Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les bactéries intestinales peuvent-elles nous faire grossir?

Émission du 9 janvier 2014

Depuis quelques années, les chercheurs commencent à comprendre peu à peu le surprenant lien qui existe entre les bactéries intestinales – le microbiome – et l’obésité. Très enthousiasmé par ces nouvelles pistes de recherche, le Dr Richard Marchand croit que nous sommes probablement à l’aube d’une série de découvertes extrêmement importantes au sujet de la santé.

Expert invité :

Dr Richard Marchand
Microbiologiste, infectiologue
Institut de Cardiologie de Montréal

«Ce qu’on est en train de découvrir et qui explose dans la littérature actuellement, c’est ce rôle entre le microbiome qu’on identifie comme un organe à part au même titre que le foie, car il interagit avec le corps. On est donc en train de découvrir que ce microbiome influence notre métabolisme et nous sommes probablement à l’aube d’une série de découvertes extrêmement importantes pour la santé humaine.» – Richard Marchand

Les prévisions scientifiques de Richard Marchand

À partir des données actuelles et au rythme où vont les choses, Richard Marchand prédit que sous peu, les scientifiques vont découvrir que l’intestin humain contient au moins 150 fois plus de matériel génétique que les cellules du reste du corps. Et ce matériel génétique proviendrait vraisemblablement des microbes de l’intestin et de l’alimentation.

De premières recherches ont déjà commencé à être réalisées sur les animaux. «Dans les premières études, relate Richard Marchand, on prenait des souris qui n’avaient pas de microbes dans l’intestin et on réintroduisait différentes bactéries, pour découvrir que selon le type de bactéries réintroduites, certaines souris devenaient obèses et d’autres restaient maigres pour la même diète. La présence de différents microbes influence donc la déposition de gras.»

Dans un futur rapproché, Richard Marchand prévoit que des scientifiques vont tenter de reproduire ce type d’études sur des sujets humains, en utilisant des jumeaux discordants – un mince et un obèse : «On va réintroduire des extraits de leurs selles à des souris ne contenant pas de microbes dans l’intestin. Et on va voir que des souris qui reçoivent des selles d’un jumeau obèse deviennent obèses, tandis que celles qui reçoivent les selles du jumeau maigre vont demeurer maigres.»

L’ABC d’un microbiome en santé

Ce que les scientifiques savent déjà, c’est que la bonne santé intestinale se conjugue avant tout avec la diversité. Les individus qui ont une grande diversité de bactéries intestinales sont généralement en bonne santé, tandis que ceux qui n’ont qu’une faible diversité de bactéries intestinales sont plus souvent malades. Les personnes obèses feraient partie de cette deuxième catégorie : elles recèlent habituellement une bien moins grande diversité bactérienne dans leurs intestins que les personnes plus minces.

Pour constituer une bonne flore intestinale et la maintenir, l’alimentation est évidemment un facteur clé. Mais tout ne se joue pas là, car dès la naissance et les premières semaines de la vie, l’intestin du bébé se colonise à partir du microbiome de la mère. Le bébé va peu à peu s’habituer à vivre avec toutes ces bactéries dans son intestin, et celles-ci l’aideront à construire son système immunitaire. «Ça, ça s’implante habituellement dans les deux ou trois premières années de vie, explique Richard Marchand, et il s’agit du bagage de départ avec lequel l’enfant va vivre toute sa vie.» Ce bagage risque toutefois de considérablement varier en fonction de différents facteurs, comme la prise d’antibiotiques ainsi que les habitudes alimentaires.

Plusieurs tentent de bonifier leur flore intestinale par la prise de probiotiques en comprimés. Pour Richard Marchand, il ne s’agit pas d’une avenue très efficace, puisque bon nombre de ces probiotiques sont détruits par l’acidité de l’estomac. Par contre, certaines habitudes alimentaires vont favoriser la multiplication des bonnes bactéries à l’intérieur même de l’estomac. L’artichaut ou le salsifis, par exemple, ont la propriété de favoriser la multiplication très rapide de bactéries bifido dans l’intestin. «Une seule feuille d’artichaut fait plus que des centaines de pilules de bifido, résume Richard Marchand, parce qu’on donne aux microbes ce dont ils ont besoin pour être en bonne santé et proliférer.»

Certains régimes alimentaires seraient également plus efficaces que d’autres pour augmenter la diversité microbienne intestinale. «Ce sont des régimes qu’on décrit comme néolithiques, explique Richard Marchand, composés de ce que nos ancêtres mangeaient : des légumes crus, des fruits, certains légumes racines. Et on se rend compte que la nourriture la moins industrialisée est celle qui est la plus proche de cette diversité microbienne.»

Bonnes et mauvaises bactéries

«On a plus de 180 000 espèces de microbes connus dont à peine 150 donnent des maladies aux êtres humains, précise Richard Marchand. Donc à part ces 150 microbes pathogènes, la très grande majorité d’entre eux sont de bons microbes qui nous aident à mieux vivre et constituent nos compagnons de voyage, pour permettre à nos gènes de s’adapter à l’environnement.»

«Pour les gens obèses, conclut-il, le fait de faire le lien entre les microbes de l’intestin est une avenue de solution potentielle au long cours. On peut déjà dire que d’ici une dizaine ou une quinzaine d’années, il y aura des changements importants qu’on devra apporter à nos habitudes alimentaires et surtout à nos procédés industriels. Il est probable que tout ce qui tourne autour de la nutrition va changer d’optique et se transformer en nutrithérapie au cours des prochaines années.»

Le mot de nos animateurs

Même si la recherche sur le microbiome est certainement l’un des sujets de l’heure en science fondamentale, les différentes recherches partent vraiment dans toutes les directions. Mais le jour où on établira le lien entre les bactéries intestinales et l’obésité n’est pas nécessairement le jour où on va régler le problème, car il y a beaucoup de facteurs à considérer. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un axe de recherche dans lequel on fonde beaucoup d’espoir.