Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Geneviève Morin-Dupont, passionnée de théâtre

Émission du 17 octobre 2013

Depuis la sortie du film «Gabrielle», on a beaucoup entendu parler de l’école Les Muses. Il s’agit d’une école spécialisée fondée en 1997 qui a formé, depuis sa création, une centaine de comédiens touchés par différents handicaps. Geneviève Morin-Dupont, une jeune trisomique de 31 ans, a été formée à cette école. Le public l’a d’ailleurs vue dans quelques productions, notamment dans le film Gabrielle dans lequel elle tient un rôle secondaire, mais aussi dans la série Unité 9. Rencontre avec une passionnée de théâtre.

Une passion pour le théâtre

Quand on voit et entend Geneviève Morin-Dupont pratiquer un texte de théâtre, il est difficile de croire qu’elle est atteinte d’une véritable déficience intellectuelle. Bien sûr, son apparence physique et son élocution la trahissent, mais on est avant tout happé par la force et l’intensité de son jeu.

Hélène Morin, sa mère, décrit Geneviève comme une personne fonceuse et déterminée. «Ses champs d’intérêt sont nombreux. Elle s’intéresse au théâtre au travers de l’histoire : le théâtre grec, classique, québécois, contemporain… Elle s’intéresse même à lire sur le théâtre, en plus de s’intéresser à la science. Elle ne s’ennuie jamais. Je la vois rarement s’ennuyer… Elle est toujours intéressée par quelque chose.»

Les exigences du métier

Au fil de ses expériences de jeu ainsi que de sa formation à l’école Les Muses, Geneviève a eu à mémoriser un très grand nombre de textes. «Au niveau de la mémoire, Geneviève est pas mal bonne, souligne sa mère. Elle apprend ses textes seule. Je n’interviens jamais là-dedans. Parfois, elle a de grands bouts de texte d’un trait et elle les apprend. Elle a sa façon à elle de travailler ses textes.»

Le principal défi de Geneviève demeure toutefois de pratiquer son élocution et son débit, ce qui l’amène parfois à pratiquer ses textes avec un bouchon de liège dans la bouche.

Un parcours étonnant

La belle histoire de Geneviève a commencé à l’école Rose-des-vents, une école alternative qu’elle a fréquentée pendant son enfance, et où elle a eu la chance d’être inscrite dans une classe régulière. Elle y a fait ses premières expériences de théâtre avec les autres enfants. À l’âge de 13 ans, tout s’accélère : elle a été appelée par une agence de casting qui cherchait une jeune trisomique pour le film Une petite fille particulière coproduit avec la France. Lorsque le réalisateur Jean-Pierre Prévost l’a vue en audition, il s’est tout de suite exclamé : «Voilà! C’est elle! Une actrice est née!»

Après cette première expérience cinématographique, Geneviève s’est inscrite à des sessions de formation, notamment à l’école Les Muses, un centre d’arts de la scène dédié aux artistes ayant des handicaps. Et près de 20 ans plus tard, Geneviève cumule les expériences, au cinéma, au théâtre et dans des séries télé comme Annie et ses hommes, Virginie et Tout sur moi.

Pour sa mère Hélène Morin, Geneviève est la source d’une grande fierté : «Je trouve qu’elle travaille beaucoup et les résultats sont considérables. Ça va même au-delà de ce que j’aurais pu penser. Mais j’ai toujours cru en elle et je me suis toujours dit “Sky is the limit”. Alors on pousse, on pousse. Les gens qui travaillent avec elle ont été exigeants et ça donne des résultats.»

Des exigences élevées

Richard Gaulin fait partie de ceux qui poussent Geneviève à se dépasser. Comédien et enseignant à l’école Les Muses, il nous explique qu’il travaille avec les personnes déficientes comme avec tout autre acteur en formation. «J’essaie le moins possible de faire une distinction avec eux, car ils sont là pour apprendre et intégrer le marché du travail en tant que professionnels. C’est ce qui importe le plus.»

«Moi, je suis convaincue que le fait d’être exigeant ça contribue beaucoup à son développement, ajoute Hélène Morin, et ça lui fait comprendre qu’elle est capable de rendre la marchandise par rapport aux attentes qu’on a face à elle.»

Trouver sa voie

«Moi, je pense que c’est positif parce qu’elle est heureuse dans tout ça, conclut sa mère. Elle est bien là, elle s’accomplit et elle a envie d’aller toujours plus loin. C’est comme pour n’importe qui : quand tu es à ta place, tu es bien dans ta peau, c’est au même titre que quelqu’un qui a trouvé le bon métier. Et elle est chanceuse, parce que ce n’est pas tout le monde qui trouve ça, même dans notre société et même dans la population en général, il y a plein de gens qui font un travail qu’ils n’aiment pas.»

À voir Geneviève jouer, on n’a aucun doute qu’elle a réellement trouvé sa voie…