Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

AVC et réadaptation

Émission du 9 janvier 2014

Chaque année au Canada, 50 000 personnes sont touchées par un accident vasculocérébral, ce qui veut dire une personne toutes les 10 minutes. Heureusement, on réussit aujourd’hui à sauver près de 80 % d’entre elles. Toutes des personnes qui s’en tirent avec la vie sauve, mais bien souvent avec des séquelles de différents ordres. Dans certains cas, les séquelles seront légères tandis que dans d’autres, elles peuvent être beaucoup plus lourdes : paralysie d’un membre, trouble du langage, perte de champ visuel, pertes de mémoire.

Il est malheureusement difficile pour les médecins de prévoir quelles seront l’étendue et la gravité des séquelles, car celles-ci vont varier selon la région du cerveau affectée. Dans certains cas, des patients exceptionnels peuvent également déjouer tous les pronostics et retrouver une autonomie bien au-delà de ce que leur équipe médicale aurait pu espérer. C’est tout particulièrement le cas de Pierre Crête, frappé par un sévère AVC à l’âge de 50 ans. Athlète accompli, il a décidé d’affronter sa réadaptation avec la même détermination qui l’avait jusque-là toujours animé. Et les résultats se sont avérés spectaculaires.

«Moi, j’étais un homme de défi, une espèce de combattant. J’avais le goût de reprendre ce combat-là. La vie m’a donné l’opportunité de mener un combat monumental. Et j’ai décidé de le faire.» – Pierre Crête

Sportif aguerri, Pierre Crête a rapidement décidé qu’il n’allait pas se laisser arrêter par le pronostic des médecins qui pensaient qu’il ne remarcherait plus de sa vie. Bien déterminé à reprendre ses activités sportives, il a fait preuve d’une détermination hors du commun.

Physiatre à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal, Nicole Beaudoin nous explique que M. Crête a été touché par un sévère AVC de l’hémisphère droit, donc localisé du côté droit du cerveau. Ce type d’AVC entraîne habituellement des problèmes et des incapacités bien particulières. «Le plus évident, c’est la paralysie du côté gauche du corps, explique-t-elle. Le patient a de la difficulté à reconnaître le côté gauche de son environnement. Ce qui veut dire que sa tête est toujours tournée vers la droite : il entend mieux les sons du côté droit, il voit mieux du côté droit et il perçoit mieux du côté droit.» Autre trait caractéristique de ce type d’AVC : les personnes atteintes ne réussissent plus à s’habiller correctement, ne reconnaissant plus les manches d’un chandail, par exemple.

«Il y a toujours 5 % de nos patients qui évoluent au-delà de nos attentes et au-delà de toute espérance, souligne Nicole Beaudoin. M. Crête est un de ces patients qui a récupéré de façon exceptionnelle.»

«En fait, ce sont les patients qui nous donnent leurs objectifs en réadaptation, précise Dre Beaudoin. Ils sont un peu nos guides. Et nous, on est là pour les ramener parfois vers quelque chose de plus concret ou plus réaliste, car les incapacités sont parfois très sévères dans une période de réadaptation. Mais ils nous guident et ils ont un rôle très important à jouer. Et c’est souvent ce qui fait toute la différence.»

Une volonté de fer

Pour Pierre Crête, la réadaptation s’est faite par étape. Après avoir été immobilisé dans un fauteuil roulant pendant trois mois, il a finalement réussi à se tenir debout à nouveau et à marcher, grâce à ses efforts et à ceux de l’équipe de réadaptation. «Si tu n’y crois pas, c’est certain que tu ne seras pas capable, explique-t-il. Le mot clé, c’est “debout”. Ne reste pas assis. Sois un conquérant, ne sois pas une victime.»

Après cette première réalisation, il a décidé de se fixer un nouvel objectif : recommencer à jouer au tennis. «J’étais gaucher, raconte-t-il, mais dans ma réadaptation, j’ai rapidement compris qu’il fallait que ce soit ma main droite qui devienne mon outil de tous les jours. Et moi qui étais gaucher, je joue maintenant à droite et je pense que je suis maintenant un meilleur joueur que je l’étais quand je jouais gaucher.» En analysant son jeu, il considère qu’il joue désormais avec plus de précision qu’auparavant, même s’il ne réussit pas à y mettre autant de puissance qu’il le souhaiterait. C’est toutefois la direction qu’il vise en ce moment, son nouvel objectif : «D’ici quelques années, j’espère arriver à faire des as!»

Pour Nicole Beaudoin, il est clair que Pierre Crête est un modèle de détermination et de motivation, tout spécialement parce qu’il réussit constamment à se fixer de nouveaux objectifs, ce qui lui permet de continuellement avancer dans sa réadaptation.

La plasticité du cerveau

En dépit des réalisations de personnes exceptionnelles comme Pierre Crête, il faut toutefois faire preuve de réalisme : lorsqu’un patient est touché par des lésions très sévères suite à un AVC, le potentiel de réadaptation peut être limité. C’est pourquoi Nicole Beaudoin tient à souligner que tout n’est pas simplement affaire de motivation : oui, la personnalité et la ténacité d’un patient vont jouer un rôle énorme, mais la nature et la gravité des lésions initiales vont également avoir un impact déterminant dans l’étendue des progrès qu’un patient peut espérer réaliser.

