Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Nanoparticules dans les cosmétiques, nanotoxiques ?

Émission du 3 octobre 2013

Nanoparticule et nanotechnologie sont deux mots que nous devrons inévitablement intégrer à notre vocabulaire scientifique et médical, car nous allons en entendre beaucoup parler dans les prochaines années. Pourquoi? Parce que ces molécules de l’infiniment petit – des dizaines de milliers de fois plus petites que le diamètre d’un cheveu – se retrouvent maintenant dans de très nombreux produits que nous utilisons au quotidien. Le hic, c’est qu’en dépit des indéniables avantages qu’ils représentent, on connaît encore très mal les effets qu’ils pourraient peut-être avoir sur notre santé.

Experts invités :

Isabelle Villeneuve
Directrice scientifique
Laboratoire Dr Renaud

Denis Girard, PhD
Professeur-chercheur
INRS-Institut Armand-Frappier

Des molécules très utiles

Les nanoparticules sont fabriquées à partir de matières inertes connues, comme l’or et l’argent, pulvérisées en si petits fragments que les molécules produites acquièrent des propriétés tout à fait particulières. Avec une si petite taille, les nanoparticules s’avèrent utiles pour de nombreux secteurs industriels. On les utilise par exemple dans la fabrication de vélos, de iPod, de café en poudre et de raquettes de tennis.

L’un des domaines dans lesquels les nanoparticules sont très prisées, c’est l’industrie cosmétique. Le dioxyde de titanium, par exemple, est très utilisé dans les préparations de crèmes solaires, puisqu’il permet d’obtenir des produits qui pénètrent facilement et rapidement dans la peau sans laisser d’indésirables traces blanches.

Laboratoire Dr Renaud est une entreprise qui fait beaucoup de recherches en cosmétologie. L’équipe scientifique de cette compagnie a déjà testé l’utilisation de nanoparticules ce qui leur a permis d’obtenir des résultats intéressants. Mais puisqu’il n’a pas encore été scientifiquement prouvé que ces molécules ne sont pas néfastes pour la santé, l’entreprise a pris la décision, pour l’instant, de ne pas utiliser de nanoparticules dans leurs produits commercialisés.

«Les nanoparticules sont vraiment un fantasme pour l’industrie cosmétique, explique Isabelle Villeneuve, directrice scientifique chez Laboratoire Dr Renaud, parce qu’ils permettent d’améliorer les textures et parce qu’ils pénètrent plus rapidement dans la peau. Il y a donc vraiment beaucoup d’espoirs qui sont placés dans ces nanotechnologies. Par contre, on ne connaît pas encore à 100 % les risques pour la santé qui sont reliés à ces nanoparticules.»

Le risque, précise Mme Villeneuve, c’est que ces molécules pénètrent non seulement à l’intérieur de la peau, mais aussi dans la circulation sanguine et les organes. «Au Canada, on n’est pas tenus de mentionner la présence de nanoparticules sur un produit cosmétique, mais nous, au Laboratoire Dr Renaud, on préfère toujours être prudents. On n’utilisera donc pas de nanoparticules tant qu’on n’aura pas une vue claire de la situation et des risques que ces molécules peuvent engendrer pour la santé.»

La nanotoxicologie

En pleine expansion, les nanotechnologies ont donné naissance à une nouvelle science : la nanotoxicologie. C’est ainsi qu’aux quatre coins du monde, des équipes de recherche ont commencé à étudier les effets potentiellement toxiques de ces molécules. À l’Institut Armand-Frappier de l’Université INRS, notamment, l’équipe de Denis Girard réalise des recherches sur l’impact des nanotechnologies sur les cellules sanguines humaines.

«À cette échelle du nanomètre, la matière acquiert de nouvelles propriétés, explique Denis Girard. On ne suit plus ici les lois de la physique normale. Par exemple, certaines de ces molécules peuvent être très résistantes tout en étant très légères.»

Les propriétés possibles de ces molécules sont multiples et peuvent être utilisées dans tous les secteurs industriels. Dans le domaine de l’alimentation, certaines sont utilisées dans les emballages alimentaires en raison de leurs propriétés antibactériennes, tandis que d’autres vont donner de la texture au ketchup. Dans le domaine de la construction, certaines molécules peuvent être utilisées pour empêcher les fenêtres de s’embuer.

Mais ces molécules peuvent-elles représenter un danger? «On nage encore dans l’inconnu, reconnaît M. Girard. Au sujet du dioxyde de titanium utilisé dans les crèmes solaires, par exemple, certains disent que ce n’est pas si grave et que si les molécules ne pénètrent pas trop profondément dans la peau, celle-ci va simplement se renouveler. Mais le Centre international du cancer a tout de même mis le dioxyde de titanium comme étant un agent potentiellement cancérigène. C’est extrêmement prudent et c’est bien de lever le drapeau pour sensibiliser la population à ce produit qui pourrait être cancérigène.»

Parmi les troubles de santé qui pourraient être causés par des nanoparticules, l’équipe de Denis Girard s’intéresse tout particulièrement à l’inflammation. «L’inflammation, c’est une réponse normale à un corps étranger, explique le chercheur. C’est ce qui fait par exemple qu’on de la fièvre, pour une infection normale qui se résorbe par elle-même. Le problème, c’est que si le problème ne se résorbe pas normalement, on peut avoir des troubles d’inflammation chronique.»

Des risques bien réels, mais encore méconnus chez l’humain

Pour y voir plus clair dans cette délicate question, l’équipe de Denis Girard a entrepris un vaste projet de recherche visant à identifier quelles sont les nanoparticules qui possèdent des propriétés inflammatoires ou non. «L’originalité de notre projet, c’est d’utiliser du sang humain, précise M. Girard. C’est ce qui va nous permettre de développer un outil pour la gestion de risques éventuels.»

«On ne connaît pas vraiment comment les nanoparticules se comportent dans le corps humain, ajoute-t-il. Par contre, chez l’animal, ou dans des cellules en culture, on a des preuves que les nanoparticules peuvent entrer dans les cellules. Il faut comprendre que les nanoparticules ont un diamètre très proche de celui de certaines de nos structures cellulaires. Elles pourraient donc interférer avec certaines fonctions de nos cellules, par exemple altérer l’ADN et créer des effets tumoraux.»

«Il n’y a pas lieu de paniquer, conclut M. Girard, mais il y a lieu de s’interroger et de s’inquiéter à long terme, car on ne connaît pas encore les effets potentiellement toxiques d’exposition à long terme aux différentes nanoparticules.»