Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Vivre plus longtemps en bonne santé

Émission du 23 janvier 2014

L’espérance de vie des Québécois est l’une des plus élevées au monde et elle progresse constamment. Depuis 2004, par exemple, elle a augmenté de deux ans, ce qui est somme toute considérable et qui fait qu’elle est aujourd’hui de près de 80 ans pour les hommes et de 84 ans pour les femmes.

Cette spectaculaire augmentation de l’espérance de vie amène certains à prédire la faillite de notre système de santé en raison des coûts associés au vieillissement. Mais la question n’est pas si simple, car la véritable question à se poser est plutôt la suivante : vieillit-on en santé ou criblé de maladies?

À 90 ans, grand-père de dix petits-enfants et de 11 arrière-petits-enfants, René Proulx continue à mener une vie très active. Tous les matins, depuis 30 ans, il se lève tôt et revêt son costume de brigadier pour aider les écoliers à traverser un grand boulevard. «Ça me fait sortir, beau temps mauvais temps, explique-t-il. Et ça me fait voir du monde. Sinon, je risquerais de devenir paresseux et ma femme ne m’endurerait pas toute la journée à la maison!» Comme si ce n’était pas suffisant, René conduit encore lui-même sa voiture et il va danser tous les samedis soirs.

Âgée de 93 ans, Cécile Bougie mène elle aussi une vie très active : «Je me sens comme à l’âge de 50 ans, soutient-elle. Je me sens bien, je bouge beaucoup, je suis très à l’aise dans mes mouvements, je n’ai pas de bobo… Je n’ai pas d’arthrite, je n’ai pas d’ostéoporose, je n’ai rien de ça!» Il faut dire que Mme Bougie fait ce qu’il faut pour rester vive et active : marche quotidienne d’une heure, séances de tai-chi et de qi gong hebdomadaire… Ses journées sont d’ailleurs si remplies qu’elle considère qu’elle n’a tout simplement «pas le temps de trouver le temps long!» «Je ne reste pas inerte, poursuit-elle. Je travaille. Il faut bouger, beaucoup!»

Deux modèles qui nous font rêver nous aussi de «vieillir en santé»… Mais qu’est-ce que cette expression veut dire au juste?

Vieillir en santé

«La santé, ce n’est pas de ne pas être malade, explique le Dr Guy Lacombe, gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke. […] Si vous avez des maladies, mais que vous réussissez à mener la vie que vous aimez, à vous réaliser vous-même parce que vos maladies sont contrôlées, vous êtes en santé. C’est la définition de l’OMS depuis les années 1960 : la santé n’est pas l’absence de maladie, mais la capacité de profiter de sa vie et d’en faire quelque chose qu’on désire faire.»

Le Dr Lacombe se réjouit de constater que les scientifiques découvrent aujourd’hui que le vieillissement de la population n’est finalement pas si négatif qu’on le prévoyait autrefois : «Dans les années 1980, de nombreuses études prédisaient une importante perte d’autonomie en raison du vieillissement, mais on se rend compte, finalement, qu’avec chaque année gagnée en âge, on ne gagne pas une année en perte d’autonomie. On gagne une année en santé, ce qui est extraordinaire. Le vieillissement devient une récompense, une période de la vie dont on peut profiter et dont on doit être fier, plutôt que négativement dire qu’on va tous être un jour malades.»

En 2013, deux nouvelles études sont venues confirmer cette idée. Une recherche danoise a notamment démontré qu’en une vingtaine d’années, l’espérance de vie dite «en santé» a fait des progrès considérables : «En comparant des gens d’âge équivalent, 73-75 ans, dans les années 90 et les années 2000, on peut voir qu’il y a une grosse différence, explique le Dr Lacombe. À âge égal, il y a deux fois plus de personnes âgées qui sont en parfaite santé cognitive. Qu’on fasse leurs tests d’activité physique ou leurs tests cognitifs, il y en a deux fois plus qui sont parfaitement en santé. Et pour les gens de 90 ans et plus, ça devient extrêmement évident dans un âge où on s’attend à ce qu’il y ait près de 60 % des gens qui aient une atteinte physique, une atteinte de maladie. Mais dans les faits, au niveau fonctionnel, c’est beaucoup mieux que c’était 10 ans auparavant.»

Des impacts sur la pratique médicale en gériatrie

Omnipraticienne au CLSC du Marigot (CSSS de Laval), la Dre Patricia Murphy fait beaucoup de visites à domicile auprès des personnes âgées. Elle peut elle-même témoigner de cette amélioration de l’espérance de vie en santé. Lorsqu’elle a commencé à travailler dans le domaine il y a 20 ans, elle se souvient que les gens qui franchissaient le cap des 90 ans faisaient figure d’exception, alors qu’elle en voit beaucoup plus aujourd’hui, ainsi qu’un nombre croissant de centenaires. Elle note également que les patients ne sont plus considérés comme des personnes âgées à partir de 65 ans par les CLSC, mais à partir de 75 ans, ce qui représente un changement considérable.

