Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Médecine hyperbare

Émission du 6 mars 2014

La médecine hyperbare est encore peu connue au Québec. Pour les néophytes, elle peut apparaître comme une technologie assez mystérieuse, mais pourtant, elle n’a rien d’ésotérique. Au départ développée pour traiter les accidents de décompression de plongée sous-marine, dans les années 1950, elle est aujourd’hui utilisée pour soigner plusieurs types de pathologies. Dans certains cas, ses applications sont soutenues par des études scientifiques et font l’unanimité; pour d’autres conditions, c’est beaucoup moins clair et elle suscite beaucoup de controverses.

L’oxygénothérapie hyperbare

Pour les néophytes, on pourrait se croire dans un film de science-fiction. Quand les patients entrent dans le caisson étanche de la chambre d’oxygénothérapie hyperbare de l’Hôtel-Dieu de Lévis, ils semblent s’embarquer dans une capsule spatiale ou un sous-marin. Et pourtant, ils s’apprêtent à entamer un traitement médical au cours duquel ils seront exposés à des doses d’oxygène sous pression.

L’oxygénothérapie hyperbare se divise en deux composantes, explique le Dr Dominique Buteau, médecin-chef du Service de médecine hyperbare de l’Hôtel-Dieu de Lévis : «L’oxygénothérapie, c’est la thérapie avec l’oxygène. Et hyperbare, ça veut dire une pression plus élevée. Le patient est donc placé dans un environnement avec une pression ambiante plus élevée que la pression atmosphérique. On parle généralement de deux fois la pression atmosphérique normale. Ça permet d’augmenter la pression d’oxygène que la personne va respirer.» Ce traitement permet de nourrir en oxygène les globules rouges, le plasma sanguin et apporte de l’oxygène supplémentaire partout dans le corps.

Avant de laisser les patients entrer dans la chambre hyperbare, l’inhalothérapeute Marie Michèle Labbé vérifie leurs signes vitaux et s’assure qu’ils ne portent sur eux aucun appareil électronique. À la manière d’une hôtesse de l’air, elle les guidera dans cette séance d’oxygénothérapie et veillera à leur sécurité. Lorsque tout le monde est en place, la porte du caisson est refermée et des techniciens entament la phase de dépressurisation, pour augmenter la pression à l’intérieur du caisson. Puis, lorsque le niveau de pression recherché est atteint, les patients enfilent une cagoule de plastique transparent sur la tête par laquelle ils recevront leur dose d’oxygène.

Une approche bénéfique pour différentes pathologies

Au Québec, à peine deux hôpitaux sont équipés d’une chambre hyperbare. Celle de l’Hôtel-Dieu de Lévis est équipée pour recevoir 18 patients à la fois. L’équipe médicale y reçoit des gens souffrant de diverses conditions, pour lesquelles les effets de la médecine hyperbare ont été scientifiquement démontrés : complications de la radiothérapie, plaies chroniques (due au diabète ou à l’insuffisance vasculaire, par exemple), infections chroniques au niveau osseux. Des patients souffrant de conditions urgentes, comme des intoxications au monoxyde de carbone et des accidents de décompression de plongée sous-marine, sont également traités dans cette chambre.

Prenant l’exemple des patients souffrant de complications dues à la radiothérapie, le Dr Buteau explique que ces traitements de radiothérapie visent à réduire les cellules cancéreuses, mais que dans certains cas, ils peuvent aussi causer des dommages à des tissus sains voisins de la tumeur. «L’oxygénothérapie hyperbare va créer de nouveaux vaisseaux sanguins, mieux nourrir les tissus, améliorer l’oxygénation dans ces tissus et favoriser le processus de guérison», précise le Dr Buteau. Dans plusieurs cas, la médecine hyperbare est aussi utilisée pour favoriser la cicatrisation des plaies graves, permettant ainsi à de nombreux patients d’éviter une amputation.

