Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Viendra-t-on à bout de l'herbe à poux?

Émission du 30 janvier 2014

L’herbe à poux est un réel problème de santé publique dont l’ampleur ne cesse de croître. Véritable plaie de la nature, cette mauvaise herbe indigène provoque une réaction allergique – le fameux rhume des foins – chez 1 personne sur 10 en Amérique du Nord. Au Québec, ce serait une personne sur 5 qui souffrirait de cette allergie saisonnière, ce qui génère des coûts de santé importants : 155 millions de dollars sans même tenir compte de l’absentéisme au travail qui peut en résulter. Comme si ce n’était pas suffisant, les spécialistes prévoient que si rien n’est fait, le problème ne peut que s’aggraver en raison des changements climatiques. Viendra-t-on un jour à bout de ce problème d’herbe à poux?

Experts invités :

Diane-Lyse Benoit
Malherbologiste
Agriculture et Agroalimentaire Canada

Dr Pierre Gosselin
Santé environnementale
Institut national de santé publique du Québec

Malherbologiste à Agriculture et Agroalimentaire Canada, Diane-Lyse Benoît nous explique que le problème de l’herbe à poux s’explique en grande partie parce qu’il s’agit d’une plante annuelle : «Elle fait son cycle à l’intérieur d’une année. Elle produit des graines qui tombent dans le sol, et comme les graines vivent longtemps dans le sol – 4 % des graines peuvent survivre jusqu’à 40 ans –, le potentiel que de l’herbe à poux émerge de ces zones-là reste présent pendant plusieurs années. C’est pour ça qu’on en a tout le temps.»

Pour le Dr Pierre Gosselin, il y a peu de chances qu’on parvienne un jour à réellement venir à bout de l’herbe à poux : «Tout ce qu’on peut faire, c’est contrôler sa croissance et empêcher son augmentation future dans les décennies qui s’en viennent.»

Un enjeu de santé publique important

La réalité, souligne le Dr Gosselin, c’est qu’un nombre croissant de personnes sont allergiques à l’herbe à poux : auparavant, on estimait la prévalence de cette allergie à 8 % de la population, tandis qu’aujourd’hui, ce serait plutôt 18 % des personnes qui présenteraient des symptômes de cette allergie.

«C’est un enjeu de santé publique depuis de nombreuses années », raconte le Dr Gosselin. Malheureusement, il a fallu bien du temps avant que les autorités de la santé ne prennent le problème au sérieux. Il se souvient d’ailleurs que ses collègues et lui, il y a plusieurs années, avaient de la difficulté à convaincre leurs patrons de l’importance de la problématique, mais aujourd’hui, c’est devenu un problème de santé publique important, non seulement au Québec, mais ailleurs dans le monde également. «Le Québec est très touché, mais c’est toute l’Amérique du Nord et toute l’Europe qui sont aussi touchées actuellement. Le problème s’est agrandi à l’échelle mondiale et, à l’heure actuelle, avec le rythme d’augmentation qu’on constate ainsi que les changements climatiques, si on ne fait rien, le problème va continuer à croître.»

Les changements climatiques viennent effectivement changer la donne et ajouter une pression supplémentaire à la lutte que les autorités de la santé mènent contre l’herbe à poux. Avec le réchauffement des températures, l’herbe à poux bénéficie maintenant de 40 jours de croissance supplémentaire, chaque année. «Selon les données disponibles, précise le Dr Gosselin, il semble que le C02 dope la plante et fait qu’elle produit davantage de spores et de pollen qu’autrefois. Et de façon très importante. Au total, il y a donc plus de pollen et plus de monde allergique.»

Faucher le plant au bon moment

Pour contrer la prolifération, Diane-Lyse Benoît soutient qu’il faut avant tout faucher correctement les plants, au bon moment : «Un plant intact en pleine croissance peut facilement produire des millions de grains de pollen et ce sont ces grains de pollen qui causent les allergies, explique-t-elle. Un plant d’herbe à poux intact peut devenir très gros s’il n’est pas fauché.»

Le problème, souligne-t-elle c’est que les gens ne fauchent pas les plants au bon moment : «Généralement, les gens ont tendance à faucher autour de la St-Jean-Baptiste [à la fin du mois de juin], car le plant commence à devenir gros. À ce moment-là, le plant refait des branches secondaires et sur chacune de ces branches secondaires, de nouveaux épis se développent.»

Une expérience positive à Salaberry-de-Valleyfield

En 2007, la Direction de la santé publique de la Montérégie a lancé une ambitieuse expérience de contrôle de l’herbe à poux à Salaberry-de-Valleyfield. L’objectif : déterminer très précisément où, comment et quand intervenir pour minimiser la concentration de pollen dans l’air, pour ensuite vérifier si ces interventions avaient un effet sur les symptômes. Une première mondiale!

Pendant 4 ans, tout est passé à la loupe par une trentaine de chercheurs spécialisés en médecine, géomatique, économie, horticulture… 28 capteurs de pollen sont installés, l’herbe à poux est cartographiée, la météo est rigoureusement documentée et 440 citoyens allergiques sont mis à contribution pour tenir un journal de leurs symptômes.

En parallèle, l’équipe de Diane-Lyse Benoît mesure en serre la quantité de pollen et de graines produits par un plant en fonction de la période de coupe. Elle découvre qu’avec deux tontes par an, à la mi-juillet et à la mi-août, on peut diviser par 9 la quantité de pollen émise par le plant et par 5 le nombre de graines. «Si on fauche une première fois à la mi-juillet, puis ensuite à la mi-août, le plant n’a pas le temps de faire de nouveaux épis de fleurs mâles en grande quantité, et la production de pollen sera réduite de manière significative. Un plant fauché deux fois va produire neuf fois moins de pollen qu’un plant intact qui n’a pas été fauché»

L’expérience est un succès : les concentrations de pollen d’herbe à poux ont graduellement diminué, tout comme l’intensité des symptômes des résidents de Salaberry souffrant d’allergies. Et tout cela à peu de frais, puisque la ville a simplement modifié une balayeuse destinée au nettoyage des rues pour la modique somme de 800 $.

«Au total, ça a été un bel exercice, résume le Dr Pierre Gosselin, et ça a été très bien reçu par tous les intervenants dans la ville. Et on espère pouvoir le généraliser prochainement à l’ensemble du Québec.»

«Je crois qu’on va venir à bout de l’herbe à poux, conclut Diane-Lyse Benoît, pour réduire les concentrations de pollen dans l’air, par des fauches successives et bien coordonnées entre toutes les municipalités et tous les intervenants de ces municipalités.»

Pour en savoir plus :

PROJET HERBE À POUX 2007-2010
Réduire le pollen de l’herbe à poux : mission réaliste

Document produit par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec
http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2011/11-244-01.pdf