Une pilule une petite granule

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Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Philippe Rochette : le Bonhomme à lunettes

Émission du 23 janvier 2014

De très nombreux Québécois souffrent de divers problèmes de vision qui exigeraient le port de lunettes, mais doivent s’en passer en raison de contraintes financières. Il faut dire qu’au Québec, la très grande majorité des gens doivent payer pour l’achat de lunettes et que celles-ci se vendent souvent à prix très onéreux par les opticiens. Outré de cette situation, Philippe Rochette a choisi de faire bande à part et s’est donné pour mission de rendre les lunettes accessibles aux moins fortunés. Notre équipe est allée le rencontrer.

Lorsque Philippe Rochette a commencé sa carrière d’opticien dans des boutiques, il a rapidement constaté que le prix des lunettes était prohibitif pour un grand nombre de personnes. Déjà bénévole dans des organismes communautaires, il a eu l’idée de mettre sur pied une entreprise itinérante qui offrirait des lunettes à prix abordable aux démunis. «Mais je ne me doutais pas à quel point j’allais tomber sur des gens avec des prescriptions si fortes, si contraignantes, mais qui n’ont juste pas de lunettes. Pas de moyens.»

Au départ, Philippe a commencé à offrir ses services dans les refuges d’itinérants et dans les soupes populaires, mais peu à peu, le mot s’est propagé qu’un «bonhomme à lunettes» offrait des lunettes de qualité à prix très raisonnable. Il ne vend donc plus ses lunettes uniquement aux gens très démunis, mais à tous ceux qui souhaitent payer un prix juste et équitable pour une paire de lunettes. Des gens de la classe moyenne, ou même des gens plus riches encore, lui achètent maintenant des lunettes, préférant investir leur argent dans autre chose que dans une paire de lunettes griffée.

Le fonctionnement du bureau d’opticien ambulant du Bonhomme à lunettes, en bref :

– toutes les montures sont le même prix : 69 $. Ce sont les mêmes lunettes qu’on retrouve dans les boutiques de lunettes traditionnelles et qui peuvent facilement se vendre 200 $ de plus, ou même davantage.

– une garantie d’un an.

– les prix sont fixés selon la charte de remboursement de l’aide sociale : les prestataires se font rembourser 50 $ pour une monture, ce qui leur permet d’avoir une monture pour à peine 20 $.

– le prix des verres varie, mais il est très inférieur à celui exigé dans les boutiques de lunette habituelles.

– les lunettes vendues n’ont pas de marque, ce qui ne change rien à leur qualité.

– Philippe Rochette cherche toujours à vendre ses lunettes au prix le plus bas possible.

Sa philosophie

Mais comment diable fait-il pour vendre ses lunettes à si bas prix? «Ce n’est pas à moi à qui il faut demander pourquoi je les vends si peu cher, répond Philippe Rochette. C’est à eux [les autres opticiens] qu’il faut demander pourquoi ils les vendent si cher». Et quand on le questionne à savoir s’il ne nuit pas au marché avec des lunettes vendues si peu cher, Philippe Rochette répond qu’au contraire, il considère qu’il aide les autres opticiens en les débarrassant d’une clientèle qui viendrait passer du temps à la boutique sans jamais pouvoir se résoudre – ou simplement avoir les moyens – d’investir autant d’argent dans une paire de lunettes : «C’est compliqué un peu de demander 500 $ à quelqu’un qui n’a pas d’argent.»

Sa récompense, Philippe Rochette la trouve dans la gratitude et la reconnaissance des gens qui retrouvent la vue grâce aux lunettes qu’il vend à bas prix. «Je le vois dans la façon dont ils me remercient et dans la façon dont je leur rends la vue. C’est ça le travail d’un opticien, selon moi.»

Le manifeste du Bonhomme à lunettes

Les lunettes, ce n’est pas un luxe. Voir clair est une nécessité. Je me suis donné comme mission de rendre les lunettes accessibles aux moins fortunés. Comment j’y parviens? C’est simple. Lorsque vous achetez vos lunettes chez moi, voici ce que vous n’avez pas à payer : Un siège social – une publicité sur un panneau d’autoroute – un nom prestigieux sur la monture – le loyer et la déco d’un beau grand local – le condo en Floride du propriétaire. Vous ne payez pour aucune de ces choses, simplement parce que je n’en ai pas. Je fais confiance au bouche-à-oreille, au dynamisme et à la fidélité des intervenants communautaires.

Sans budget publicitaire, je dis souvent à la blague que je suis condamné à bien travailler, faute de quoi, je n’aurais tout simplement plus de clients. Mon approche repose sur trois principes : l’honnêteté, la simplicité et la solidarité. Parce que j’ai la ferme conviction que les gens doivent passer avant les profits, j’offre à mes clients la possibilité d’économiser sur un achat essentiel, tout en leur permettant de faire un geste à portée sociale, en redonnant 10 $ à un organisme partenaire. N’hésitez pas à venir me voir, ou à me contacter pour en savoir plus. Ensemble, nous verrons!

Deux adresses à retenir

À MONTRÉAL
Philippe Rochette, le bonhomme à lunettes
http://www.bonhommealunettes.org

À QUÉBEC
Simon Dufour, le marchand de lunettes
(ancien collègue de Philippe Rochette qui œuvre maintenant à Québec)
http://marchanddelunettes.org