Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le réseau de la santé à l'heure de la diversité culturelle

Émission du 27 février 2014

Chaque année, le Québec accueille 50 000 immigrants et près des trois quarts de ceux-ci proviennent de pays avec des langues et des religions radicalement différentes des nôtres. Pour ces nouveaux arrivants, il est souvent fort complexe d’accéder à des soins de santé, en raison de problèmes d’assurance médicale, mais aussi de langue de communication. Dans les quartiers les plus multiethniques de Montréal, certaines institutions de santé ont d’ailleurs développé une véritable spécialité de pouvoir accueillir et soigner les membres de ces communautés. C’est le cas du CLSC Parc-Extension que notre équipe est allée visiter.

Omnipraticien dans ce CLSC, le Dr Juan Carlos Chirgwin le reconnaît d’emblée : il n’est pas toujours aisé de communiquer efficacement avec des patients qui ne maîtrisent souvent ni l’anglais, ni le français. Dans ce quartier très multiethnique de Montréal, caractérisée par une importante population de personnes immigrées de l’Asie du Sud, il n’est pas rare que ce soit les enfants eux-mêmes qui doivent jouer le rôle d’interprètes entre leurs parents et le personnel soignant, puisque les enfants apprennent le français plus rapidement grâce au système scolaire. Mais dans bien des cas, le médecin doit faire appel à une autre personne de l’équipe pour faire le pont linguistique avec le patient. Le Dr Chirgwin souligne que ce n’est toutefois pas toujours une tâche aisée : «La plupart du temps, on essaie de croire qu’on a bien transmis l’information, et on se croise les doigts…». Bienvenue dans le monde de la médecine transculturelle!

Le phénomène peut sembler récent, mais il ne l’est pas tant que ça. Pédopsychiatre et directrice scientifique au CSSS de la Montagne, la Dre Cécile Rousseau nous rappelle que le Québec a depuis des décennies l’habitude d’accueillir des populations immigrantes. Ce qui est toutefois différent, depuis quelques décennies, c’est que contrairement aux premières vagues d’immigration qui provenaient majoritairement des pays européens, les nouveaux arrivants proviennent maintenant beaucoup plus des pays du Sud, ce qui a chamboulé un peu les manières de travailler pour les intervenants œuvrant dans le système de santé.

Santé mentale

Selon la Dre Rousseau, les rapports avec ces nouveaux arrivants sont plus complexes non seulement en raison de leurs langues, mais aussi bien souvent en raison de croyances et de pratiques auxquelles les intervenants ne sont pas habitués.

Pour le Dr Juan Carlos Chirgwin, ce problème est particulièrement évident lorsqu’il est question de santé mentale : «Je crois qu’il y a certains aspects de la santé qui sont particulièrement difficiles. Si on essaie de donner des soins de santé généraux à une population multiethnique, c’est compliqué, mais si on essaie de les donner à une personne qui fait une psychose, c’est encore plus difficile.» Le problème, explique-t-il, c’est que dans certaines cultures, le fait d’avoir des hallucinations peut être acceptable dans certaines situations, ce qui complexifie la tâche du médecin qui tente d’interpréter les symptômes d’un patient.

Un autre aspect du problème, ajoute-t-il, c’est que le quotidien de ces patients est souvent compliqué en raison de multiples difficultés. La consultation avec un médecin peut donc facilement se transformer en séance d’aide plus générale, pour soulager un patient en détresse émotionnelle. Dans certains cas, le Dr Chirgwin tente d’évaluer si le patient a les ressources nécessaires pour traverser ces étapes difficiles, comme le soutien de la communauté.

Dans bien des cas, la précarité de situations passées ou actuelles peut contribuer à la détérioration de la santé mentale, précise la Dre Rousseau : «Vous savez, il faut être fort et très résilient pour être capable de migrer, souligne-t-elle. Les gens qui arrivent jusqu’ici réussissent à le faire parce qu’ils sont des survivants, car c’est vraiment très compliqué.»

S’adapter à cette nouvelle clientèle

«Je pense que tous les professionnels de la santé – médecins, travailleurs sociaux, infirmières, psychologues, etc. – devraient être capables de recevoir des immigrants, soutient la Dre Rousseau. Dans le milieu montréalais, c’est un incontournable. Si on ne se sent pas capable de recevoir un immigrant, il faut vraiment se former.»

À cet effet, le Centre de recherche et de formation du CSSS de la Montagne offre une formation de base destinée aux intervenants de la santé et des services sociaux, y compris les médecins, qui s’occupent des immigrants et des réfugiés. Ce cours de deux jours a pour but d’outiller les participants qui ont des contacts avec la clientèle immigrante, réfugiée ou issue de l’immigration, à partir d’une approche pratique fondée sur des cas cliniques.

Une clinique pédiatrique transculturelle

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est un autre lieu où s’est établie une solide expertise en médecine transculturelle. Dans ce cas-ci, on a choisi de tabler sur la pédiatrie, avec l’ouverture en 1999 de la Clinique pédiatrique transculturelle. Fondateur de cette clinique, le pédiatre Selim Rashed nous explique que la création de cette clinique visait avant tout de répondre aux problématiques psychosociales des enfants immigrants. Parmi les services offerts, les familles ont notamment la possibilité de participer à des ateliers de groupe leur permettant de se familiariser avec certaines réalités culturelles québécoises qui peuvent causer des problèmes dans les familles immigrantes.

À titre d’exemple, le Dr Rashed explique qu’au Québec, les enfants sont souvent poussés à affirmer leurs droits et leur personnalité, tandis que dans certaines communautés culturelles, ce type de comportement peut être mal interprété et sévèrement réprimandé par les parents. Les ateliers et discussions offerts par la Clinique pédiatrique transculturelle visent à aider les familles à traverser ce type de difficultés.

La Dre Myriam Perrault-Samson fait partie des médecins qui ont choisi de s’engager dans cette voie de la médecine transculturelle. Dans certains cas, lors d’une première rencontre avec une jeune famille (parfois une toute première rencontre médicale pour un jeune enfant), elle constate que les parents et les enfants font face à plusieurs problèmes de santé. Et tout comme le Dr Chirgwin du CLSC Parc-Extension, elle les écoute avec attention et compassion au sujet des nombreux autres défis qu’ils doivent traverser, dans leur vie personnelle ou professionnelle par exemple.

Le mot de nos animateurs

Lorsqu’un immigrant arrive au Québec, il peut bénéficier du régime d’assurance-maladie du Québec après trois mois. Mais la question est plus complexe pour les demandeurs d’asile dont les soins de santé étaient, jusqu’en 2011, intégralement couverts par le gouvernement fédéral. Le gouvernement du Québec, ainsi que ceux de quelques autres provinces, a accepté de prendre la relève et de couvrir certains soins médicaux. Certains médicaments sont également couverts, mais cette situation est pour le moment temporaire.