Encourager la neuroplasticité

Au-delà de ces effets bien documentés, la médecine hyperbare suscite de nombreux espoirs dans la communauté scientifique, tout spécialement pour le traitement de lésions neurologiques chroniques. Médecin-hyperbariste au Service de médecine hyperbare de l’Hôtel-dieu de Lévis, le Dr Richard Belley nous mentionne que plusieurs études scientifiques sont actuellement en cours pour valider ces hypothèses, notamment sur le traitement des commotions cérébrales, de l’autisme, de la paralysie cérébrale et des séquelles des accidents cérébro-vasculaires. L’idée derrière ces recherches est de vérifier si la médecine hyperbare favorise la neuroplasticité, soit la régénération des cellules du cerveau.

Il est pour l’instant trop tôt pour s’avancer sur les conclusions de ces recherches, souligne le Dr Belley, mais certains mécanismes physiologiques commencent à être découverts par les scientifiques et laissent croire que la médecine hyperbare pourrait être utile pour traiter ces conditions et améliorer la qualité de vie des patients.

Le cas de la paralysie cérébrale

En raison de ces nombreuses prétentions thérapeutiques, qui ne sont pas encore toutes démontrées, la médecine hyperbare gagne en popularité. Mais si à peine deux hôpitaux québécois sont dotés d’une chambre hyperbare, des chambres plus petites prolifèrent un peu partout au Québec dans des centres privés. Cette technologie est maintenant proposée pour traiter une foule de pathologies, notamment le cancer, l’autisme et la sclérose en plaques. Dans plusieurs cas, aucune démonstration scientifique ne permet de soutenir ces traitements qui sont offerts à un prix mirobolant. Mais dans un cas plus précis, celui de la paralysie cérébrale, la zone est plutôt grise, car la médecine hyperbare suscite autant d’espoirs que de controverses.

Physiatre au centre de réadaptation Marie-Enfant, le Dr Pierre Marois s’intéresse à cette question depuis plusieurs années. Pour sa part, il est enthousiasmé par les effets de la médecine hyperbare qu’il a constatés dans sa pratique. En 2001, il a publié une étude sur le sujet, mais celle-ci a été plutôt mal reçue dans le milieu scientifique. Treize ans plus tard, il s’apprête à publier une nouvelle étude et il se dit convaincu que celle-ci va changer les perceptions de ces traitements dans le milieu scientifique.

Réalisée dans un centre de réadaptation de Delhi, en Inde, avec des chercheurs de l’hôpital Sainte-Justine, cette étude a documenté les effets de la médecine hyperbare sur 150 enfants souffrant de paralysie cérébrale. Les chercheurs ont constaté que les enfants qui bénéficiaient d’un traitement hyperbare, à petite et haute pression, avaient évolué trois fois plus vite que les enfants qui n’avaient bénéficié que d’un traitement conventionnel de réadaptation. «Ce que ça veut dire, explique le Dr Marois, c’est que des enfants ont changé complètement de niveau de fonction. Alors qu’ils étaient presque tous en fauteuil roulant, plusieurs d’entre eux ont recommencé à se déplacer, à utiliser une marchette, etc. Et ça, avec une simple série de traitements.» Le Dr Marois ajoute qu’en ajoutant d’autres séries de traitements, ces enfants auraient probablement la possibilité de se développer encore plus.

Dans sa pratique quotidienne, le Dr Marois a aussi souvent constaté des effets bénéfiques de la thérapie hyperbare chez les enfants atteints de paralysie cérébrale. C’est notamment le cas d’Olivia. Lorsque le Dr Marois a rencontré cette fillette pour la première fois, alors qu’elle n’avait que 6 mois, sa paralysie cérébrale était telle qu’elle était destinée à être confinée à un fauteuil roulant. Elle était incapable de s’alimenter, et même de boire. Il était alors question de lui installer un tube de gavage. Mais les parents d’Olivia ont décidé d’investir dans des traitements de médecine hyperbare en clinique privée et les effets bénéfiques sont manifestes : la petite peut aujourd’hui s’asseoir, se déplacer, communiquer avec son entourage, boire et manger… «Elle est en évolution continuelle sur le plan cognitif et sur le plan moteur », résume le Dr Marois.

Présentement, la médecine hyperbare n’est pas couverte par la Régie de l’assurance-maladie. Pour obtenir ces résultats, les parents d’Olivia ont donc dû investir de leur poche près de 18 000 $ en séances privées afin d’aider leur fille à se développer.

