Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La santé des genoux, un défi de santé publique

Émission du 10 octobre 2013

Les chirurgies de la hanche et du genou sont considérablement en hausse au Canada depuis une quinzaine d’années. Et même si les statistiques actuellement disponibles datent de quelques années déjà, on sait que le nombre de chirurgies a doublé de 1995 à 2005. La tendance s’est certainement maintenue depuis.

Le genou est vraiment une articulation très particulière : c’est la plus grosse articulation de tout le corps humain et elle est vraiment très sollicitée, en plus de fonctionner selon un mécanisme assez complexe. Dans certaines situations, le genou peut supporter jusqu’à cinq fois le poids du corps. Et lorsque le genou est très endommagé, à la suite d’un accident ou de problèmes d’arthrose, il n’est pas rare qu’il faille installer une prothèse pour le remplacer. Heureusement, ce type d’opération a beaucoup évolué au cours des dernières années. Les prothèses d’aujourd’hui sont beaucoup plus perfectionnées, tout comme les techniques de chirurgie.

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est un pôle de recherche très actif dans le domaine de la chirurgie orthopédique. Le Dr Vincent Massé, lui-même chirurgien orthopédiste, travaille avec ses collègues sur plusieurs projets de recherche afin d’améliorer les prothèses et les techniques de chirurgie, et de mieux répondre aux besoins actuels de la population.

«L’arthrose du genou, et les douleurs au genou en général, représentent un gros problème de santé publique, explique-t-il, notamment parce que nous avons une population vieillissante. Nous avons des patients qui ont été très actifs toute leur vie, comme les baby-boomers, qui ont fonctionné beaucoup. Ce sont des personnes qui ont fait du jogging et d’autres activités très intenses – beaucoup plus intenses que ce qu’on pouvait faire dans le passé – et qui désirent conserver ce niveau de fonction-là et revenir à des activités beaucoup plus importantes que seulement aller marcher au coin de la rue.»

Deux patients aux genoux minés par l’arthrose

Robert Bélanger fait partie de cette clientèle. Sportif aguerri, il a toujours mené une vie active, mais il a dû subir deux interventions chirurgicales aux genoux au début des années 1980. À l’époque, les médecins l’avaient avisé qu’il développerait fort probablement de l’arthrose à l’intérieur d’une période de dix ans. Heureusement pour lui, il a eu vingt ans de grâce et la douleur n’a commencé qu’en 2010. Les dommages sont toutefois tels qu’il a dû cette année subir deux nouvelles interventions chirurgicales, une pour chaque genou.

Pour sa part, Louise Gauthier a mal aux deux genoux depuis cinq ans. Tout est devenu difficile pour elle : faire du vélo, marcher, demeurer en position debout longtemps, monter et descendre les escaliers… elle a même dû mettre une croix sur les longues promenades au bord de l’eau qu’elle affectionnait beaucoup. Dans son cas, c’est vraiment l’arthrose qui est à la source du problème : il n’y a plus de cartilage pour séparer les deux surfaces osseuses qui forment le genou. Conséquences : les jambes sont arquées et tout le poids du corps est réparti sur une seule portion du genou.

Lui aussi chirurgien orthopédiste à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr Pascal-André Vendittoli nous explique que les causes de l’arthrose précoce sont principalement la surutilisation des articulations à la suite de blessures sportives, d’une blessure au travail ou de l’embonpoint. Par contre, avec le vieillissement, il est considéré comme normal de développer de l’arthrose.

Les personnes sportives comme M. Bélanger sont-elles plus à risque de développer de l’arthrose? «C’est difficile d’associer le fait de faire de l’exercice avec l’arthrose comme telle, répond le Dr Vendittoli, mais ce sont beaucoup plus les blessures qui surviennent lors de l’activité physique qui sont en cause. Par exemple une déchirure méniscale, un bris ligamentaire dans l’âge moyen en pratiquant le ski ou le tennis, par exemple. On sait que ces blessures sont associées à moyen ou à long terme à l’usure ou à l’arthrose précoce du genou, peut-être dans la cinquantaine.»

Une spécialité chirurgicale

L’unité de chirurgie orthopédique de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont a développé une spécialité dans le domaine de la reconstruction pour les patients jeunes et actifs, ainsi que pour toutes les chirurgies complexes. On y traite notamment, en première chirurgie, des patients qui ont des déformations osseuses ou des séquelles de maladies d’enfance, ainsi que des cas de reconstructions complexes pour les patients qui ont besoin de soins plus avancés, en deuxième et troisième chirurgies.

«Pendant longtemps, les plus jeunes patients ont été mis de côté quand ils avaient un diagnostic d’arthrose, explique le Dr Massé, parce qu’on ne savait pas comment les traiter, car les implants ne duraient pas assez longtemps. On essayait donc de retarder le plus longtemps possible les premières chirurgies pour ne pas avoir à les réopérer à de nombreuses reprises.» Encore aujourd’hui, plusieurs hôpitaux préfèrent ne pas opérer les patients âgés de moins de 65 ans. Ce n’est pas le cas à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont : l’équipe de chirurgie-orthopédie n’utilise pas vraiment l’âge, mais plutôt les symptômes, pour décider si une opération est justifiée ou non.

«On peut opérer des patients assez jeunes – même dans la trentaine –, précise le Dr Massé, mais on va essayer de retarder, si on le peut, avec plusieurs autres moyens. Mais on n’utilisera pas seulement l’âge comme critère de décision justifiant une chirurgie.»

