Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Drogues de synthèse : plus dangereuses qu'avant?

Émission du 27 février 2014

Depuis quelques années, on a vu apparaître sur le marché de nouvelles drogues qu’on appelle des «drogues de synthèse». Contrairement aux drogues plus «traditionnelles» qui sont préparées à partir d’extraits de certaines plantes, celles-ci sont entièrement fabriquées en laboratoires clandestins. Facilement accessibles sur la rue ou par Internet, elles sont de plus en plus populaires : au Canada, après le cannabis, elles représentent les drogues les plus consommées. Et pourtant, elles devraient susciter la plus grande vigilance, car en dépit de leur très faible prix (3 $ à 5 $ la dose) et de leurs allures de petits bonbons, ces drogues n’ont rien d’inoffensif et représentent de sérieux dangers pour la santé de leurs utilisateurs.

Experts invités :

Pierre-André Dubé
Pharmacien toxicologue
Institut national de santé publique du Québec

Dr Alexandre Larocque
Urgentologue, CHUM

Michelle Harvey
Sergente
Gendarmerie royale du Canada

Elles foisonnent dans les rues et se renouvellent constamment. Chaque semaine, sur le marché mondial des drogues de synthèse, une nouvelle drogue fait son apparition. Et ce qui est encore plus déroutant, c’est que les comprimés ne contiennent souvent pas ce qu’ils sont censés contenir. En 2001, 80 % des comprimés d’ecstasy vendus contenaient réellement de l’ecstasy. En 2011, ce pourcentage a chuté aussi bas que … 3 %! «Donc à peine 3 % des gens qui achètent de l’ecstasy vont vraiment avoir de l’ecstasy dans leurs comprimés.», résume Pierre André-Dubé, pharmacien-toxicologue à l’Institut national de santé publique du Québec.

Avec ces nouvelles drogues, l’inconnu ne réside pas seulement dans l’identification de ces substances, souvent vendues sous de fausses représentations, mais également dans leurs effets sur les utilisateurs : «On n’a absolument aucune idée des effets cliniques [de ces drogues] chez l’humain, soutient Pierre-André Dubé. Les effets sont testés directement dans la rue chez les consommateurs.»

«Mêmes si un vendeur ou un revendeur vous dit que ça contient telle ou telle substance, il n’a aucune manière de le savoir lui-même ce qu’il y a à l’intérieur du comprimé. Donc vous jouez à la roulette russe.»

Différents produits

Parmi toutes les drogues disponibles, les plus populaires seraient les drogues suivantes :

– le GHB
– les amphétamines
– les méthamphétamines
– les sels de bain
– l’ecstasy
– la kétamine

On peut diviser les drogues de synthèse en trois catégories :

– stimulants : ces drogues vont augmenter la pression artérielle, accélérer le rythme cardiaque, accélérer le fonctionnement cérébral, augmenter l’impulsivité.
– dépresseurs : à l’inverse, ces drogues vont ralentir le fonctionnement du cerveau et de l’organisme tout entier.
– perturbateurs : ces drogues peuvent donner des effets variés, particulièrement des hallucinations.

Certains de ces produits sont particulièrement puissants, souligne Pierre-André Dubé. Par exemple, le Fentanyl – une drogue fabriquée à Montréal – serait de 5 à 15 fois plus puissant que l’héroïne. Et ce qui suscite une inquiétude encore plus grande, c’est que les effets toxiques et potentiellement létaux de ces drogues sont parfois atteints avec de faibles doses, par rapport aux drogues un peu plus anciennes.

À l’urgence

Urgentologue au CHUM, le Dr Alexandre Larocque reçoit souvent des patients intoxiqués aux drogues de synthèse. Bien souvent, lorsque ces patients sont accueillis par l’équipe médicale, ils ne sont même pas en mesure de dire quel type de drogue ils ont consommée. Quoi qu’il en soit, l’équipe médicale suit un protocole d’intervention, peu importe la nature de la molécule responsable de l’intoxication.

Dans certains cas, les patients sont complètement hors de contrôle, en pleine psychose, délire ou hallucination. «Pour nous, le degré de l’agitation témoigne en général de la sévérité de l’intoxication», souligne le Dr Larocque.

Les complications possibles d’une intoxication aux drogues de synthèse sont variées, mais celle que les médecins redoutent le plus, c’est l’hyperthermie, lorsque la température corporelle commence à augmenter dangereusement, en raison de l’hyperagitation et de l’hyperexcitation physiologique. Cette hausse de la température corporelle peut provoquer de l’enflure au niveau du cerveau, altérer les mécanismes de coagulation du sang, former des petits caillots sanguins à différents endroits du corps, causer des problèmes au foie et abaisser dramatiquement la tension artérielle. «Les conséquences d’une période prolongée d’une température, c’est probablement ce qui est le plus dangereux, résume le Dr Larocque. Et de tous les signes vitaux, une température élevée est le meilleur indice d’un risque de mortalité chez ces patients-là.»

Première étape de l’intervention médicale : calmer les patients intoxiqués, surtout lorsqu’ils sont très agités. Des sédatifs peuvent aider à abaisser l’état d’agitation et, dans certains cas, des mesures de contention physique sont nécessaires pour immobiliser les patients. Lorsque les sédatifs ont fait leur œuvre, l’équipe médicale est alors en mesure de libérer un patient de ses contentions physiques, de le déshabiller et de prendre ses signes vitaux. Et lorsque la température corporelle est très élevée, ils doivent alors entreprendre des mesures pour «refroidir» le patient. Un soluté froid peut être administré, des sacs de glace peuvent être appliqués à différents endroits du corps et le patient peut être placé sur un matelas refroidissant. Tout est mis en œuvre pour refroidir le patient et stopper l’hyperthermie.

Les effets à long terme

Une fois que le patient est mis hors de danger, quelles seront les conséquences de cette intoxication sur sa santé physique et mentale? Malheureusement, ces effets à long terme sont encore méconnus des scientifiques, puisqu’il s’agit de drogues encore très récentes. Mais en se basant sur l’expérience de drogues plus anciennes, les spécialistes soupçonnent fortement que l’utilisation de drogues de synthèse peut entraîner des problèmes au niveau de la cognition et du système neurologique. «C’est difficile de quantifier ça pour l’instant, conclut le Dr Larocque, mais c’est certainement une inquiétude.»