Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

À quoi sert le sang qu'on donne?

Émission du 6 février 2014

On le répète depuis si longtemps : donner du sang, c’est important… On n’a qu’à penser que les hôpitaux québécois utilisent chaque année plus de 250 000 unités de sang pour s’en convaincre. Ce qui est toutefois désolant, c’est que seulement 3 % des donneurs potentiels vont faire un don chaque année. Mais au fait, à quoi sert exactement le sang qu’on donne?

Expert invité :

Dr Yves Lapointe
Hématologue
Chef du service de médecine transfusionnelle
CHUM

Aussi fluide soit-il, le sang n’a vraiment rien d’un liquide ordinaire! «C’est un liquide vraiment spécial, soutient le Dr Yves Lapointe, hématologue et chef du service de médecine transfusionnelle au CHUM. C’est un liquide biologique essentiel, avec des fonctions extrêmement complexes et multiples.»

Parmi les diverses fonctions du sang, le Dr Lapointe cite notamment celles-ci :

– le transport de l’oxygène par les globules rouges
– la défense immunitaire par les globules blancs et les anticorps
– la coagulation par les plaquettes et les facteurs de coagulation

Bref, dans le sang, «il y a une foule d’éléments qui sont essentiels à la vie», résume le Dr Lapointe.

Les usages des dons de sang

Les unités de sang issues des dons sont utilisées pour traiter diverses maladies :

– les anémies diverses
– les cancers (notamment les leucémies et les myélomes)
– les maladies de la coagulation
Les unités de sang sont aussi très utilisées pour traiter les patients qui subissent de grandes chirurgies ainsi que pour les accidentés de la route et les grands brûlés.

Avec tous ces usages thérapeutiques, est-il possible de considérer le sang comme un médicament? «Oui, répond le Dr Lapointe, le sang est un médicament comme le Tylenol est un médicament, mais beaucoup plus complexe, avec beaucoup plus de possibilités d’indications et d’effets secondaires. D’ailleurs, le sang est réglementé par Santé Canada, tout comme les médicaments.»

Des produits de courte durée

En raison de tous ces usages, les collectes de sang sont essentielles au bon fonctionnement du système de santé. Mais au problème bien connu du faible taux de participation des donneurs potentiels s’ajoute un autre défi : la durée de conservation des produits sanguins. En effet, si les globules rouges peuvent se conserver pendant 42 jours, il en va tout autrement des plaquettes qui n’ont qu’une durée de vie de 5 jours.
«Il faut donc faire très attention au volume dont on a besoin, aux indications pour utiliser les produits sanguins à bon escient et ne pas en perdre», explique le Dr Lapointe.

Le trajet des dons de sang

Pour répondre aux différents besoins, Héma-Québec a besoin de récolter 1000 dons de sang par jour des huit collectes qui se tiennent un peu partout sur le territoire québécois. Habituellement, les gens font don de sang entier. Mais dans certains cas, le sang est fractionné sur le lieu même de la collecte de dons, grâce à une centrifugeuse qui peut, par exemple, séparer les plaquettes et le plasma des autres éléments du sang.

Les dons sont ensuite acheminés dans un des deux établissements d’Héma-Québec, dans une boîte qui assure que le sang est conservé à une température constante. Débute alors l’étape de la transformation du sang en différents composants sanguins. Le sang est ensuite testé et étiqueté avant d’être acheminé dans les différents centres hospitaliers, où ils seront entreposés dans des banques de sang en attendant d’être utilisés sur des donneurs compatibles.

Les différents composants du sang seront répartis entre les malades, selon leur groupe sanguin, mais aussi selon leurs besoins spécifiques. Certains malades recevront donc des plaquettes, tandis que d’autres recevront des facteurs de coagulation ou du plasma. Une même unité de sang pourra ainsi servir à trois ou quatre patients!

Le sang artificiel

Et qu’en est-il des recherches sur le développement du sang artificiel? S’agit-il d’un Saint-Graal dont on rêvera encore longtemps, ou d’une avenue scientifique sérieuse? «Le sang artificiel, c’est le rêve d’avoir un sang qui serait disponible rapidement, répond le Dr Lapointe. Idéalement, il serait conservé à - 40 degrés Celsius et à + 40 degrés Celsius – il pourrait donc servir au Pôle Nord comme dans le désert – et être compatible pour tous les receveurs en tout temps. (…) Mais les globules rouges ne sont pas encore artificiels, et avant qu’on voit des globules blancs et des plaquettes artificiels, on va sûrement changer de siècle au moins une autre fois!»