Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Reconstruction mammaire après un cancer

Émission du 7 novembre 2013

Chaque année au Québec, près de 6000 femmes reçoivent un diagnostic de cancer du sein. Mais ce cancer n’est toutefois plus le tueur qu’il a déjà été. À preuve, depuis 1986, le taux de mortalité a diminué de 42 %, principalement en raison de l’amélioration des traitements offerts aux femmes qui en sont victimes.

Parmi toutes ces patientes, près d’une femme sur quatre devra subir une mastectomie totale ou partielle. Or, contrairement aux femmes de la majorité des pays à revenu élevé, les Canadiennes seraient moins nombreuses à avoir recours à la reconstruction mammaire. Pourtant, des spécialistes pensent que les femmes pourraient être beaucoup plus nombreuses à considérer cette intervention si on leur donnait toute l’information adéquate.

Anna Capobianco-Skipworth n’en revient tout simplement pas : après avoir traversé deux cancers du sein au cours desquels elle a successivement dû subir deux mastectomies totales, la voici maintenant de retour dans une boutique de lingerie pour faire l’acquisition de nouveaux soutiens-gorge! «J’ai pris le C du cancer et je l’ai transformé en C de bonnets de brassières!» dit-elle en riant.

Anna avait 41 ans lorsqu’elle a appris, pour une première fois, qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Elle se souvient encore du choc très intense qu’elle a encaissé en apprenant la nouvelle. À peine après avoir subi une première chirurgie, Anna a appris qu’elle devrait subir une mastectomie radicale modifiée. «Ça, je ne m’y attendais pas. Mais la première chose que je me suis dit, c’est “Ce n’est pas grave. On m’enlève le cancer”. Et tout de suite, je me suis rentré ça dans la tête : “On m’enlève le cancer. On me sauve la vie. Le cancer est dans mon sein. Ce n’est pas grave. Je vais survivre et c’est ça qui compte.”»

Chirurgienne générale en oncologie et spécialiste en chirurgie des seins, la Dre Dominique Synnott est une médecin extrêmement engagée dans le traitement du cancer du sein. Elle nous explique que la décision de procéder à une mastectomie totale est prise de concert entre un chirurgien et sa patiente. Lorsque les femmes apprennent qu’il sera impossible de préserver une esthétique adéquate du sein en raison des traitements oncologiques, elles sont habituellement surtout préoccupées par le traitement du cancer : «Tout ce qu’elles veulent, c’est que le cancer s’en aille, soutient-elle. Oui, c’est certain que c’est une mauvaise nouvelle, mais les femmes acceptent très bien cette décision-là malgré tout.»

Un drame pour l’image de soi

En dépit de leur désir de survivre au cancer avant tout, il n’en demeure pas moins que les femmes qui doivent subir une mastectomie sont habituellement très bouleversées par cette nouvelle, puisqu’elle les touche en plein cœur de leur féminité et de leur image corporelle.

Elle-même survivante d’un cancer du sein, Huguette Matteau accompagne des femmes qui traversent cette épreuve avec des suivis téléphoniques et des jumelages. Et elle témoigne que celles-ci sont très nombreuses à la questionner sur les implications esthétiques ainsi que sur la reconstruction mammaire. Par une écoute attentive et le partage de son expérience personnelle, elle les amène graduellement à accepter cette idée, pour réaliser que c’est leur santé et leur survie qui passent avant tout.

Deux types de reconstruction possible

La majorité des femmes qui doivent subir une mastectomie n’ont pas d’autres choix que de se résigner à vivre avec un sein en moins, ou même sans seins du tout. Elles auront plus tard la possibilité de recevoir une reconstruction mammaire, lorsque l’horaire du chirurgien-plasticien et les disponibilités des salles d’opération le permettront. Mais elles devront souvent faire preuve de beaucoup de patience, car le cancer disparu, l’opération n’est plus urgente et n’est plus qu’une question d’esthétique. Donc bien loin dans la liste de priorités d’un hôpital. On parle alors d’une reconstruction mammaire tardive.

D’autres patientes ont toutefois plus de chances puisqu’elles se font offrir la possibilité de recevoir une reconstruction mammaire simultanée. Pour la Dre Synnott, c’est maintenant devenu une formalité d’offrir systématiquement une reconstruction mammaire simultanée à toutes ses patientes qui devront subir une mastectomie totale.

La Dre Synnott déplore d’ailleurs que les femmes ne soient pas davantage informées de la possibilité de bénéficier d’une reconstruction simultanée en même temps que leur mastectomie : «Sincèrement, je ne pense pas que la majorité des femmes refusent d’avoir une reconstruction. Je pense simplement qu’elles ne sont pas au courant et qu’elles n’y ont pas accès parce qu’on ne leur a tout simplement pas offert.»

Certes, plusieurs patientes ne sautent pas de joie immédiatement à l’idée de bénéficier d’une reconstruction mammaire simultanée, mais pour la Dre Synnott, il est important que les femmes soient rapidement informées de cette option pour ensuite faire un choix éclairé.

Une opération supplémentaire

Une reconstruction mammaire immédiate n’est toutefois pas une mince affaire, puisqu’elle sollicite la participation de deux chirurgiens : un chirurgien-oncologue et un chirurgien plasticien. Pour sa part, la Dre Synnott travaille régulièrement avec la chirurgienne plasticienne Geneviève Gaudreau.

En dépit du fait qu’il s’agisse d’une opération somme toute assez simple, qui peut très bien se combiner avec une mastectomie, il n’en demeure pas moins que Geneviève Gaudreau doit prendre le temps de bien expliquer à ses patientes en quoi consistera l’opération et quelles sont les options possibles. «Mais l’objectif numéro un va toujours demeurer la guérison du cancer», précise la Dre Gaudreau.

