Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

L'obésité chez les enfants : le défi de changer les habitudes de vie

Émission du 26 septembre 2013

Le problème de l’obésité prend de l’ampleur et est devenu un problème de santé publique majeur. Auparavant perçue comme un problème typiquement américain, l’obésité touche maintenant de nombreux pays, au point où l’Organisation mondiale de la Santé parle désormais d’une épidémie mondiale. Mais ce qui préoccupe de plus en plus les spécialistes, c’est l’obésité chez les enfants d’âge préscolaire, un phénomène en pleine expansion. Au Québec, c’est 18 % des enfants de 2 à 17 ans qui font de l’embonpoint et 10 % qui sont obèses. À long terme, ces enfants risquent de souffrir d’importants problèmes de santé et c’est maintenant pourquoi le mot d’ordre est d’intervenir le plus tôt possible. C’est l’approche qu’une équipe du centre hospitalier universitaire Sainte-Justine a choisi d’expérimenter, avec le programme Circuit. L’objectif : changer le mode de vie des enfants et les amener à adopter de saines habitudes de vie.

Le courage de Mélyna

Mélyna est une petite fille très persévérante. Depuis qu’elle a entamé le programme Circuit de l’hôpital Sainte-Justine, elle a prouvé à plusieurs reprises qu’elle est capable de relever un immense défi, celui d’adopter définitivement de saines habitudes de vie. Un parcours de deux ans dans lequel elle est accompagnée par les spécialistes du programme Circuit du CHU Sainte-Justine, et tout particulièrement par la kinésiologue France Biron qui multiplie les interventions pour lui insuffler le goût de bouger et de bien manger.

Mélyna a été référée à ce programme à l’âge de 5 ans, à la suite d’examens médicaux qui ont révélé que son problème d’obésité commençait déjà à lui causer des problèmes de santé. Son médecin avait notamment constaté que son taux d’enzymes était élevé, ce qui était inquiétant pour une fillette de son âge. Son indice de masse corporelle et son pourcentage de gras étaient particulièrement élevés, comparativement à la moyenne des enfants de son âge.

Avec un tel profil, Mélyna fait partie des enfants que le programme Circuit souhaite aider avec son programme d’intervention. L’objectif : aider les enfants et leurs familles à adopter de saines habitudes de vie, en faisant plus d’activité physique et en exerçant de meilleurs choix alimentaires, afin de prévenir les problèmes de santé ultérieurs qui pourraient être développés en raison d’une condition de surpoids ou d’obésité.

Des problèmes de santé très préoccupants

Malheureusement, le cas de Mélyna est loin d’être exceptionnel. Les chiffres varient légèrement d’une source à l’autre, mais on estime qu’environ 25 % des enfants canadiens seraient en situation de surpoids ou d’obésité. Au Québec, 18 % des enfants de 2 à 17 ans souffrent d’embonpoint, tandis que 10 % sont obèses.

Pédiatre-endocrinologue au CHU Sainte-Justine, la Dre Mélanie Henderson fait partie des spécialistes qui s’inquiètent beaucoup de la santé des enfants obèses : « Ce n’est pas un cliché de dire que les jeunes qui sont aujourd’hui obèses risquent d’avoir une vie écourtée comparativement à celle de leurs parents. » À court terme, les enfants obèses risquent de souffrir de problèmes de lipides et d’hypertension, précise-t-elle, ce qui leur donne plus de chances de souffrir plus tard de diabète de type 2 ou de maladies cardio-vasculaires. Ces enfants risquent également de souffrir de problèmes de santé mentale, comme l’anxiété et la dépression.

« Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est le long terme, précise la Dre Henderson, parce que l’enfant obèse devient l’adulte obèse. L’enfant qui est obèse à deux ans a cinq fois plus de chances d’être obèse à l’adolescence, et ça, ça implique que toutes les maladies associées à l’obésité chez l’adulte commencent à se manifester beaucoup plus tôt que ce qu’on voyait auparavant. » Preuve que ces problèmes sont bien réels : depuis 2004, la prévalence du diabète de type 2 a triplé chez les enfants de 2 à 17 ans.

