Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

L'intolérance alimentaire existe-t-elle vraiment?

Émission du 23 janvier 2014

En Amérique du Nord, les allergies alimentaires touchent 1 % à 2 % des adultes et 5 % des enfants. Mais un nombre croissant de personnes soutiennent ou soupçonnent qu’elles souffriraient plutôt d’intolérances alimentaires, tout spécialement au gluten et aux produits laitiers. Effet de mode ou réel problème médical?

Expert invité :

Dr Mickaël Bouin
Gastroentérologue, CHUM

Des intolérances alimentaires bien réelles…

Que ce soit au gluten, au lactose, au soja ou au maïs, de plus en plus de gens soutiennent souffrir d’intolérance alimentaire. Mais s’agit-il d’un effet de mode plutôt que d’un réel problème médical? «L’intolérance alimentaire existe réellement en médecine, répond le Dr Mickaël Bouin, gastroentérologue au CHUM. On voit des patients qui ont des intolérances alimentaires et on peut faire des diagnostics d’intolérance alimentaire. Y a-t-il en plus un effet de mode? Probablement, mais ça, c’est médicalement difficile à prouver.»

… mais souvent difficiles à vérifier

Le problème avec les intolérances, souligne le Dr Bouin, c’est qu’en dépit du fait que les gens se plaignent de souffrir de certains symptômes en raison d’une intolérance à un aliment ou à une autre, il est difficile de faire la preuve médicale qu’une substance précise dans un aliment est effectivement responsable des symptômes éprouvés par la personne, et ce, pour deux raisons. Il n’existe pas toujours de tests pouvant en faire la démonstration et il est difficile d’isoler dans un aliment la molécule responsable de l’intolérance.

«La difficulté pour nous est de retrouver la substance à laquelle ils sont intolérants et qui peut se retrouver éventuellement dans d’autres aliments. Dans le grand public, on utilise le mot “intolérance” pour désigner tous les produits alimentaires qu’on ne supporte pas. Mais dans le langage médical, une intolérance est quelque chose de beaucoup plus ciblé et exclut, par exemple, les allergies alimentaires.»

Intolérance ou allergie : comment s’y retrouver?

Voici la distinction que fait le Dr Mickaël Bouin entre une allergie et une intolérance alimentaire :

– l’allergie est une réaction immunologique
– l’intolérance alimentaire se manifeste plutôt lorsqu’un produit n’est pas bien toléré par l’organisme : elle entraîne donc des symptômes, ou l’impression d’être malade, mais il ne s’agit pas d’une réaction immunologique. Le système immunitaire ne réagit pas, mais l’organisme le supporte mal.

Les allergies et les intolérances n’entraînent pas le même type de symptômes :

– les intolérances alimentaires n’entraînent pas de lésions tissulaires, comme de l’inflammation ou des réactions néfastes pour les tissus. Ils entraînent par contre des symptômes néfastes pour les individus eux-mêmes, comme des maux de ventre, des crampes, de la diarrhée, une perte de poids… mais elles ne causent pas de dommages aux organes eux-mêmes.

Les intolérances les plus fréquentes sont les suivantes :

– l’intolérance au lactose, au fructose et parfois à d’autres sucres comme le sorbitol;
– la plupart des autres molécules sont plutôt classées dans le registre des allergies.

Des tests pour dépister les intolérances ou les allergies

Au département de gastro-entérologie du CHUM, l’équipe du Dr Bouin reçoit régulièrement des patients aux prises avec des allergies ou des intolérances alimentaires. Dans certains cas, un ou des aliments sont déjà soupçonnés alors que dans d’autres cas, les patients ne savent pas du tout. Des tests d’intolérance leur sont offerts. Un des tests offerts consiste par exemple à analyser des gaz expirés par la personne après avoir consommé un aliment auquel la personne est possiblement intolérante.

Pour bien des aliments, il est toutefois bien difficile de démontrer la présence d’une intolérance : «Il y a deux langages, explique le Dr Bouin. Il y a le langage du patient, et là vous avez des centaines d’aliments auxquels les gens se disent intolérants. Mais nous, comme médecins, on ne peut démontrer l’intolérance qu’avec très peu de substances. Ça ne veut pas dire que les gens ne sont pas intolérants. Ça veut simplement dire que nous ne pouvons pas le démontrer.»

Le cas de la maladie cœliaque

De plus en plus de gens se disent intolérants au gluten, mais ce cas est un peu complexe. Il faut distinguer la maladie cœliaque de l’intolérance au gluten :

– la maladie cœliaque est une allergie au gluten, bien identifiée et pour laquelle il est assez facile d’établir un diagnostic.
– l’intolérance au gluten est moins bien comprise par le milieu médical. Certains émettent l’hypothèse qu’il est possible d’avoir une intolérance au gluten sans allergie (donc sans réaction immunologique). Mais les critères diagnostics ne sont pas encore établis.

Le calendrier alimentaire

Au-delà des tests cliniques, le calendrier alimentaire est l’un des meilleurs outils pour dépister les intolérances alimentaires, soutient le Dr Bouin. Il consiste à tenir un registre rigoureux de ce qu’on mange et de nos symptômes.