Il est également important, poursuit la chirurgienne, de limiter les attentes des patientes. Car bien qu’il s’agisse de chirurgie plastique, les patientes doivent réaliser que cette opération de reconstruction est différente de celles reçues par des femmes en santé qui optent pour une augmentation mammaire. Puisqu’il s’agit de seins blessés par des traitements et des interventions chirurgicales, des cicatrices demeureront inévitablement. Mais les seins reprendront une forme tout à fait normale.

Vivre sans seins pendant 10 ans

Lors de sa première mastectomie, Anna ne s’est pas fait offrir une reconstruction immédiate. Elle a donc dû vivre pendant une année avec un seul sein. Puis, lorsqu’elle a traversé une récidive et a dû subir une seconde mastectomie, elle n’a pas opté pour la reconstruction. Elle a préféré vivre sans seins pendant un certain temps : «Avec les deux seins enlevés, je me sentais quasiment normale, confie-t-elle, comparativement avec ce que j’avais vécu, de vivre avec un sein pendant un an de temps. C’était presque naturel pour moi de ne pas avoir de seins.»

Cette période de transition aura finalement duré dix ans. Dix années pendant lesquelles Anna a vécu sans seins sans trop s’en incommoder. Elle se souvient qu’elle devait parfois expliquer sa situation aux gens qui remarquaient cette incongruité anatomique, mais de manière générale, elle s’étonne surtout que plusieurs personnes la félicitaient pour son courage et sa bravoure. Elle a également pu compter sur le soutien inconditionnel de son mari. Ayant lui-même perdu sa première femme décédée d’un cancer du sein, il se réjouissait avant tout de la guérison d’Anna et ne se plaignait jamais du fait qu’elle n’ait plus de seins.

Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard qu’Anna a finalement pensé que le temps était venu pour elle de penser à une reconstruction mammaire. Complètement remise de ses deux cancers, elle s’était remise en forme et avait perdu le surplus de poids accumulé pendant ses traitements : le temps était venu pour elle de retrouver toute sa féminité.

Une option dont peu de femmes bénéficient

Mises à part les questions logistiques d’arrimage entre les horaires des chirurgiens-oncologues et des chirurgiens plasticiens, la reconstruction mammaire simultanée est une opération somme toute assez simple, soutient la Dre Synnott, puisqu’on n’enlève ni nerf, ni muscle, ni tendon – simplement de la peau. «Même si ça a l’air effrayant de se faire enlever un sein, les mastectomies totales avec reconstruction et prothèses se font en chirurgie d’un jour, précise-t-elle. Oui, il y a de la douleur, je ne veux pas minimiser que c’est une opération, mais elle n’est pas excruciante.»

Malgré tous les bénéfices que présente la mastectomie simultanée, peu de femmes y ont encore accès, ce que déplore la Dre Synnott. Celle-ci s’indigne d’ailleurs que certains chirurgiens soutiennent qu’il vaut mieux qu’une femme apprenne à vivre sans sein pendant plusieurs mois afin de mieux accepter une reconstruction mammaire : «C’est incroyable qu’on puisse énoncer des mensonges aussi gros que de dire qu’une femme va mieux accepter son corps lorsqu’elle se fera reconstruire le sein dans un an ou deux ans, parce qu’il n’y a rien eu pendant ce temps-là. Je pense que c’est comme vous couper la jambe et ne pas vous offrir une orthèse ou une prothèse en vous disant : “Va en chaise roulante pendant un an et tu vas plus apprécier marcher par la suite. “ C’est ridicule!»

La Dre Synnott tient également à déboulonner le mythe selon lequel une reconstruction va augmenter le taux de récidive des métastases : «La reconstruction mammaire, qu’elle soit immédiate ou tardive, ne change rien du tout dans le pronostic et dans le risque de récidives. Et ce n’est pas plus difficile de diagnostiquer une récidive quand on a une reconstruction mammaire.»

Par contre, la Dre Synnott reconnaît que la reconstruction simultanée exige beaucoup plus d’organisation et de logistique de la part des chirurgiens-oncologues qui doivent s’organiser pour être disponibles en même temps et au même endroit que les chirurgiens plasticiens. Mais du point de vue des patientes, les avantages sont beaucoup plus intéressants.

«La reconstruction tardive est plus populaire, simplement parce qu’elle est plus facile à gérer, soutient-elle. Par contre, du point de vue des patientes, je trouve que c’est une autre anesthésie, un autre motif d’absentéisme au travail, les résultats esthétiques sont moins bons parce que la peau s’est rétractée et il faut l’étirer. De plus, peu de plasticiens offrent la reconstruction immédiate et tardive, mais on espère qu’un jour, avec l’offre et la demande, ainsi que la pression des patientes, on aura un jour des salles d’opération dédiées au cancer du sein et – je rêve en couleurs peut-être –, mais j’espère que ça va arriver.»

La petite touche finale

Pour parfaire la reconstruction mammaire, la Dre Gaudreau croit qu’il est important d’offrir également aux femmes la possibilité de reconstruire le mamelon. «Parce qu’un sein sans mamelon, c’est comme dessiner un œil sans pupille», explique-t-elle. Certaines choisissent plutôt de s’en tenir à un tatouage qui donne visuellement l’illusion du mamelon, tandis que plusieurs autres, au contraire, choisissent l’option de la reconstruction du mamelon.

C’est d’ailleurs le choix qu’a fait Anna qui ne regrette aucunement son choix : «Je suis vraiment contente avec cette décision, ajoute-t-elle avec enthousiasme. Ça fait toute une différence parce que quand je regarde mes sens maintenant, mis à part les cicatrices qui sont toujours là, je ne vois pas la différence. C’est comme un vrai sein!»