Dans sa pratique la Dre Murphy constate toutefois une augmentation des cas de démence et de maladie d’Alzheimer. À ce sujet, le Dr Lacombe tient à apporter quelques nuances. Tout en reconnaissant que oui, effectivement, la maladie d’Alzheimer a augmenté au cours des dernières années, il souligne que des études longitudinales britanniques récentes ont démontré que le nombre de cas a commencé à diminuer.

La Dre Murphy s’inquiète toutefois de l’impact de la consommation d’alcool et de drogues par les baby-boomers, ce qui pourrait affecter leur santé cognitive.

L’art de vieillir en santé

Mais quels sont les secrets d’un vieillissement en santé? Comment atteindre l’âge de 90 ans avec la même vitalité qu’un René Proulx ou une Cécile Bougie?

«Les secrets pour vivre vieux, toutes les personnes très âgées en ont et nous en racontent, souligne le Dr Lacombe, mais l’une des plus importantes est évidemment d’avoir été en santé avant et surtout d’avoir été actif. C’est très rare qu’on voie des gens de plus de 90 ans qui n’étaient pas actifs et qui n’avaient pas d’intérêts dans la vie, qui ne faisaient rien. Les gens motivés semblent être favorisés de façon importante.» Vivre et travailler dans un milieu stimulant feraient également partie des facteurs qui contribueraient à maintenir une bonne santé, surtout sur le plan cognitif.

Pour la Dre Murphy, l’une des clés d’un vieillissement sain est d’avoir une relation saine avec la vie. «Lorsqu’on n’a plus aucun plaisir, on n’a plus de grande raison de rester en santé…»

Les déterminants de la santé

Il existe certes des facteurs génétiques qui prédisposent à avoir une bonne ou une moins bonne santé, nuance le Dr Lacombe, car on ne peut pas changer nos parents et notre héritage génétique. Mais il est possible par contre de changer ses habitudes de vie : «On ne pourra pas totalement éviter le développement de la maladie cardiaque, par exemple, mais on sait très bien qu’en changeant les déterminants de la santé – par exemple en étant plus actif, en traitant une hypertension ou en changeant notre nutrition, on peut retarder l’âge d’un premier infarctus de près de 10 ans.»

Le Dr Lacombe note que les progrès de la médecine ont donné naissance à des techniques beaucoup moins invasives, ce qui est très positif pour les personnes âgées : «On peut intervenir de façon positive, guérir ou traiter une personne pour un problème important avec beaucoup de bénéfices. Ce qui fait qu’on peut aujourd’hui intervenir chez les personnes les plus âgées, avec beaucoup de bénéfices, ce qu’on n’aurait jamais imaginé dans les années 1980, comme avoir une intervention cardiaque majeure après 85 ans, alors que ça fait partie de la routine maintenant. C’était inimaginable dans les années 1980.»

«L’important n’est pas d’ajouter des années à la vie, mais d’ajouter de la vie aux années, résume le Dr Lacombe. Donc, si on ne traite pas certaines pathologies, si on ne traite pas une hanche douloureuse ou si on ne contrôle pas le diabète par exemple, si on n’intervient pas sur l’ensemble des problèmes de santé, la personne ne meurt pas nécessairement, mais elle perd beaucoup de sa qualité de vie. Donc, les interventions auprès des personnes âgées sont extrêmement positives, car on donne de la vie aux gens.»

Le Dr Lacombe souligne d’ailleurs que le système de santé fait d’importants efforts pour s’adapter aux nouvelles réalités du vieillissement, notamment à la vague de nouveaux baby-boomers vieillissants qui n’ont pas les mêmes attentes que les générations précédentes de personnes âgées.

«C’est quand même bon de vieillir, conclut Cécile Bougie. C’est certain qu’on aimerait mieux ne pas l’avoir cette vieillesse-là, mais il faut bien qu’on y arrive, il faut l’accepter. Je pense qu’en apprenant à aimer tout, ça a été le secret de ma vie. Pour moi, il n’y a pas grand-chose que je n’ai pas aimé. Et je pense que le secret, c’est d’accepter : si tu acceptes de vieillir, tu vieillis moins.»

Le mot de nos animateurs

Quand on parle d’espérance de vie, il y a une distinction importante à faire entre l’espérance de vie en tant que telle et l’espérance de vie en santé. Or, l’espérance de vie en santé augmente elle aussi : les gens âgés peuvent aujourd’hui espérer vivre dix ans de plus en bonne santé que ceux des années 1970.

Cette espérance de vie continuera-t-elle d’augmenter? À ce sujet, la communauté scientifique est divisée. Il y a quelques mois, le magazine Science et vie publiait un article selon lequel les baby-boomers allaient faire diminuer cette espérance de vie en raison de problèmes de santé, comme l’obésité et le diabète. Par contre, le médecin américain Norton Hadler soutient que si les baby-boomers sont en moins bonne santé que les générations précédentes, c’est tout simplement le résultat des surdiagnostics. On diagnostique maintenant des maladies qui n’en sont pas vraiment et l’espérance de vie devrait tout de même continuer à augmenter.