Une médecine qui coûte cher

Également atteint de paralysie cérébrale, le jeune Thomas a lui aussi fait d’importants progrès grâce à la médecine hyperbare, autant au niveau moteur qu’au niveau cognitif. Ses parents ont été si enthousiasmés par ses progrès qu’ils ont pris la décision de l’équiper d’une chambre hyperbare à la maison. Et après une centaine de sessions de médecine hyperbare à 150 $ l’heure, ils ont calculé qu’en dépit de son coût très élevé – 22 000 $ – il était plus économique de faire l’achat d’une chambre pour la maison que de continuer à multiplier les traitements en clinique privée. La chambre en question ressemble à une tente, dans laquelle l’enfant entre pour son traitement.

Une médecine encore peu connue chez nous

Le Dr Marois déplore que la médecine hyperbare soit encore si peu connue au Québec alors qu’elle est beaucoup plus populaire en Chine (4000 chambres hyperbares dans les hôpitaux chinois), en Russie et aux États-Unis (700 chambres hyperbares dans les hôpitaux américains). En comparaison, on ne dénombre même pas 10 chambres hyperbares dans l’ensemble des hôpitaux canadiens.

«Le problème, c’est que ce n’est pas enseigné dans les facultés de médecine, conclut le Dr Marois. Il n’y a aucune formation médicale sur l’hyperbare alors que c’est un traitement qui est reconnu efficace dans plusieurs indications et, même ça, ce n’est pas enseigné. Il y a donc des gens qui perdent leur pied diabétique à cause d’une plaie qui ne guérit pas, qui n’auraient pas eu d’amputation s’ils avaient été traités en chambre hyperbare. Mais comme personne ne connaît ce traitement-là, les gens pensent que c’est un traitement presque ésotérique alors que c’est de la médecine pure et dure.»

Le mot de nos animateurs

Actuellement, la Régie de l’assurance-maladie du Québec ne rembourse les traitements hyperbares que pour treize conditions pathologiques, ce qui n’inclut pas la paralysie cérébrale. Ces décisions relèvent d’un comité d’experts, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS). Lors de leur dernière décision sur le sujet, le comité d’experts de l’INESSS a décrété que les preuves scientifiques n’étaient pas suffisantes pour justifier que les traitements hyperbares soient remboursés par la RAMQ dans les cas de paralysie cérébrale. Notons que la situation est la même dans toutes les provinces canadiennes et que le système de santé public américain Medicare ne rembourse pas non plus ces traitements pour la paralysie cérébrale, pas plus que la compagnie d’assurance privée Blue Cross. Et l’Underwater and Hyperbaric Medical Society, la référence ultime en médecine hyperbare, ne reconnaît pas elle non plus la paralysie cérébrale comme étant une indication de traitements hyperbares. L’INESSS n’est pas donc pas la seule instance à avoir pris une telle décision.

Sur le terrain, c’est toutefois autre chose, puisque des professionnels compétents et dévoués comme le Dr Pierre Marois souhaitent changer ces convictions. Le Dr Marois espère d’ailleurs que sa nouvelle étude contribuera à convaincre la communauté scientifique des bienfaits de la médecine hyperbare pour la paralysie cérébrale. Il aimerait également mettre sur pied une étude de plus grande envergure encore qui mettrait fin au débat.

La médecine hyperbare de l’hôtel-Dieu de Lévis en quelques chiffres

Fréquence des traitements : 5 séances par semaine, pour un total de 30 à 60 séances, selon les conditions médicales.

Nombre de traitements offerts annuellement : environ 5000.

Durée de la liste d’attente pour les cas chroniques : environ 2 mois.
(Aucun délai pour les cas urgents, tels que les accidents de plongée sous-marine)

* L’hôpital Sacré-Cœur de Montréal est elle aussi équipée d’une chambre hyperbare.
http://www.hscm.ca/soins-et-services/les-soins-et-services-medicaux-chirurgicaux-psychiatriques-et-professionnels/h/hyperbare-medecine/