Quand la chirurgie devient la seule option

Au cours des années, Louise Gauthier a essayé divers types de traitements pour retarder le développement de l’arthrose. Pendant quelques années, elle a reçu des injections. Les médecins lui ont ensuite prescrit des anti-inflammatoires, mais finalement, plus rien ne fonctionnait. Il y a quelques mois, l’option de la chirurgie s’est présentée à elle : «Je me suis dit “OK là c’est vrai. Je ne recule plus, je dois avancer.”«

Le jour de l’opération, notre équipe était sur place pour filmer l’opération (voir la vidéo de notre reportage). L’objectif : remplacement articulaire du genou pour changer les surfaces articulaires usées d’un genou naturel. Mme Gauthier aura la chance de bénéficier d’une nouvelle génération de prothèse, ainsi que des nouvelles techniques de chirurgie beaucoup plus performantes.

Des chirurgies à la fine pointe de la technologie

«Plusieurs changements se sont opérés dans les dernières années en matière de remplacement total du genou, explique le Dr Vendittoli. D’abord au niveau de l’installation de la prothèse, les instruments disponibles se sont bonifiés et nous permettent d’avoir des chirurgies plus précises.» Parmi les diverses nouveautés, le Dr Vendittoli cite le fait que les chirurgies sont maintenant assistées par ordinateur, ce qui facilite le travail des chirurgiens. La taille et la forme des implants sont aussi beaucoup plus flexibles qu’autrefois : «Il y a 30 ans, les prothèses étaient disponibles en quatre grandeurs, ajoute le Dr Vendittoli, maintenant on peut avoir des prothèses qui vont être disponibles en 12 grandeurs.»

Les nouveaux implants permettent notamment aux patients de réduire les douleurs post-opératoires et d’obtenir une sensation qui s’approche davantage de celle du genou naturel.

Après la chirurgie

Dans le cas de Robert Bélanger, la récupération a été très rapide à la suite de ses deux opérations de remplacement du genou. Pour la première, il faisait du ski de fond à peine six semaines après l’opération tandis qu’après la seconde, il fonctionnait normalement à peine deux semaines plus tard. Il s’était par contre efforcé, sous les conseils de l’équipe orthopédique, de suivre un rigoureux programme d’entraînement, avant et après l’opération, pour muscler encore plus ses jambes afin de renforcer la réadaptation. Bonne nouvelle : si tout se passe bien, ses prothèses n’auront pas besoin d’être changées avant 15 ou 20 ans.

Le Dr Massé nous explique que la recherche scientifique s’intéresse non seulement à la chirurgie en tant que telle, mais également aux traitements post-chirurgie : «Il y a beaucoup de recherches sur l’évaluation des patients post-chirurgie, pour essayer d’augmenter et d’améliorer leurs résultats après la chirurgie, que ce soit pour modifier les incisions, pour obtenir des incisions plus petites desquelles les patients vont récupérer plus rapidement et retourner plus vite à leurs activités et avoir des douleurs moins importantes après la chirurgie.»

La chirurgie n’est bien sûr utilisée qu’en derniers recours, et c’est pourquoi les chercheurs s’intéressent également aux techniques qui permettent de retarder le développement de l’arthrose, afin d’éviter ou de retarder le plus possible la chirurgie : les différentes injections médicamenteuses, ainsi que les suppléments permettant de diminuer les symptômes et diminuer la progression de l’arthrose font partie des avenues étudiées. «Mais encore là, c’est du domaine de la recherche», précise le Dr Massé.

Une autre nouveauté technologique

L’équipe s’intéresse également à évaluer les processus mécaniques qui pourraient prédisposer un patient à développer de l’arthrose. L’appareil KneeKG est l’un des outils utilisés à cette fin. Il s’agit en fait d’un appareil non invasif qu’on place autour du genou d’un patient, par-dessus la peau, explique le Dr Massé. Lorsque le patient marche sur un tapis roulant, son mouvement est reproduit à l’ordinateur, ce qui va permettre à l’équipe d’évaluer la flexion, l’extension et la rotation de son genou. L’évaluation cinématique permet à l’équipe d’identifier les problèmes mécaniques, d’alignement ou de fonctions musculaires, qui pourraient être corrigés afin de diminuer le développement de l’arthrose ou améliorer l’efficacité d’une intervention chirurgicale.

Pour le moment, toutes ces technologies ne sont offertes que dans le cadre d’un projet de recherche. Mais elles pourraient éventuellement devenir accessibles dans d’autres hôpitaux si elles s’avèrent efficaces. L’équipe Maisonneuve-Rosemont n’est d’ailleurs pas la seule à creuser la recherche dans le domaine : d’autres chercheurs au Québec étudient ces problématiques sous un angle différent, notamment en utilisant les cellules souches pour aider les tissus à se régénérer.

«On espère qu’un jour on n’aura plus besoin de remplacer des genoux, conclut le Dr Massé. J’espère qu’un jour je serai à la retraite, pour ça, mais je pense qu’on est encore loin de là. Je pense que si le développement continue, au niveau de recréer le cartilage ou de prévenir son usure, on sera peut-être capable de retarder de façon importante le besoin de prothèses et, à ce moment-là, on n’aura peut-être plus besoin de les remplacer.»