Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Christa Japel, avoir un enfant anorexique

Émission du 21 novembre 2013

Christa Japel a perdu sa fille Léa qui est décédée à l’âge de 20 ans alors qu’elle souffrait de troubles alimentaires depuis quatre ans. En dépit de l’immense tristesse que le départ de sa fille a créée, Christa a accepté de nous partager son témoignage afin de contribuer à changer le regard que les gens peuvent porter sur l’anorexie et dénoncer le manque de ressources pour les personnes atteintes d’anorexie.

Psychologue du développement et professeure à l’UQAM, Christa connaît bien les troubles alimentaires. Mais quand l’anorexie a frappé à la porte de sa propre famille, elle s’est sentie terriblement impuissante : «L’impuissance, c’est terrible. On veut aider son enfant et on ne peut pas. Je suis habituellement une personne très proactive, mais là, j’ai fait face à quelque chose qui m’échappait complètement. Et pourtant, comme mère, c’est dans notre description de tâches de bien nourrir notre enfant.»

Les premiers signes de l’anorexie de Léa ont été très subtils, mais ils n’ont pourtant pas échappé à la vigilance de Christa, comme lorsqu’elle a commencé à ne manger que des pommes pour souper.» Léa était une fille perfectionniste, très performante et très anxieuse, raconte Christa. Je ne sais pas ce qui a vraiment déclenché ça, mais il y a comme un déclic qui se passe dans le cerveau, et manger devient impossible.»

Pendant les années qui ont suivi, le parcours de Léa a été marqué par trois étapes, classiques chez les anorexiques : re-alimentation, stabilisation, rechute… Tout d’abord soignée à l’Hôpital de Montréal pour enfants, Léa a été hospitalisée à quelques reprises. Lors de ses retours à la maison, Christa tentait de l’aider à ne pas retomber dans la restriction alimentaire, mais se retrouvait en constante opposition avec sa fille.

Comme un cancer du cerveau

«C’était vraiment affreux, raconte-t-elle, car je me sentais responsable. J’avais un menu à suivre, je faisais la cuisine. Mais on devient obsédé. Est-ce qu’elle a mangé? Est-ce qu’elle a tout mangé? Et ça a vraiment contaminé notre relation. Et un moment donné, j’ai fait un choix. J’ai fait confiance à ma fille. J’étais convaincue qu’elle allait s’en sortir parce qu’elle était vraiment déterminée et têtue.»

L’une des raisons pour laquelle Christa ne voulait pas toujours harceler sa fille avec la nourriture, c’est qu’elle ne voulait pas aggraver le sentiment de honte que Léa pouvait éprouver : «Les gens qui souffrent d’un trouble alimentaire, ce sont des gens qui ont tellement honte et qui se sentent tellement coupables… Je ne voulais pas renforcer ce sentiment. Je voulais lui donner de l’espoir. Je voulais qu’elle sache que quand je la regardais, je ne voyais pas seulement le trouble alimentaire, mais je voyais ma fille, ma fille que j’aime.»

Christa a également beaucoup souffert du regard extrêmement dur et culpabilisant que les autres portaient sur elle, lorsqu’ils la voyaient marcher sur la rue avec sa fille dont l’anorexie était visiblement évidente : «Quand je me promenais avec ma fille qui était très mince à la fin, les regards pouvaient être d’une telle cruauté. Ou les commentaires parfois... J’avais tellement de peine pour elle. Et, moi aussi, je me faisais regarder comme une mauvaise mère.»

Christa se souvient également très bien des longues conversations qu’elle pouvait avoir avec sa fille qui était très lucide face à sa maladie.» Plus la personne devient faible, plus la pensée anorexique prend de la place, raconte Christa. C’est comme un cancer du cerveau qui tranquillement bouffe la partie saine de la personne et qui devient de plus en plus fort au fur et à mesure que la personne devient faible.»

Perdre la bataille

Léa avait 20 ans lorsqu’elle a finalement perdu son combat contre la maladie. Elle est décédée d’un arrêt cardiaque alors qu’elle attendait depuis plusieurs mois une place à l’Institut Douglas. L’Institut universitaire en santé mentale ne possède que six lits et il n’y avait pas de place avant janvier malgré la détérioration de son état

«Il faut en parler, insiste Christa. Car les personnes ne comprennent pas cette maladie. Et il y a encore un préjugé que c’est un choix, un caprice, et que les gens veulent être minces à tout prix. C’est une maladie mentale qui est incompréhensible, parce que manger c’est un instinct et une des bases de la survie. C’est comme si elle avait eu un cancer : ce n’était pas un choix. C’est un monstre qui l’a bouffée. Et elle s’est battue beaucoup, mais à la fin, elle a perdu sa bataille.»

À retenir

– 30 000 Québécoises de 13 à 30 ans seraient atteintes d’anorexie.

– L’anorexie est une maladie mentale comme la schizophrénie et la bipolarité. Les gens ne sont pas du tout responsables de leur maladie, tout comme leurs parents ne le sont pas non plus. Les causes de l’anorexie sont multifactorielles. Alors, cessons de blâmer les personnes malades et leurs parents, et plaidons plutôt pour un accroissement des ressources pour leur venir en aide.