Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Martine Carrier, infirmière dans une communauté autochtone

Émission du 28 mars 2013

Kitcisakik est une communauté algonquine dans le parc de La Vérendrye. Il s’agit de l’une des communautés les plus pauvres au Canada : 450 personnes y vivent, sans eau courante ni électricité. Résidente de Val-D’Or, Martine Carrier est infirmière et se rend tous les jours à Kitcisakik pour soigner et conseiller les gens qui y vivent. Elle a compris qu’il fallait aller vers eux, et non pas l’inverse.

Tous les matins, depuis décembre 2003, Martine Carrier remplit son sac à dos de matériel médical avant d’entamer sa tournée de la communauté de Kitcisakik. Depuis 10 ans maintenant, cette infirmière originaire de la région de Sherbrooke travaille au quotidien avec les membres de la communauté autochtone. Beau temps mauvais temps, elle fait sa tournée à pieds d’une maison à l’autre, même dans les chaleurs ou les froids extrêmes. Marcheuse convaincue, elle apprécie ce mode de déplacement qui lui permet d’entrer plus directement en contact avec les gens qu’elle croise sur son chemin.

Parmi les différents services qu’elle offre à la population, Martine offre des soins à domicile aux aînés ou aux personnes en incapacité temporaire, en plus de faire les suivis en santé maternelle infantile. Comme la plupart des aînés ne parlent ni français ni anglais, elle est toujours accompagnée d’une interprète lors de ses visites, en attendant qu’elle maîtrise davantage la langue locale, l’anishnabe.

Dans ce village sans eau courante ni électricité, Martine Carrier explique que les problèmes de santé sont plus complexes à traiter, en raison des conditions d’hygiène de base qui ne sont pas adéquates. Avoir une gastro-entérite sans toilette branchée sur l’eau courante, traiter une infestation aux poux sans pouvoir se laver les cheveux sous l’eau courante, soigner une infection aux antibiotiques sans pouvoir les entreposer dans un réfrigérateur; ce ne sont que quelques-uns des défis qui se présentent au quotidien aux habitants de Kitcisakik et aux infirmières, comme Martine, qui les soignent.

La santé maternelle et infantile

Lorsqu’elle fait le suivi des jeunes mères qui viennent d’accoucher, Martine Carrier tente au maximum de les encourager à faire le choix de l’allaitement, afin d’offrir la meilleure alimentation possible aux nourrissons. Au départ, c’était tout un défi à réaliser, car les femmes qui allaitaient ne représentaient qu’une toute petite minorité. Dix ans plus tard, c’est un tout autre portrait : toutes les femmes qui ont accouché en 2012 ont choisi l’allaitement, du moins les premiers jours, au grand bonheur de Martine Carrier.

Martine souligne que dans ce contexte de vie, sans eau courante ni électricité, l’allaitement ne représente pas seulement le meilleur choix pour l’alimentation des bébés, mais aussi un choix beaucoup plus pratique.

Un rôle d’infirmières différent

Dans ce petit hameau où le médecin n’est pas toujours présent, Martine Carrier doit évidemment jouer un rôle plus polyvalent que celui des infirmières habituelles. Encore limitée par son statut d’infirmière, elle obtiendra bientôt le statut «d’infirmière en rôle élargi», similaire à celui des infirmières qui œuvrent dans les communautés du Grand Nord.

Pour pouvoir bien faire son travail sans contraintes, Martine a également demandé de ne pas être payée à l’heure, mais à forfait, pour pouvoir prendre tout le temps nécessaire avec les gens qu’elle rencontre et qu’elle soigne. Mais sa véritable «paye» comme on dit, c’est quand les enfants de la communauté courent à sa rencontre pour lui raconter toutes sortes de choses, et surtout, quand certains d’entre eux lui partagent leurs rêves de devenir infirmières ou médecins…

Le mot de Georges

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Martine fait preuve de tout un sens de l’engagement. Kitcisakik est l’une des rares communautés autochtones à avoir refusé le statut de réserve, qui vient avec certains avantages, mais impose aussi des limites très contraignantes quand vient le temps de parler d’autogestion du territoire. Les gens de Kitcisakik réclament d’ailleurs le droit de fonder un village et d’exploiter ses richesses. Ils se retrouvent donc dans un vide juridique : ils ne sont pas propriétaires des terres qu’ils habitent et ils sont considérés comme des squatters sur les terres de la Couronne. Ils n’ont donc pas accès aux réseaux d’aqueduc ou d’électricité.