Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La vente d'organes sera-t-elle un jour permise?

Émission du 13 mars 2014

En 2013, dans un article publié dans la revue American Society of Nephrology, des médecins canadiens ont lancé l’idée que le fait de pouvoir acheter des reins de donneurs vivants au coût de 10 000$ chacun permettrait au système de santé de réaliser d’importantes économies. Choquante pour plusieurs, cette proposition est loin de faire l’unanimité dans la communauté médicale, car elle soulève de nombreuses questions éthiques.

Experts invités :

Louis Beaulieu
Directeur général
Transplant Québec

Dre Anne Boucher
Néphrologue, Directrice médicale
Programme de transplantation rénale
Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Rémunérer ou non?

Directeur général chez Transplant Québec, Louis Beaulieu le reconnaît d’emblée : le nombre de dons de reins est nettement insuffisant pour répondre à la demande. Mais de là à rémunérer, il y a tout un pas qu’il est loin d’être prêt à franchir. La rémunération des dons et la possibilité d’acheter un rein entraîneraient, selon lui, une brèche importante qui pourrait compromettre les principes d’équité qui régissent actuellement les listes de personnes en attente d’un don.

La Dre Anne Boucher est directrice médicale au Programme de transplantation rénale de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Elle nous précise que, selon cette étude, la rémunération des dons permettrait d’augmenter de 5 % le nombre de dons, ce qui permettrait effectivement de faire des économies en diminuant les traitements de dialyse. Mais le débat n’est pas nouveau, souligne-t-elle, puisqu’il existe aux États-Unis depuis un certain temps. Et pour sa part, elle ne croit pas qu’il s’agit là d’une piste de solutions.

Des risques d’exploitation

«Le plus grand enjeu social lié au commerce d’organes, c’est l’exploitation du pauvre par le riche, soutient Louis Beaulieu. Si on entre dans une logique de commerce, quelqu’un peut vendre son rein, puis ensuite, s’il est encore mal pris, vendre une partie de son foie. Ça s’arrête où? Est-ce qu’un humain devient une source de pièces de rechange pour un autre être humain?»

Le commerce tue le don

Depuis qu’il occupe son poste chez Transplant Québec, Louis Beaulieu a participé à plusieurs conférences internationales. Et en rencontrant des représentants d’autres pays où le commerce d’organes est plus courant, par exemple au Pakistan et aux Philippines, il a constaté à plusieurs reprises que cette pratique nuisait beaucoup au don : «Ce qu’ils disent tous, c’est que le commerce tue le don. Car si je peux vendre un de mes organes, donc en obtenir un bénéfice monétaire, pourquoi est-ce que je le donnerais?»

L’Iran est le seul pays qui a légalisé le commerce de reins – mais entre Iraniens seulement. Mais cette expérience est loin d’être concluante, souligne Louis Beaulieu.

Des risques réels

Découragés par la longueur des listes d’attente pour recevoir un organe, certains patients tentent le tout pour le tout et se rendent dans un de ces pays pour acheter un organe qui leur sera implanté sur place. Il s’agit d’une pratique très dangereuse.

Comme le souligne Louis Beaulieu, il faut sérieusement s’interroger sur la qualité des organes offerts dans ces pays. Les organes ont-ils été prélevés dans les règles de l’art? Peut-on être certain que le donneur n’était pas atteint du virus du sida ou d’une hépatite? Ce sont des risques réels auxquels les patients font face lorsqu’ils se rendent en pays étranger pour recevoir un organe issu d’un commerce illicite.

Même avertissement de la part de la Dre Boucher : plusieurs patients qui ont tenté cette expérience sont revenus au pays malades, ou ne sont tout simplement pas revenus parce qu’ils sont décédés des suites d’une transplantation.

Mieux traiter les donneurs

Bien avant de commencer à rémunérer les donneurs d’organes, d’autres solutions s’offrent à nous afin de maximiser le potentiel du don d’organe non rémunéré, croient Louis Beaulieu et la Dre Boucher, «Avant même de penser d’acheter ou de payer pour un organe, je pense qu’on devrait commencer par rembourser correctement et légitimement tous nos donneurs, soutient la Dre Boucher. Je crois qu’il faut reconnaître l’investissement que nos donneurs font. Il y a un investissement humain, ça tout le monde le comprend. Mais il y a aussi un investissement monétaire parce que les gens doivent arrêter de travailler pour venir passer des examens et tout ça. On devrait être capables de rembourser ça, incluant la période de convalescence et tout ça.»

Pour Louis Beaulieu, il est aussi impératif de miser sur une meilleure organisation du don d’organes provenant de personnes décédées. Il faut former les équipes à mieux identifier les donneurs et que les transplantations possibles se fassent efficacement. La Dre Boucher souligne qu’un des problèmes les plus courants, c’est que les proches d’une personne décédée ne sont pas toujours d’accord avec l’idée que les organes de leur proche soient légués, même si la personne a signé sa carte d’assurance-maladie pour autoriser le don. Il y a donc une éducation à faire en ce sens, pour que les gens signifient clairement à leur entourage qu’ils souhaitent que leurs organes soient donnés en cas de décès.