Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Julie Vézina : l'impact psychologique de la chirurgie bariatrique

Émission du 28 novembre 2013

Quand on parle de chirurgie bariatrique, c’est habituellement pour mettre de l’avant ses spectaculaires résultats. Cette intervention chirurgicale visant à réduire le volume de l’intestin est utilisée pour lutter contre l’obésité morbide, c’est-à-dire lorsqu’un problème de poids menace la santé d’un patient. Mais on entend peu parler des effets plus négatifs que les gens peuvent vivre par la suite, tout spécialement sur le plan psychologique. Et étonnamment, ces problèmes touchent surtout les gens pour qui la chirurgie a le mieux réussi, comme ceux qui ont perdu 100 livres ou plus. Deuil, anxiété, dépression : ces ex-obèses ne vivent pas toujours leur perte de poids dans la joie et l’allégresse. Bien au contraire, comme en témoigne Julie Vézina.

À 40 ans, Julie Vézina est une femme qui a vraiment fait peau neuve. Il y a à peine plus d’un an, elle pesait 300 livres et elle en a depuis perdu plus de 120, grâce à une chirurgie bariatrique. Dans son cas personnel, c’est la compulsion alimentaire qui l’avait menée à un tel niveau de surpoids et elle a par elle-même décidé que la chirurgie bariatrique était sa planche de salut.

Après avoir patienté deux ans et demi sur une liste d’attente, Julie a finalement reçu l’appel tant espéré, mais son choix n’était plus si clair soudainement : «Lorsqu’ils m’ont appelée, je n’étais pas certaine que c’était le bon choix, raconte-t-elle. Je me disais : “Si je suis rendue là, c’est que je suis vraiment pourrie. Je ne dois pas avoir essayé assez fort.”« Malgré ses doutes, elle a toutefois choisi de poursuivre dans cette voie et a subi une gastrectomie pariétale afin de réduire le volume de son estomac.

Après cette opération, tout était changé pour Julie : avec un tout petit estomac qui limitait grandement sa capacité de manger, elle s’apprêtait maintenant à perdre du poids de manière spectaculaire. «Au début, je ne pouvais manger qu’une cuillerée à table de purée», se souvient-elle. Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est que ces changements allaient signifier de faire de nombreux deuils sur son ancienne vie.

Des deuils à faire

Le premier deuil que Julie a dû faire est certainement celui du plaisir de manger. «La nourriture, au niveau où j’en étais, c’était comme une drogue, raconte-t-elle. Et là, tout d’un coup, je n’avais plus ma drogue. J’ai donc vécu des symptômes comme n’importe quelle personne en cure de désintoxication. J’étais agressive et je voulais manger tout le monde qui était en train de manger… Et ne pas pouvoir manger tout ce que j’avais envie de manger, c’était vraiment ardu…»

Avec une telle restriction alimentaire, Julie a rapidement commencé à perdre du poids et à voir son corps changer rapidement. «Tout le monde veut que son corps change, sauf que le changement est tellement rapide que j’ai vécu une forme de changement identitaire. Je me regardais dans le miroir et je ne me reconnaissais plus.»

«Mon visage a beaucoup changé, ce n’est plus moi qui étais devant le miroir… Notre corps, notre enveloppe, notre gras, c’est aussi une façon de se protéger. Et là, cette protection-là, je ne l’ai plus. J’ai plus l’impression d’être à nu devant les gens.»

Avec l’accumulation de tous ces deuils, Julie a commencé à éprouver des symptômes et de problèmes plus inquiétants : insomnie, anxiété, trouble d’adaptation, dépression…

Après avoir entamé une thérapie, Julie a commencé à mieux comprendre les émotions qui l’habitaient, notamment cette impression de ne plus se reconnaître et de ne pas habiter suffisamment son nouveau corps.

Julie n’est pas la seule à traverser de telles épreuves après une chirurgie bariatrique. Suite à cette opération, les patients sont nombreux à remettre leur vie en question et même à vivre une séparation conjugale ou à changer de travail.

Avant l’intervention, elle a bénéficié d’un peu de ressources et de formation à l’hôpital, mais ce n’était pas suffisant selon elle pour préparer les gens à un tel changement. Des rencontres d’échange et de soutien pour obèses morbides sont également organisées aux quatre mois, mais il ne s’agit pas d’un suivi psychologique formel. Certains hôpitaux offrent ce suivi, mais l’offre est inégale à travers le Québec.

Pour venir en aide à d’autres personnes, Julie a commencé à faire du parrainage et à rencontrer des patients en attente de chirurgie.

La chirurgie bariatrique en pleine explosion

En 2009, au Québec, il se faisait 1000 chirurgies bariatriques par année et les listes d’attente comptaient environ 3000 personnes. Pour répondre à cette demande, le gouvernement a mis sur pied un plan d’action pour tripler le nombre annuel de chirurgies, mais le succès est tel que bien qu’on opère 3000 personnes par année, les listes d’attente n’ont pas diminué. La demande est donc en constante augmentation.

Il est toutefois important de dire que la chirurgie bariatrique est l’une des seules options thérapeutiques qui fonctionnent vraiment à long terme pour contrer l’obésité morbide. Il s’agit d’une avenue très prometteuse si l’on considère tous les problèmes de santé qui peuvent être entraînés par l’obésité, comme les maladies cardiaques, l’hypertension, le diabète de type 2. Dans certains cas, on peut même dire que ce type d’intervention chirurgicale peut sauver la vie de certaines personnes.

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