« Avec le diabète de type 2, les complications s’installent environ 15 ans plus tard. Alors si un jeune de 15 ans a un diabète de type 2, ça veut dire qu’à 30 ans, il va commencer à avoir des infarctus, des complications rénales, des complications au niveau de la vue. C’est vraiment dramatique! »

Un véritable programme de remise en forme

Comme tous les enfants qui participent au programme Circuit, Mélyna a au départ fait l’objet d’une évaluation détaillée avec trois appareils qu’elle a dû porter avec elle pendant une semaine : un accéléromètre pour mesurer tous ses pas et ses accélérations de mouvement réalisées dans une journée, un fréquencemètre pour mesurer sa fréquence cardiaque et un GPS pour indiquer sa géolocalisation. Après une semaine d’enregistrement de données, l’équipe de Circuit a pu bien évaluer le niveau d’activité physique déployé dans une journée par Mélyna, ce qui a permis de lui construire un programme de remise en forme personnalisé.

Puisqu’il s’agit d’enfants, il va sans dire que l’implication des parents est un facteur crucial dans le succès du programme. Mélyna a la chance d’avoir des parents compréhensifs, qui se sont très bien adaptés à la situation et qui ont choisi de miser sur la santé de Mélyna et sa grande sœur – elle aussi suivie par le programme Circuit – même s’ils n’étaient pas conscients au départ que le problème de surpoids de leur fille cadette était aussi important.

Comme l’explique France Biron, l’objectif du programme n’est pas uniquement de perdre du poids, mais de mettre en place un véritable changement de mode de vie pour les enfants et leur famille : « On espère qu’avec le programme on va réussir à faire prendre conscience aux familles que leur enfant ne bouge pas assez, et les aider de trouver des moyens d’incorporer plus d’activités physiques dans leur routine de tous les jours, pour leur permettre de bouger plus et de bouger mieux, donc de bouger avec une certaine intensité, ce qui va avoir un effet sur la santé, sur leurs habiletés motrices et sur leurs habiletés cardio-vasculaires, entre autres. »

Le moment de l’intervention est également crucial, souligne France Biron : « Plus tôt on intervient, plus tôt la famille réalise qu’il y a un problème au niveau des habitudes de vie d’un enfant, si on les change au niveau primaire. Et si on s’assure qu’on continue et qu’on contrôle au secondaire, on risque d’avoir un adulte qui va demeurer actif avec de bonnes habitudes de vie. »

« On ne veut pas simplement perdre du poids, précise France Biron, parce que plusieurs régimes alimentaires peuvent faire perdre de la masse musculaire, et ce n’est surtout pas ce qu’on veut. On veut vraiment que l’enfant gagne de la masse musculaire et active son métabolisme de base. »

Des stratégies de prévention

Pour diminuer les problèmes de santé liés au surpoids, les spécialistes sont maintenant de plus en plus nombreux à insister sur l’importance de la prévention, afin d’encourager les jeunes et leurs familles à adopter de saines habitudes de vie, et ce, à deux niveaux : l’activité physique et la saine alimentation. Il s’agit d’un défi de taille, car les enfants d’aujourd’hui sont de plus en plus sédentaires. « Les petits d’aujourd’hui sont donc beaucoup plus à risque d’obésité et de surpoids que nous l’étions autrefois », précise la Dre Mélanie Henderson. La qualité de leur alimentation est également bien souvent déficiente.

La famille de Mélyna prend ces recommandations très au sérieux. L’activité physique et la saine alimentation sont maintenant des priorités familiales. Et même s’il n’est pas toujours facile de prendre le temps de faire de l’exercice physique, comme le reconnaissent les parents de Mélyna, ils s’efforcent d’y consacrer du temps chaque jour, pour atteindre les recommandations canadiennes de 60 minutes d’activité physique moyenne à vigoureuse par jour.

