Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La pilule pour hommes verra-t-elle le jour ?

Émission du 7 novembre 2013

En 2012, des chercheurs de l’Université d’Édimbourg ont découvert le gène Katnall-1, responsable chez la souris de la maturation des spermatozoïdes. Avec cette découverte, plusieurs croient que la pilule contraceptive pour hommes pourrait voir le jour d’ici 5 ou 10 ans. Mais est-ce vraiment plausible? Peut-on imaginer qu’un contraceptif oral masculin serait bientôt disponible? Notre équipe est allée poser la question à deux spécialistes.

Experts invités :

Jean-Yves Dionne
Pharmacien

Sophie Morin
Sexologue consultante

Pas demain la veille

Malgré l’engouement suscité par cette découverte des chercheurs de l’Université d’Édimbourg, Jean-Yves Dionne est d’avis qu’il faudra fort probablement faire preuve de beaucoup de patience avant d’assister à la commercialisation d’une telle pilule.

Car il faut se rappeler qu’il ne s’agit pour le moment que d’une découverte génétique : l’identification d’un gène responsable de la maturation des spermatozoïdes. Le principe d’une éventuelle contraception masculine issue de cette découverte serait donc de trouver une substance capable d’inhiber cette maturation des spermatozoïdes, pour ainsi les rendre inaptes à nager efficacement et à féconder un ovule. Mais pour découvrir une telle substance, il faut selon lui prévoir une bonne dizaine d’années de recherches scientifiques. Et une fois cette substance identifiée, il faudra ensuite faire toutes les études nécessaires pour s’assurer que cette substance est sécuritaire, qu’elle n’entraînera pas d’effets secondaires toxiques. Ce n’est donc pas demain la veille qu’on assistera à la commercialisation de contraceptifs oraux masculins.

D’autres essais dans le passé

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des scientifiques explorent cette avenue de contraception masculine, nous explique Jean-Yves Dionne. L’une de ces tentatives a été initiée en Chine avec le gossypol. Il s’agit d’un dérivé d’une huile de coton qui entraîne une diminution du nombre de spermatozoïdes. Mais ce que les études ont révélé, c’est que son utilisation entraîne certains effets toxiques au niveau du foie, en plus de générer une stérilité permanente, ce qui n’est pas nécessairement souhaité avec la contraception.

Le développement d’un vaccin a également été expérimenté par certains chercheurs, afin de stimuler la production d’anticorps contre les spermatozoïdes. Mais encore là, la stérilité créée risquait de devenir permanente puisqu’il était difficile de renverser l’effet thérapeutique.

Dans un spectre plus farfelu, certains ont imaginé un caleçon chauffant qui permettrait également de réduire la fertilité masculine, mais cette avenue n’a jamais été sérieusement envisagée pour une commercialisation.

Sur le terrain

Mais au-delà de toutes ces recherches scientifiques, les hommes sont-ils prêts à prendre la pilule contraceptive? Et surtout les femmes sont-elles prêtes à laisser cette responsabilité entre les mains de leurs partenaires? Sophie Morin, sexologue consultante, en doute sérieusement : «Dans la réalité, je crois qu’il y a beaucoup de femmes qui ne seraient pas nécessairement prêtes à laisser aller cette responsabilité-là.»

Jean-Yves Dionne croit lui aussi qu’une éventuelle pilule contraceptive masculine risquerait de se heurter à des résistances chez les hommes et chez les femmes. Ces résistances risquent d’ailleurs, selon lui, de sérieusement freiner l’élan des compagnies pharmaceutiques qui pourraient hésiter à investir les millions de dollars en recherche et développement dans le développement d’un produit qui pourrait être boudé par les consommateurs. «Est-ce que ça va aboutir un jour? Dieu seul le sait!»