Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Le sucre est-il toxique?

Émission du 16 janvier 2014

Depuis plusieurs années, le sucre a été pointé du doigt comme une source de «calories vides», donc inutiles et favorisant l’obésité. Mais des spécialistes nous disent aujourd’hui qu’en plus d’être «inutile», le sucre serait également toxique lorsqu’il est consommé en trop grande quantité et surtout lorsqu’il est consommé sous la forme de fructose.

Experts invités :

Dr Martin Juneau
Cardiologue
Institut de Cardiologie de Montréal

Ariel Fenster, PhD
Professeur de chimie
Organisation pour la science et la société
Université McGill

Professeur de chimie à l’université McGill, Ariel Fenster fait partie des scientifiques qui s’inquiètent beaucoup de la consommation de sucre dans la population. Il faut dire que celle-ci atteint aujourd’hui des sommets, si on la compare à celle de nos grands-parents et arrière-grands-parents. Il explique cette spectaculaire augmentation par le fait que nos ancêtres ajoutaient le sucre à leur nourriture, tandis qu’aujourd’hui, 90 % du sucre que nous consommons est directement ajouté par l’industrie aux aliments transformés. «Souvent, en tant que consommateurs, nous ne nous rendons pas compte de la quantité de sucre que nous consommons», soutient-il. À titre d’exemple, il cite le ketchup qui contient 30 % de sucre et certaines céréales qui en renferment parfois plus de 50 %.

Ce qui a aussi changé la donne, ajoute Ariel Fenster, c’est la phobie du gras. Soucieux d’offrir des produits sans gras aux consommateurs, pour répondre à cette nouvelle préoccupation des consommateurs, les industriels ont commencé à remplacer le gras par davantage de sucre. Un produit à haute teneur en gras peut ainsi facilement être… à haute teneur en sucre!

Plusieurs sortes de sucre

Qui dit sucre ne dit pas seulement sucre blanc, car il existe plusieurs formes de sucre. Le sucrose, le maltose, le fructose, le lactose : tous ces mots qui se terminent par «ose» sont des sucres, mais qui varient de par leur composition chimique. Leur apport calorique est toujours le même (4 calories par gramme), mais leur pouvoir sucrant est différent.

Parmi tous ces sucres, le fructose doit être surveillé avec le plus de vigilance, car il ne peut être métabolisé que par le foie et les reins. «Si notre apport de fructose est trop élevé, le foie est surchargé et ne peut pas bien faire son travail», explique Ariel Fenster.

L’impact du fructose sur le foie

Cardiologue à l’Institut de cardiologie, le Dr Martin Juneau est lui aussi très inquiet des conséquences de la consommation de sucre sur la santé publique. Il fait d’ailleurs partie des tout premiers scientifiques québécois qui ont commencé à tirer la sonnette d’alarme à ce sujet, au milieu des années 1980. Tout comme Ariel Fenster, il pointe du doigt le fructose comme un sucre très néfaste pour la santé.

Étant donné que le fructose ne peut être métabolisé que par le foie et le rein, le Dr Juneau soutient qu’on peut faire un parallèle avec l’alcool : «Quand vous consommez des quantités élevées de fructose – 200 à 400 calories de sucre par jour –, vous allez avoir une infiltration graisseuse du foie. Et si vous regardez le foie de quelqu’un qui mange beaucoup de fructose, vous allez voir un foie qui peut ressembler, par certains aspects, à un foie alcoolique.»

Le fructose suscite beaucoup d’inquiétudes car il est utilisé dans nombre de produits industriels. Il y a beaucoup de gens qui disent : "Mais regardez, vous blâmez le fructose, mais le fructose, il est présent dans la nature, de manière totalement inoffensive. Mais dans la nature, le fructose est présent avec d’autres composés chimiques, comme des fibres, explique Ariel Fenster. Alors dans ces cas, l’absorption de fructose est beaucoup moins rapide.» C’est pourquoi le fructose contenu dans une boisson gazéifiée sera assimilé beaucoup plus rapidement, et sera beaucoup plus toxique, que celui contenu dans des fruits comme du raisin.

Des impacts sur la santé publique

La consommation de sucre serait aujourd’hui deux ou trois plus élevée qu’il y a une cinquantaine d’années, soutient le Dr Juneau, et celle-ci risque d’avoir un impact dramatique sur la santé publique et l’espérance de vie. «On a beaucoup dit que les enfants d’aujourd’hui allaient vivre moins longtemps que leurs parents, mais on pense maintenant que les baby-boomers vont maintenant vivre moins longtemps que leurs parents.»

L’apport calorique

Le Dr Juneau est formel : il est impératif de diminuer notre consommation de sucres ajoutés. Alors que pour bien des gens, ces sucres ajoutés représentent 20 % ou 25 % de leur apport calorique, il est d’avis que ceux-ci ne devraient pas représenter plus de 5 % de notre apport calorique total.

Des problèmes de santé publique

«Si on ne fait rien pour diminuer la consommation de sucre, l’épidémie d’obésité va continuer, prédit-il. Le diabète va augmenter, et les maladies cardio-vasculaires qu’on avait réussi à faire baisser depuis 50 ans vont recommencer à augmenter.»

Une consommation trop élevée de sucres peut également causer une résistance à l’insuline qui va mener au développement du diabète, ajoute le Dr Juneau. Plus encore, l’excès de sucre complique les problèmes causés par le «mauvais cholestérol» et peut entraîner l’athérosclérose, une maladie inflammatoire qui entraîne le blocage des artères.

Des solutions

Pour contrer les problèmes causés par la consommation excessive de sucre, le Dr Juneau considère qu’il faudrait avant tout convaincre l’industrie alimentaire de bannir l’utilisation du fructose, comme elle l’a fait pour les gras trans. Il s’agit toutefois d’une mesure qui entraînerait une hausse des prix des aliments sucrés.

La consommation de sucre au Canada en quelques chiffres

– une moyenne de 110 grammes par jour : l’équivalent de 26 cuillerées à thé!

– 21 % de l’apport calorique quotidien provient du sucre, alors que l’OMS ne recommande que cette proportion ne soit pas supérieure à 10 %

– la consommation de boissons gazeuses diminue peut-être, mais celle des jus de fruits augmente, alors qu’ils contiennent eux aussi beaucoup de fructose

Un test sanguin

Le test sanguin passé par notre journaliste à l’écran est un test d’hyperglycémie provoquée. Il permet de détecter des troubles de métabolisme de glucose, dont le diabète.