Un surpoids dès la naissance

Il faut dire que chez Mélyna, tous les membres de la famille sont touchés par un problème de surpoids. Il y a donc également un aspect génétique qui entre en ligne de compte. Mélyna était d’ailleurs très costaude dès sa naissance : 10 livres et demie!

Les bébés qui naissent à plus de 4,5 kilos – ce que les médecins appellent des « bébés macrosomes » – ont plus de chances d’avoir des problèmes de poids dans le futur, souvent dès l’âge de deux ans. Chef du département de gynécologie-obstétrique du CHU Sainte-Justine, Louise Duperron précise que les futures mamans qui présentent un problème de surpoids devraient être très vigilantes pour ne pas prendre trop de poids pendant leur grossesse. Pour les femmes obèses, l’idéal est de ne pas dépasser une prise de poids de 5 à 7 kilos, alors que les femmes en simple surpoids peuvent prendre entre 7 et 11 kilos, comparativement aux femmes avec un poids normal qui devraient prendre entre 11 et 16 kilos.

Encore une fois ici, la prévention s’avère la clé : « Le meilleur moment pour aider ces familles-là, c’est vraiment d’intervenir en pré-grossesse, insiste la Dre Duperron, et de faire de la prévention. »

Une famille active et en santé

Pour être physiquement plus actifs, les parents de Mélyna ne lésinent pas sur les efforts. Car outre les cours de danse et les autres activités physiques structurées auxquelles participe Mélyna, ses parents sont aussi conscients qu’une simple petite marche avec le chien ou une petite sortie à vélo sont autant de manières de maximiser les occasions de bouger. Et en plus d’avoir radicalement modifié leurs habitudes alimentaires, ils ont aussi commencé à entretenir un petit potager dans lequel ils cultivent de bons légumes frais.

Pour Mélanie Henderson, il s’agit d’un autre pas dans la bonne direction, car les problèmes d’alimentation chez les enfants sont souvent à la source des problèmes de surpoids et d’obésité, tout comme la sédentarité.

Mais l’obésité n’est-elle pas avant tout une question génétique? « Il y a différents aspects à la question de l’obésité, nuance Mélanie Henderson. C’est certain qu’il y a des gènes qui sont associés à des syndromes d’obésité. Mais ça ne touche que quelques familles sur la planète. L’obésité et le surpoids qui touchent près du tiers des enfants québécois, c’est une problématique probablement polygénétique : plusieurs gènes qui mettent les enfants plus à risque de développer une obésité, mais ce n’est pas un seul gène qui est en cause, mais l’interaction avec l’environnement, l’alimentation et les habitudes de vie qui font en sorte qu’on développe l’obésité. »

Après une année de suivi au programme Circuit, Mélyna a fait de spectaculaires progrès. Mais ce qui est le plus important, souligne France Biron, c’est que ces progrès ne se sont pas seulement réalisés au niveau de ses habiletés motrices ou de son pourcentage de gras, mais au niveau de son goût de bouger et d’être physiquement active. Et ça, il s’agit d’un changement fondamental. « Si on a amené cette enfant-là à aimer l’activité physique et à vouloir en faire davantage de façon régulière, comme nouvelle habitude de vie, moi, je pense que c’est déjà un point gagnant pour Mélyna et pour cette famille-là. »

« Moi ce que je souhaite pour mes filles, conclut son père, c’est qu’elles soient heureuses, bien dans leur peau et surtout en santé. C’est vraiment un de mes rêves : que mes filles puissent continuer à grandir en santé. »

Recommandations canadiennes pour les enfants en matière d’activités physiques

0-4 ans : 3 heures par jour
5 ans et plus : 1 heure d’activité physique moyenne à vigoureuse
Actuellement, seulement 5 % des jeunes suivent ces recommandations