiscamingue.

Pas une interprétation des œuvres

Lui-même psychologue et art-thérapeute, Pierre Plante souligne quant à lui que l’art-thérapie est encore l’objet de stéréotypes. Plusieurs croient par exemple que les art-thérapeutes peuvent interpréter l’état mental d’un patient en fonction de sa production artistique. Or, ce n’est pas du tout le cas : « Ce n’est pas le thérapeute qui va interpréter la création, nuance-t-il. Il s’agit plutôt d’amener le patient à lui-même prendre position et à raconter ce que l’œuvre lui fait. Les gens pensent que les art-thérapeutes peuvent lire une image comme une boule de cristal ou utiliser un système de codification pour interpréter une image. C’est faux. Et bien que l’on ait quelques pistes théoriques associées à cela — sur l’organisation spatiale d’une image ou d’une création par exemple —, le plus important demeure d’amener la personne à réinterpréter sa vie et à voir autrement. »

« Contrairement aux séances habituelles de thérapie où les gens racontent des choses qu’ils ont souvent nommées dans d’autres séances ou racontées à des gens de leur entourage, poursuit-il, l’art-thérapie propose d’amener les gens au niveau de quelque chose de plus brut, de plus spontané de moins censuré. »

La créativité

L’art-thérapie est également une occasion de prendre conscience de certaines résistances personnelles ou d’évaluer notre degré de créativité, comme le souligne Pierre Plante. « La résistance qu’une personne peut éprouver face à une feuille blanche, par exemple, peut être un indicateur de la manière dont cette personne a l’habitude d’aborder la nouveauté et l’inattendu. C’est une dimension très importante de l’art-thérapie de tenir compte du potentiel créateur de la personne, parce que la créativité est un élément essentiel d’une bonne santé. Plus une personne est créative, plus elle a une grande capacité de voir différemment des problèmes qui la confrontent dans la vie, et plus elle va être en mesure de générer plusieurs regards, plusieurs perspectives face au problème. »

L’art-thérapie sous la loupe des neurosciences

Avec les progrès de l’imagerie cérébrale, les scientifiques ont désormais la possibilité de mieux comprendre les effets réels de l’art-thérapie sur le cerveau : « Ce que la neuroscience est en train d’expliquer, explique Josée Leclerc, c’est que dans les cas de traumatismes sévères, l’art-thérapie va permettre une reconnexion entre le système limbique – le siège des émotions – et le néocortex, lien qui est souvent affecté dans le cas de traumas. Voici comment : la création artistique, dans contexte art-thérapeutique, permet l’activation du système limbique; puis quand le patient est invité à parler de son image, à mettre en mots ce que l’image évoque pour lui, en présence de l’art-thérapeute, le néocortex, siège du langage et de la cognition, est activé. C’est donc ce qui favorise la reconnexion des systèmes, rompu dans le cas de traumas sévères.
Cette meilleure compréhension des effets de l’art-thérapie sur le cerveau permet de mieux comprendre l’efficacité de cette approche pour traiter des cas d’expériences traumatiques ou de stress aigu traumatique.

« Ce qu’on tend à démontrer, bien qu’il reste encore beaucoup de recherches à faire dans ce domaine-là, c’est que l’activité créatrice fait appel au système limbique, précise Josée Leclerc, ce qui permet de rétablir ou de refaire une connexion qui aurait été scindée – du moins temporairement. C’est pourquoi l’art-thérapie peut permettre de susciter des prises de conscience très puissantes. »

Plus connue dans les milieux anglophones, l’art-thérapie est particulièrement présente en Angleterre où elle a un statut professionnel complètement reconnu, réglementé et inclus dans toutes les approches psychothérapeutiques, ainsi que dans tout le domaine de la santé mentale.

Et même si elle n’a pas encore la même notoriété ici au Québec, l’art-thérapie trace toutefois son chemin vers une meilleure reconnaissance et commence à faire son entrée dans les hôpitaux. Elle est notamment utilisée avec des patients qui ont de la difficulté à s’exprimer pour différentes raisons, par exemple des victimes d’AVC, de traumatisme crânien, de traumatisme émotif, des enfants ou des personnes provenant d’une culture étrangère.