Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Massimo Di Villadorata : acupuncteur et maître aikido

Émission du 16 novembre 2006

Le terme aïkido est composé de 3 kanji (ou ensemble). Le «ai» : du verbe «au» signifie concorder, harmoniser. Le «ki» veut dire «énergie», alors que le «do» faire référence à la «voie». Pour faire une phrase simple, aïkido peut donc se traduire par «la voie de la concordance des énergies».* 

Né en Italie, il venu à Montréal en 1967 pour décider rapidement d’y rester. À cette époque, il n’y avait aucune école d’aïkido au Canada. Il a donc décidé d’en ouvrir une, l’Aïkikai de Montréal, qui aura 40 ans l’an prochain. Massimo est aussi acteur de formation et metteur en scène. Poussé d’abord par la curiosité, il s’inscrit à des cours d’acupuncture en 1978, ce qui l’amène en Chine. De retour au Canada, il ouvre sa propre clinique d’acupuncture, vers 1980. À cette époque, la pratique de l’acupuncture n’était pas légale au Canada et il a beaucoup travaillé à la reconnaissance de cette profession. Depuis ce temps, il n’a jamais cessé d’approfondir ses deux passions en travaillant 3 jours par semaine en clinique d’acupuncture et en donnant des cours d’aïkido 2 soirs par semaine. 

Voici quelques extraits d’un entretien qu’il a bien voulu nous accorder. Portrait d’un homme philosophe au parcours insolite!

Tout d’abord, comment avez-vous découvert l’aïkido?

Quand j’étais très jeune, je faisais du judo et, un jour, un maître japonais est venu faire une démonstration d’Aïkido. Mon instructeur de judo, je ne sais pas pourquoi. m’avait choisi comme Ouké, c'est-à-dire celui qui attaque, pour permettre au maître de démontrer les différentes techniques. Ça m’a impressionné énormément, probablement parce que le maître m’a secoué dans tous les sens. J’étais complètement en son pouvoir, mais en aucun moment me suis-je senti en danger. Il avait le contrôle total. J’ai pensé que c'était là l’art martial idéal dans le sens qu’on ne cherche pas à détruire, mais à contrôler l’adversaire.

Et votre initiation à l’acupuncture?

Par curiosité! J’ai suivi un cours d’acupuncture pour m’amuser. Je trouvais absolument ridicule l’idée qu’on puisse planter des aiguilles et soigner du monde. Pendant le cours, à ma grande surprise, j’ai constaté qu’il y avait un intérêt du point de vue thérapeutique, mais je me suis rendu compte aussi que le niveau d’enseignement était assez limité. Je suis donc parti pour la Chine. C’était en 1980. On m’a dit que ce n’était pas possible, que ce n’était pas ouvert aux étrangers. Non - ce n’est jamais une réponse. Je suis donc revenu à la charge et j’ai finalement été accepté. Là bas, je me suis rendu compte que les effets thérapeutiques de l’acupuncture étaient réels. De retour à Montréal, j’ai ouvert ma propre clinique, et bon, je suis encore là…

Ça fait 25 ans que vous pratiquez - qu’est-ce qui fait que vous avez eu un tel coup de cœur pour l’acupuncture?

Écoutez, en Italie quand j’ai fini mes études, on m’a fait passer des tests psychologiques et, selon les résultats, j’étais doué pour devenir médecin. La chose m’a fait rire parce que moi les malades je n’aime pas ça; le sang, j’ai horreur de ça, donc j’ai oublié la chose en la trouvant ridicule. Trente ans après, je me trouve là. C’est le destin. Je trouvais fascinant la relation entre le corps et l’esprit, dans le sens qu’on ne peut pas être malade dans l’esprit sans être malade dans le corps et vice versa. C’est aussi le concept du corposa, le corps est sain quand l’esprit est sain. C’est un défi parce que chaque jour est différent, chaque patient est différent, c’est toujours une découverte.

Quel est le lien, selon vous, entre l’Aïkido et l’acupuncture?

C’est l’effort de trouver un équilibre, un ordre dans la vie, dans le corps, dans la façon de guérir, dans la façon de s’amuser, dans la façon de s’exprimer. La vie va en avant, l’énergie va en avant, l’enthousiasme va en avant, la joie va en avant. La tristesse va en arrière, ce qui ne fonctionne pas va derrière. Dans l’Aïkido, on tente de créer cette énergie qui fait aller vers l’avant. Dans l’acupuncture, il n’y a pas d’ennemi, l’adversaire n’est pas celui qui attaque, mais la maladie. Donc, si on peut mettre les organes, les fonctionnements, les rythmes du corps à l'ordre, c'est ça qui s’appelle la santé. La santé, c'est un état subjectif; la paix, c'est un état subjectif. Il n’y a pas d'objectivité; la maladie est toujours là, l’agression est toujours là.

Vous avez trouvé un équilibre aussi entre l’Aïkido et l’acupuncture?

Il y a toujours eu l’équilibre, seulement, on s’adresse à des individus différents. L’élève, en Aïkido, c’est une personne qui, par définition, est en santé, est pleine d’énergie et autonome. Le patient, en acupuncture, par définition, a besoin d’aide. On parle toujours du «chi», ou du «ki» en japonais – l’énergie vitale ou, si vous préférez, de l’adaptation de l’individu à son environnement. C'est le «chi», mais c’est aussi la guerre. Rester en santé, c’est être en guerre contre la maladie. Se défendre, c’est être en guerre contre la violence. Donc, le parallèle est le même.

Par exemple, vous allez me dire que le vent souffle, mais ce n'est pas vrai : le vent ne souffle pas, le vent est aspiré. Il y a une baisse en zone de basse pression, le vent rentre. Pour la maladie, c'est la même chose : il y a un moment de faiblesse dans la défense de l’organisme et on tombe malade. La violence, c'est la même chose; la violence on la laisse rentrer pour des circonstances différentes, donc l’idée c’est qu’un corps en santé ne sera pas malade, un esprit en santé ne sera pas attaqué. Évidemment, ça c'est la théorie; dans la vraie vie, c'est un peu plus complexe que ça.

En matière de santé, quel conseil donneriez-vous?

Oh, la prévention! Mangez correctement. Amusez-vous! La chose plus importante, c’est soyez sûr de vous amuser! N’exagérez pas, ne mangez pas trop, ne buvez pas trop, tout en modération. Tout le monde sait comment être en santé, voyons, c'est le bon sens! Mais, je suis convaincu qu’une personne heureuse est plus en santé qu'une personne malheureuse, donc, c'est une bonne idée se tenir occupé : c'est la curiosité, c'est la joie de vivre, c'est la volonté d’apprendre, la volonté de faire, la volonté de continuer à vivre, c'est ça le «chi», c'est ça l'énergie, c'est le désir d’aller en avant, ça vous tient en santé.

Donc on est responsable de sa santé? Est-ce que ça fait partie de votre philosophie de vie de dire qu’on est responsable?
Oui, définitivement, il faut assumer la responsabilité de ce qui nous arrive «nerver complain, never explain, never regret», je ne sais pas comment le traduire en français : jamais se trouver des excuses, jamais se plaindre et ne jamais regretter.

 * Source : Aïkikai de montréal
                www.montrealaikikai.qc.ca