Dans certains cas, la motivation elle-même peut être affectée par la lésion, souligne la neuropsychologue Julie Ouellet. «Dans le corps humain, la motivation est située dans le cerveau, explique-t-elle, alors évidemment ça peut être atteint suite à un AVC. Mais quand cette motivation est bien préservée, la capacité de la personne à donner un sens à ce qu’on fait, à bien comprendre les objectifs, à s’engager dans sa réadaptation va avoir un impact sur tout ce qu’elle pourra mettre comme effort pour relever ce défi colossal qu’est la réadaptation.»

Au cours des dernières années, la recherche en neurologie a fait des bonds de géant et les scientifiques savent aujourd’hui très bien que le cerveau accomplit parfois des miracles de réorganisation, et tout spécialement dans les premières semaines suivant un AVC. «On sait maintenant que le cerveau se réorganise activement suite à un AVC, explique Julie Ouellet. Cette période-là de neuroplasticité pendant laquelle de nouveaux branchements peuvent s’opérer est très active. La réadaptation est donc importante, car on va donner à la personne de multiples occasions de faire des apprentissages et on va donner un gros coup de pouce au cerveau pour refaire des connexions à partir de ces apprentissages et permettre à la personne de retrouver son potentiel au maximum.»

La réadaptation fonctionnelle

À l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay, la Dre Nicole Beaudoin et l’équipe de professionnels travaillent en interdisciplinarité afin de stimuler les patients aux niveaux physique et cognitif : «Tout ça se chevauche, explique la Dre Beaudoin. Il existe différents moyens pour aider le patient à être plus fonctionnel au niveau de ses mouvements, en utilisant par exemple des thérapies avec un miroir ou des thérapies qu’on appelle “par la contrainte”».

Dans le cas des thérapies par miroir, l’objectif est de déjouer le cerveau pour le forcer à créer de nouvelles connexions. Un patient paralysé de la main gauche, par exemple, peut bouger sa main droite en regardant dans le miroir, ce qui lui donne l’illusion qu’il bouge sa main gauche. «Le but, c’est d’améliorer l’image corticale du mouvement, explique Nicole Beaudoin, pour que le cerveau se souvienne du mouvement. Et c’est une forme de réadaptation cognitive. C’est pour cela qu’on travaille toujours les deux aspects en même temps, moteur et cognitif, peu importe le type de traitement.»

«Le cerveau a cette capacité naturelle de reconfigurer son architecture au gré des différentes expériences que la personne vit, ajoute Julie Ouellet. Alors, il y a cette fenêtre-là, pendant la récupération spontanée, après un AVC, qui dure de quelques semaines à quelques mois et on plonge dans cette période-là pour aider la plasticité à refaire les branchements les plus adéquats.»

Et autre bonne nouvelle : la plasticité ne se limite pas à cette période de récupération spontanée. «Par la suite, après quelques mois de réadaptation, le cerveau continue encore à refaire des connexions, poursuit Julie Ouellet. La personne qui va continuer à utiliser des stratégies et à s’exposer à de nouvelles situations va donc en tirer bénéfice.»

Briser l’isolement

Au-delà de tout l’investissement personnel nécessaire à la réadaptation, les patients doivent aussi éviter de rester isolés. Pierre Crête se souvient très bien qu’à sa sortie du centre de réadaptation, il s’est soudainement senti désœuvré. Pour contrer son isolement, et fidèle à son esprit fonceur, il a décidé de mettre sur pied AXONE, un groupe de loisirs pour personnes ayant souffert d’un AVC. Le groupe organise des activités sociales et physiques, comme des marches à l’extérieur ainsi que des repas d’amitié.

«L’objectif ultime de la réadaptation, c’est la qualité de vie, souligne Nicole Beaudoin, avoir du plaisir, retrouver des gens qu’on aime, reprendre des activités… Et les activités en société, c’est vraiment très important : c’est une stimulation cognitive et physique, c’est de la réadaptation. Et nos patients n’ont pas de limite : ils se dépassent chacun dans leur domaine. Et on est toujours surpris de voir quelle nouvelle activité ont faite nos patients.»

«Au-delà du processus de réadaptation, bien entendu, il y a la famille qui prend de l’importance pour la personne, mais pas juste la famille, conclut Julie Ouellet. C’est important pour les personnes de maintenir des liens en général, avec des amis et avec sa communauté, en se joignant à des groupes de soutien par exemple. Et ça, ça peut apporter un gros “oumpf” à la personne pour continuer à se sentir partie prenante de la société.»

À voir le plaisir que les gens d’AXONE ont à se retrouver autour d’une bonne tablée après une bonne marche de santé, il est clair qu’ils sont encore animés par une force vive et un réel désir de ne pas demeurer inactif.

Les vertus de l'exercice

C’est prouvé scientifiquement : l’activité physique est déterminante dans la récupération après un AVC. Une méta-analyse publiée en octobre 2013 a démontré que lorsqu’on compare l’efficacité d’un programme d’exercices à des médicaments couramment utilisés pour traiter les séquelles des AVC ou d’un infarctus, il semble que dans certains cas, l’exercice est même plus efficace que les médicaments. Dans le cas précis des infarctus, l’exercice est équivalent aux traitements pharmacologiques, tandis que pour la récupération et la prévention d’AVC, l’exercice physique est même plus efficace que les médicaments.

Ressources

Le site Web de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal
http://www.irglm.qc.ca/

Le site Web du groupe AXONE
http://www.axone-mtl.org/