Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Véronique Lalande : une citoyenne mobilisée contre la pollution de son quartier

Émission du 24 octobre 2013

On assiste souvent au soulèvement de citoyens qui soutiennent que leur environnement immédiat est responsable de la détérioration de leur état de santé. Mais c’est plutôt rare que des problèmes de santé soient directement reliés à une cause environnementale. Et comme ces citoyens s’opposent souvent à de grandes multinationales, il leur est difficile de remporter la victoire. Mais Véronique Lalande, dans le quartier Limoilou, a réussi ce tour de force.

Un quartier poussiéreux

C’est avec un grand bonheur que Véronique Lalande et son conjoint Louis Duchesne ont fait le choix de décider de s’installer dans le quartier Limoilou, près du Port de Québec. Mais très peu de temps après leur emménagement, ils ont constaté que le quartier était vraiment très poussiéreux. Un matin, marchant sur la rue avec son bambin dans la poussette, Véronique réalise que le petit a les mains et le visage couverts de rouge. Surprise, elle regarde autour d’elle et découvre avec stupéfaction que tout le quartier est recouvert de poussière rouge.

C’est pour elle le déclencheur d’une réelle indignation. «Je me suis dit : “Ça suffit!”, raconte-t-elle. “On vient de transformer mon quartier au complet en réplique de la planète Mars et je n’accepte pas ça. On va savoir d’où ça vient et un moment donné, ça va arrêter!”»

Certains auraient pu voir cette pollution comme une fatalité, mais Véronique et Louis ont plutôt choisi la voie de la mobilisation. Forts de l’expertise professionnelle de Louis, chercheur dans le domaine des polluants et des changements climatiques, ils ont entrepris d’échantillonner et de faire analyser la poussière de leur quartier. Résultat : une poussière de rue avec des concentrations de métaux lourds beaucoup plus élevés que dans la poussière d’autres villes. Le nickel, le fer, le cuivre et le zinc figuraient en tête de liste. Or, il s’agit des quatre minerais les plus manutentionnés au Port de Québec.

Des effets sur la santé

Poursuivant leurs recherches et leurs démarches, Véronique et Louis ont réussi à documenter les effets possibles de ces métaux sur la santé des gens qui y sont exposés. Pour le nickel, les effets peuvent aller des problèmes cutanés, comme une dermatite de contact ou l’eczéma, à des problèmes respiratoires chroniques comme l’asthme, même chez les gens habituellement en bonne santé. Véronique peut d’ailleurs elle-même témoigner de ces effets, puisque ses allergies se sont sérieusement aggravées depuis qu’elle a emménagé dans le quartier.

Mère d’un jeune bébé qui marche encore à quatre pattes, Véronique est encore plus inquiète de l’effet de ces contaminants sur son enfant, puisque comme tous les bambins, son petit met beaucoup ses mains dans sa bouche. «Oui, on est très inquiets, insiste-t-elle, parce que c’est notre milieu de vie. C’est là qu’on a choisi de vivre. On n’a pas le choix d’agir. Ça se passe dans mon milieu, sur ma tête, tous les jours.»

Une mobilisation citoyenne

Armés de ces résultats inquiétants, Véronique et Louis ont entrepris de mobiliser les citoyens du secteur et d’alerter les autorités publiques. Au départ insensible à leurs doléances, la Ville de Québec a finalement accepté de leur prêter une oreille attentive lorsqu’elle a senti que la voix des contestataires prenait de l’ampleur, notamment lors de journées de manifestations auxquelles se sont joints des résidents provenant d’autres quartiers.

Au départ elle aussi réticente à attaquer le dossier, la Direction de santé publique a finalement reconnu que les taux de concentration de nickel dans le quartier Limoilou dépassaient entre trois à six fois la norme québécoise.

La ville de Québec a quant à elle décidé de mettre sur pied le Comité vigilance Port de Québec sur lequel siège désormais Véronique. Le comité travaille à faire modifier certaines pratiques de compagnies qui font du transport de marchandises en vrac, afin que les marchandises soient couvertes pour éviter la dispersion des poussières. La Ville a également promis que 24 millions de dollars seraient investis en plantations massives d’arbres, ce qui devrait aider à assainir l’air du quartier.

Concrètement, les efforts de Véronique et Louis ont déjà commencé à porter fruit : les taux de nickel dans le quartier ont passé de 72 à 21 nanogrammes par mètre cube. Mais la route à parcourir demeure longue pour assainir véritablement le quartier puisque plusieurs agences de santé publique soutiennent que le seuil de nickel acceptable est de 2 nanogrammes par mètre cube.

Se tenir debout

Il va sans dire que Véronique et Louis ont souvent songé à déménager. Mais ils n’ont pas envie de vendre leur maison à une autre famille qui se retrouvera avec les mêmes problèmes de santé. Et plutôt que de s’exiler ailleurs, ils ont plutôt choisi de revendiquer le droit des citoyens de vivre dans une ville saine, et ce, malgré la proximité du port. «À long terme, un port en zone urbaine, c’est possible, soutient Véronique, mais il va falloir que tout soit fait de manière à limiter les impacts. C’est ça la solution. Un port qui prend ses responsabilités; ça existe ailleurs dans le monde.»

«En se prenant en mains et en décidant de devenir des acteurs, de transformer notre frustration en indignation saine qui nous met en mouvement, il se passe quelque chose psychologiquement. Et ça, ça a été vraiment bénéfique même si au quotidien on continue à être victimes de cette agression»

«Quand je vais aller me promener avec mon bébé et que je n’aurai pas à nettoyer ma poussette au complet, je vais savoir que le problème est réglé, conclut-elle. Mon objectif à long terme c’est ça : pouvoir vivre, faire mes activités et ne pas à avoir au quotidien à m’inquiéter de ce qui se passe dans mon milieu de vie, parce que mon milieu de vie va être redevenu compatible avec les fonctions d’élever une famille.»