Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La pilule contraceptive est-elle dangereuse ?

Émission du 26 septembre 2013

Les contraceptifs oraux sont utilisés depuis 60 ans déjà. Pourtant, au printemps 2013, des journaux sonnent l’alarme : des femmes soupçonnent leur contraceptif oral de leur avoir « volé leur santé », suite à des AVC qui les auraient laissées paralysées. La pilule Diane 35 serait quant à elle à l’origine de 4 décès en France et de 12 au Canada. Mais qu’en est-il vraiment? Faut-il avoir peur de la pilule? Notre équipe est allée à la rencontre de deux spécialistes pour faire le point sur la question.

Experts invités :

Dre Édith Guilbert
Médecin conseil
Institut national de santé publique du Québec

Nancy Royer
Pharmacienne

Un risque à relativiser

Médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec, la Dre Édith Guilbert ne croit pas que les effets secondaires de la pilule contraceptive sont plus inquiétants que de ceux des autres médicaments. « Cette frayeur médiatique, ce n’est pas la première qu’on vit, soutient-elle. On en a eu d’autres en 1995-1996, puis une autre au début des années 2000. On dirait que ça vient aux 3 à 5 ans. Mais le problème, c’est qu’on incrimine un type de contraceptif oral et les femmes, inquiètes, arrêtent de prendre la pilule. »

Oui, reconnaît-elle les nouvelles pilules comportent un certain risque, mais il faut le mettre en perspective. Il s’agit d’un risque de développer une thrombose veineuse – soit la formation d’un caillot dans une veine du membre inférieur et qui peut se déloger, aller vers les poumons, bloquer les voies veineuses pulmonaires et causer une embolie pulmonaire potentiellement fatale. Mais ce risque de thrombose veineuse existe chez les femmes normales qui ne prennent pas la pilule et qui ne sont pas enceintes, dans une proportion de 4 à 5 cas sur 10 000 femmes par année. Avec la pilule contraceptive, ce risque double et passe de 9 à 10 cas pour 10 000 femmes.

À titre de comparaison, pendant la grossesse, le risque de thrombose monte à 29 ou 30 sur 10 000 femmes pendant un an, et pendant la période post-partum, après l’accouchement le risque monte à 300 ou 400 par 10 000 femmes par année.

Le risque associé à la pilule contraceptive est donc relativement faible, mais il n’en demeure pas moins que les femmes doivent demeurer vigilantes aux symptômes précurseurs, comme des douleurs à la poitrine. Ces symptômes doivent tout particulièrement être surveillés pendant les 12 premiers mois suivant le début de la prise des contraceptifs oraux.

L’œstrogène

Pour comprendre pourquoi les contraceptifs oraux entraînent ce risque d’effets secondaires, il faut savoir que la majorité des contraceptifs oraux contiennent deux types d’hormones : des œstrogènes et des progestatifs (qui ont un effet similaire à la progestérone). C’est la composante œstrogénique qui augmente la coagulation sanguine et qui peut, dans certains cas, provoquer un caillot dans une veine.

« Au fil des ans, explique la Dre Guilbert, on a eu plusieurs générations de pilules et on a tenté d’avoir des pilules qui donnent le moins d’effets secondaires possible et qui réduisent même certains effets qui étaient des aléas pour les femmes. »

Il faut savoir que les pilules contraceptives ont beaucoup évolué avec le temps. Comme nous l’explique la pharmacienne Nancy Royer, les pilules de première génération dans les années 1950 contenaient beaucoup d’œstrogènes, mais elles entraînaient beaucoup d’effets secondaires, comme des nausées, des migraines et des maux de ventre. Par la suite, les pilules de seconde génération, dans les années 1960 et 1970, les contraceptifs contenaient moins d’œstrogènes et ils étaient mieux tolérés par les femmes qui ressentaient moins d’effets secondaires.

Dans les années 1990, on a assisté à l’émergence de deux nouvelles générations de pilule qui contenaient moins de progestatifs, avec encore moins d’effets secondaires tels que des maux de tête et des nausées.

Nancy Royer précise toutefois que toutes les pilules qui contiennent un certain niveau d’œstrogènes peuvent dans certains cas favoriser le développement de thromboses. Par contre, les progestatifs diminuent ce risque. Mais avec les pilules de 3e et 4e générations, les progestatifs sont plus faibles, mais pas assez forts pour couvrir les effets des œstrogènes, ce qui augmente le risque de thromboses.

Le cas de la pilule Diane 35

En France, la pilule Diane 35 a été retirée du marché en raison du risque de thrombose. Il faut savoir que ce n’est pas une pilule classée dans les 3e et 4e générations de contraceptifs oraux. C’est vraiment un produit à part, précise Nancy Royer, un produit qui a été conçu pour traiter l’acné et la perte de cheveux.

Ce produit est toujours disponible au Canada et Santé Canada a décidé de le conserver pour le traitement d’acné sévère. « Nous ne prenons pas au Canada les mêmes décisions qui sont prises en France », explique la Dre Gilbert.

Pour sa part, Édith Gilbert est catégorique. Ce sont des questions qui sont suivies de près par les spécialistes canadiens et québécois : « Au fil des années, on refait le point, mais il est toujours le même : l’augmentation du risque lié aux générations [de contraceptifs oraux] les plus récentes est minime et ne justifie pas les changements de pratique. »

Il n’en demeure pas moins qu’il existe de nombreuses contre-indications à la prise de contraceptifs oraux, notamment les femmes de 35 ans et plus qui fument la cigarette. Mais en respectant ces contre-indications, et en étant alerte aux symptômes à surveiller, la Dre Gilbert tient à souligner qu’il est nettement moins dangereux de prendre ces médicaments que de traverser un boulevard achalandé dans une grande ville.

À retenir

Les symptômes à surveiller quand on prend la pilule :

– jambe gonflée et douloureuse, habituellement d’un seul côté et particulièrement lors de la marche; il peut s’agir d’une thrombo-phlébite.
– douleur d’un côté du thorax accompagnée d’essoufflement important et inexpliqué; c’est peut-être un cas d’embolie pulmonaire.

Si vous ressentez ces symptômes, consultez votre médecin sans tarder.